‹ Le Prince de ByzanceChapitre 70 sur 124 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

CAVALCANTI {seul).

Comme elle se déforme, au feu dune passion, l'humaine conscience et le peu qu'elle vaut ! Philosophes pédants qui ne savez de l'homme que les Sénèqueries et ces banalités que les anciens jetaient aux badauds de leur temps ! Hier

encore trébuchait en moi, une balance juste, de peseur d'or, sensible à un duvet : et ce matin elle est faussée. Ah ! j'ai souhaité appartenir entier à un être tout mien ; j'ai latigué le ciel pour que parut l'idole, j'ai voulu devenir le démon d'un ange: me voici tellement exaucé que j'ai peur! C'est vraiment là l'amour, ce ferment qui soulève et rejette tout ce qui n'est pas lui, ce conquérant qui rase en un moment le moral édifice que la vie a construit.

Jadis, mon âme, pays étrange, peuplé, orné et plein de monuments, était ouvert à d'incessantes caravanes d'impressions : maintenant le désert s'y est fait autour d'une idée fixe.

Si son salut voulait, et le sac de Tarente et le saccagement de toute l'Apulie, je n'hésiterais pas; et cela me fait peur ! La voix des prêtres, la voix des âges a crié sur l'amour un verbe véhément... On devient possédé en effet, et capable de tout le bien et de tout le mal aussi. Dans mon rôle d'aventurier je gardais la notion de justice : effacée, raturée, illisible. Je ne dirai plus « Est-ce bien, est-ce mal? » et la seule question sera « Est-ce lui! »

Que me reste-t-il de vertu? La sienne. Sa pureté me sauve, j'aime un être sublime et je monte, mais s'il était infâme

(Il s'assied à la table et écrit .

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