‹ Le prince de Ligne et ses contemporainsChapitre 10 sur 28 · I- Je la sais · texte numérisé non relu

I- Je la sais

Ha t

. Feindre d'ignorer ce qu'on sait, dej Me place à Laiis égards, eepenilaiiL il l'obtinl, ■

donnent lu def de ses (Envres, ei ses wuv I Bonl qu'un Ëpistxle, tandis qu'elles sont la vie mËmc d artiste digne de ce nom. •• {Augasta Vitu.) — i La médecine, dît J Barlliolo, un art dont le soleil éclaire les succès. — Et dont In 1 s'empresse de couvrir les bévues, • riposte Altuavlva.

1!i2 LE PRINCE DE LiCNK ET SES CÛXTEMPOU A1S8.

savoir tout ce qu'on ignore, d'entendre ce qa'oo ne comprend pas, de ne point ouïr ce qu'on entend, surtout de pouvoir au delà de ses forces, avoir souvent pour grand secret de cacher qu'il n'y en a point, s'enfermer pour tailler des plumes et paraître profond, quand on n'est, comme on dit, que vide et creux; jouer bien ou mal un personnage ; répandre des espions et pensionner des traîtres, amollir des cachets, intercepter des lettres cl lâcher d'ennoblir la pauvreté des moyens par l'importance des objets : voilà tonte la politique, où je meurs. — Eh! répondrons-nous avec le comte, c'est l'intrigue que tu définis, » Oui, l'intrigoe: et comment Beaumarchais, esprit positif, ironique et nullement idéaliste, eût-il compris la grande politique, auBsl rare que la passion, et trop souvent elle-même voilée par l'intrigue, dont elle s'enveloppe, comme une fée couverte de sordides haillons? Et ne jugeait-il pas la politique avec son caractère, mesurant les autres k son aune, lai le négociateur de l'affaire Morande, de celle du chevalier d'Éon, lui qui, après avoir composé un pamphlet contre Marie- Antoinette, fabrique de toutes pièces un Angelucci soi-disant éditeur de ce libelle, le poursuit k travers l'Allemagne, imagine une attaque de brigands, de fantastiques blessures, propose à l'impératrice Marie-Thôrése de grcITer un second faux sur le premier, et, surpris en flagrant délit d'imposture, ne doit sa mise en liberté qu'à l'intervention de M, de Sartine qui, se sentant responsable

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équipée, couvrit de son mieux l'agi^iiL iafidéle? Figaro 1 définit l'intrigue, Beaumarchais la pratique. Et quelle ] intrigue ? Uniî leutativc honteuse de cliaiitage, unt escroquerie d'une centaine de mille francs: on ne sait ^ ce qu'il faut admirer le plus, l'impudenct* de l'envoyé, la, faiblesse d'un gouvernement qui tolvrait de pareils ] actes. Parménon, Pantomalus. Gela, Daves, Liban, Agnelet, ?ancho Pança, Tabariii, Turcarcl, Scapîn, I Frontin, Paaquin, Crispin, Arlequin, Gi! Blas, le Ne- ^ veu de Rameau, voilà bien les aïeux de Figaro: est-ce ] exagérer que de placer dans sa nombreuse postérité les i plus hardis héros de nos romanciers, Rasttguac, I Nucingen, Camors, Giboyer et tant de personnages, plus soucieux de faire du bruit profitable que du bien { modeste? Figaro serait aujourd'hui ministre et l'ua ] des princes de la finance.

En 1"Ï83, le comie de Vaudrcuil obtint enfin la permission de faire jouer le Mariage de Figaro it Geiinevilliers: tout* la cour, le comte d'Artois, la duchesse de Polignac assistaient à la représentation. Beaumarchais était dans l'ivresse et madame Lebrun raconte que, les dames se plaignant de la chaleur, il cassa les carreaux avec sa canne, ce qui lit dire qu'il avait doublement cassé les vitres. Enfin, le 27 avril 1184, les dernières défenses sont levées et la pièce, jouée à Paris, dépasse cent représentations, devient un des grands événements de l'époque. Bachaumont, Grimm, La Hurpe ont décrit cette grande première, la duchesse

!Mt I.E rniNCE IHi LIÛNR RT ses CuNTEHPURAlNS.

do Bourbon envoyant à onze heures des valels de pied au guichet attendre la distribution des billets indiquée pour quatre heures seulement, les cordons blaus confondus dans la foule, se coudoyant avec les Savoyards, des femin<'s de qualité dînant dans les loges des actricds afin d'entrer les premières, lagarde dispersée, des porte l'nfoncf'es, des grilles de fer brisées par les assaillants, trois personnes étouffées, le parterre électrisé, mademoiselle Dugazon applaudie avec le mdme entrain que k bailli de Suffren, et, pour compléter le tableau, Beaumarchais assistant à cetioibroglio prophétique dans uoe loge grillée, entre deux abbés, ses convives, dont In présence lui avait paru indispensable, afin de se fairr administrer, en cas de mort, des secours trèa spiHlmls. Il venait de divulguer le secret de l'empire, de \vvèler à la foule la pensée de la foule : la mine du respect et de l'ordre social, delà décence publique. Il était en même temps cause et effet, enregistrant le fait accompli, posant les prémisses dont on allait tirer de si terribles conséquences. Voici comment un témoin oculaire, Carion de Nisas, a jugé cette mémorable journée : « La foule était immense; les impressions qu'elle reçut, les sensations qu'elle éprouva, l'étonncment qui la saisit de scène en scène, de phrase en phrase, sont indéfinissables. Étourdi du cynisme de l'intrigue, médusé par la hardiesse et la tournure d'un style inconnu jusque-là, et pressentant tout ce que les mœurs politiques allaient en ressentir, le public, tau- .

t abimé dans ses réftexioas, tantôt soulevé comm r des effets de galvaDisme, passait du |)laisir à I Riyeur, du blâmeàrenthousiasme, palpitait, trépignaitri f épuisait en cris, en bravos, et se demandait s'il u'é-l Bit pas le jouet d'un rêve, la victime d'un canche-l . Et, quand la clmte du rideau eut mis fîn Jifl 1 ces émotions, le [rouble des esprits était tela qu'on sii retii'ait en silence, faute do savoir ce qu'ont devait penser de tant de choses en cinq actes', e^M ^surtout comment la cour et la ville allaient s'entendre J ^■fia peu plus de cinq ans après, le 27 avril 17841 Hjmwndissait sur le li juillet 1789 et s'appelait s\ivA l'aDiclie de la Bastille ■ le Prologue d'une révolution.

Parfois Beaumarchais manque de goût, tombe daii^fl

le pathos et la déclamation amphigourique: Eugénie,^

I Deux Amis, la Mère coupable, appartiennent k Isj

tomédie larmoyante, au drame bourgeois, tels i

9 fabriquaient La Cliaussëe, Mercier, Diderot, tels^

les réussissait Sedaiue: encore les Deux Amis, '

I Mère coupable supportent-ils la lecture, grâce IlJ

luelques belles sci^nes. Mais Eupénie ' cal insipide.'J

bl. On peut dire sans exagùi'alion que la déclaration dea Droil^ me se trouverait au besoin toute eutière dans les opâra»>fl «niques de la ûu <tu ivni* siècle. (Saint'Uai'c-Gii'ardin.)

oCe draine, licrivail Beauma reliais en 1779, eal le plue forte- | ment conço de tousmea ouvra(çeB,y compris le Barbier de Séiiillil* Il proclamait aussi la moralité de son théèlra. On pourrai d\a-M mter longuement là-deasua, et sur la question de savoir si l^J

156 LE PRINCE DE LIGNE KT SES CONTEM J'il Lt A[NS.

et le slyle ampoulé de Tarare, ses tirades philosophico-acientifîques mises en musique font reculer d'eonui les partisans les plus déterminés de l'auteur. Avec le Barbier el le Mariage, il trouve et ejcploile toute sa veine, rompt les vieux cadres, fait sortir le théâtre de la convention héroïque, le replaci? dans la réalité, dans la simplicité bourgeoise'; il pèche par l'absence de poésie élevée et d'idéal', mus il triomphe par l'esprit. Il triomphe même trop, car il a le défaut de sa qualité, il en abuse, donne de l'esprit h chacun de ses héros, et loujours le môme esprit, le sien '. B Tous, observe M. de Loménie, sont également féconds en saillies imprévues, en mots h. double sens, en proverbes plaisamment retournés. L'auteur n'a pas

LhËAtre est ou peut £lre moralisa leur; niais il y Bureit une réponse bien simple à faire : Dana fa Mère coupnble, Alrnaviva et Rosine j'égularisent leurs désordrea passés eu mariant le fîls ailullérin de l'i^tiouse à la nUe adultérine du mari. Singulière moi-alrté 1 E( n'est-ce psa le tas de demander ; « Qui trompe-t-on ici î >

1. il y eut des robes à la Figaro, des bijoui à la Figaro ; le« envieux donnèrent A nn chien le nom de Figaro; Bcumna reliais répondit que le « quolibet itu cbïen • n'était qu'un s. rhien de quolibet D.

2. Pour demeurer fidèle aux théories dramatiques de Diderot, l'auteur à'Evgénie ayail poussé à l'excès le réalisme des personnages, perdu de vne cette excellente observation de La Bruyère ; Ces caractérei, dit-on, sont naturels : aiuai par cette règle on occupera bientdt le théâtre d'un laquais qui siffle, d'un malade dans sa garde-robe, d'un homme ivre qui niElo ou qui vomit.

rien de phis naturel T >

'. supnînie puissance de création qui permet ^ felièrc de raeUra au jour les Êtres les plus ditl'érenls, L seulement par le caracU'Te, maïs par le genre «Eprit.

E.|l y a mieux, La Harpe rcman|ue que plusieurs mots du Mariage sont déjà connus et publiés s d'autres ouvrages. Gomme Bacon, comme tant autres , Beaumarchais recueillait les pensées des pitres et les siennes : c'est ainsi que la plupart des ûts et des scutoDces du Barbier ou du Mariage de Figaro, qu'on croirait au premier abord échappés à la verve de l'auteur dans le feu de la composition, se retrouvent çà et là dans cette sorte de répertoire, m<!Iés à une foule de réflexions historiques, politiques ou philosophiques, qui prouvent que l'inlelligence de Beaumarchais se nourrissait des éléments les plus divers.

Il eut des collalrorateurs, si l'on entend par là les

tnis comme (îudin , son père, sa sœur Julie', le I, C'est celle Julie qui, â lu vue d'un homme mort, a'è<!iie avec e rare énergie d'eipresaion : a Ahl pauvre humanité! que us Ëtea laide en ce mament I Ce l^jngage sourd et terrible de pouuiire morte à la poussière vicanle, personne de nous oc le comprend I > Peu d'heures avant sa mort, elle composait et chantait des couplets cyniques ijue Beaumarcliaiii a pna le soin de

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plus bel esprit de la famille, qui revirent, oorrigèreot les mémoires judiciaires, peut-6lrc même ses pièces de théâtre ', Il imita beaucoup, k l'exemple de ses illustres devanciers, el prit bardiment son bien oii il le trouvait. Ainsi le drame d'Eugénie, sujet ot sci^iies, est Viri: d'une nouvelle espagnole, les Amours du comte de Belflor. « Petits poupeaux de lait, dit l'auteur du Mot/en de parvenir, je vous avertis que vieilles folies deviennent sagesïies, et les anciens mensonges se transforment en de belles petites vérités dont vous savez extraire h. propos l'es-iencii vivi-

car |e me donne pour deux «us...

Et Beuuitmn^luiiB ajoale, sous forme de rânexioo : Cml bienk cluuit du cygne, et la meilleure preuve A'wno, grande foi-ce et d'une grande tranquillité d'âme. (Ce 9 mai 1793.)— MaEs le plus curieux, c'est qu'au moment où Julie mourante improvise aon chant du cygne, chacun des assistants, Beaumai'cbais tuut le pi-emier, juge s propos de lui rèpoudre par un impromptu sur le nnËme air. UécidËment le sens moral n'est pas le fort de celte famille. On s'indigne avec raison de ce mot d'uoe grande dame : > Je vais aller voir lâ-haut si Dieu gagne 1 être connu; o de l'abbé de cour qui, i son lit <le mort, refuse de commuoier s parce qu'il u'ainie point les farineux d ; de Sophie Ai'nould à son curé : ■ Que diable veuezïous me chanter, vous avez la voix fausse I s Ct'lle mort de Julio révulte davantage encore, c ma vieillesse, pardonne k ma jeunesse I B s'éiiriait Pi)jaro dans la Mère coupahle. N'aurons-nous pB9 d lui pariionuer aussi une vieillesse sans pudeur?

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