‹ Le Prince de ByzanceChapitre 85 sur 124 · SCÈNE XV · texte numérisé non relu

SCÈNE XV

TONIO-CAVALCANTL

TONIO (sarcastique).

Il ne nous faut aimer que la beauté d'un être et lutter contre tous le mal qui est en lui... Donner sa vie heure par heure... et son sang goutte à goutte, c'est un jeu, un plaisir... Ce moment éclaire ton passé. Oui, pour des Gio vanna, tu compromis ton éternel salut... Menteur... menteur et lâche !

CAVALCANTI

Si vous saviez votre injustice, vous pleureriez !

66 THÉÂTRE DE LA ROSE f CROIX

TONIO

Valez-vous une larme ! Honte sur vous ! J'aurais vendu mon âme, donné ma part de paradis, jeté ma pureté comme un lest inutile, et marché dans le sang pour ne pas le. quitter ! il tend son front consacré par ma bouche, offrant la même place aux lèvres d'une femme impure (pleursj .

CAVALCANTI

Vous écoutez la voix de votre cœur qui crie. La Marquise a guetté et surpris notre effusion. Oh î si je subissais la sacrilège imitation de votre divine caresse, en voici la raison :

TONIO (lisant à travers ses larmes).

(( Le Gavalcanti est dangereux ; qu'on le pende I » f exclamation puis après il rend le pli à Cavalcanti) Même averti que c'était comédie, j'en aurais trop souffert. Vous voir aux genoux d'une femme et par elle baisé... je ne garderais pas ma couronne à ce prix. Oh ! ce que j'ai subi d'angoisses. L'enfer, oui, ce doit être de voir celui qu'on aime caressé par une autre Oh! me pardonnez-vous?

CAVALCANTI

Dans les rôles inverses, je n'eusse pas été plus sage. Dès cet instant nous voilà en péril. Allez vous montrer à mes hommes : demain notre sort dépendra, peut-être, de leur incertain dévouement.

Exil Tonio.

Page 1