POTOCKI
MORSTUS. EREXIT»
t30 l.E PRINCE DE LIGNE ET SES COSTEICPORAINS.
Grecs du Bas-Empire qui n'avaient d'yeux que pour les acteurs du cirque, tandis que les barbares escaladaient les murailles et pénélraieut dans la ville, dans ces salons de l'ancieu régime, que la Révolution va fermer brusquement, la science de la conversation avait produit ses fruits les plus exquis, consacr6 le règne aimable de la ffTOme, et, en masquant les défauts, raffiné, embelli les vertus sociales : le tact, l'esprit, la politesse, la gnlce : la grâce, fleur de chevalerie, parfum subtil et rayonnant, Èlixir de civilisation, fait d'une foule de riens charmants, dans lequel viennent se fondre, comme dans une symphonie, toutes les noies du clavier humain : la voix, le geste, le sourire, la beauté, la bravoure, l'élégance et pai'fois la profondeur de l'àme. Au rebours des penseurs, les foules vont de l'absolu au relatif, de l'abstrait au concret; au lieu de généraliser, elles parlicuiariseot; elles ont besoin de symboles et d'emblèmes, de points de repère, de jalons sur les grandes routes de l'histoire, de noms qui représentent les qualités qu'elles admirent, les sentiments dont se compose la trame de la vie, avec lesquels elles se réjouissent, soutfrent, meurent. Le prince de Ligue est un (je ces emblèmes ; au milieu de ses contemporains, aux yeux de la postérité, il apparaît comme l'arbitre de toutes les élégances, le premier par la grâce et l'art de plaire, supérieur k Ségur, à Boufflers eux-mêmes, et, tout compte fait, l'égal de Talleyrand, courtisan moraliste, écrivain incomplet, mais roi
écrite, ayant laissé des lettres et quelques portraits,
qui, pour la verve, la vie et l'éclat, seront cités et relus
aussi longtemps qu'il y aura des gens amoureux de l'esprit *.
1. Cette étude a paru dans la Revtte des Deiuc-Mondes (!•' avril 1889), elle semble hors de proportion avec les autres notices du volume, mais le prince de Ligne m*a paru mériter ces développements parce qu*il réalise, à mes yeux, un type unique : Chamfort avait autant d'esprit que Rivarol; Boufflers trouvait en Ségur un rival dans Fart de tourner de jolis vers, Tabbé Maury se montrait aussi prompt à la réponse que Mirabeau ; Ligne domine tous ses contemporains par le charme et la puissance de séduction. « Mon talent à moi, c^est l'esprit, » disait Duclos ; le prince de Ligne aurait pu dire aussi justement : « Mon génie, â moi, c'est la grâce. »
Une existence mouvementée et romanesque. — Devise de Beaumarchais; ses Mémoires judiciaires. — Qttès-à-co? — Le Barbier de SéviUe, — Prose matérialiste et sensuelle. — Coupures faites par l'auteur et la censure. —Les ancêtres de Figaro. — Définition de Tintrigue. — La première représentation du Mariage, — Beaumarchais prend son bien où il le tro\ive. — Le chant du cygne de sa sœur Julie. — L'idée de la scène de Basile empruntée aux Mémoires de Retz. — Un courtisan déconcerté. — Sophie Arnould ; son esprit et l'esprit qu'on lui prêta : riposte à la duchesse d Chaulnes. — Orphelines de père et de mère. — Ce que vaut la sagesse d'une actrice. — Une pièce qui tombera... quarante fois de suite. — Attaques contre Beaumarchais. — Eugénie, — Les Deux Amis. — Tarare. — Mirabeau, Bergasse. — La reconnaissance de la Révolution .
La vie de' Pierre- Augustia Garon de Beaumarchais est aussi mouvementée que celle de certains présidents de républiques américaines, aussi amusante qu'un ro-
1. Né à Paris en 1732, mort en 1799. — Théâtre de Beaumar^ chaiSy notice d'Auger, Didot,1831.— Théâtre^ avec notice de Saint- Marc-Girardin, 1861, Furne. — Théâtre^ avec notice de Louis de
140 LE PBIKCe DE IIGNR BT SES CONTBHPORAIIIS.
mail d'AlexaDcire Dumas. Il réalise )a légende de Prolée, met la main daiis la plupart des événements, mène de front les besognes les pins diverses, se délasse des affaires avuc Ira belles-lettres ' , escompte le hasard, excelle à concilier son intérêt particulier avec l'intérêt public, tantôt au faîte de la popularité, tantôt au dernier degré du discrédit, chargé par le roi de missions secrètes et puis envoyé par lui au For-l'Évéque ou à Saint- Lazare, diplomate marron, cfinseiller intime de plu-
Lomiliiie, IttCS, Ciilmaiin Uvj. — Mviimi-fi de Hei,iiinarc)iaà, 1^7, Gurnier. — Sainte-Beuve, Causeria du Lunili, t. VI. — Harc-Monnier, Les Aïeux de Figaro, 1866, ia-8. — Paul BonncFon, Beimmni'chais, 1887. — llïcsrd , Une vktime de Beaumarcliaii, Marin, Pion, 1885. — Èlieone Barberot, Beaunuirchai» avocat, Dijon, Jacqaot, 1877. -~ De Loménie, Beaumareltai» et son t«7n|w^ i vol.,CBlmaun LËiy. — Théâtre choiii, avec une préface d'AugusIe Vitu, JouansI, Si vol., 1883.— Panl Uuot, Beaumarchais en All^ tiuigne, 1869, in-8. — D'Arneth, Beaumarchais und Soniutif^, 1867, in-8. — Soaveain itAmault. — Biographie itnivenelle, att. (l'iaménard. — Villeraain, Liliérature française. — Saint-Hare- , Girardin, Eisais de liltéralure et de morale. — GeoffrO}', Cours de UUèratUTe dramatique. — (Euvres de Beaumarchais, èdîléea par Gudin, 1809. — Théâtre complet de Beaumarchais, publié par' Marescot et d'Uelly, 1869, 4 vol. in-8, librairie des Bibliophiles. — Do Lcscuie, Étude sur Beaumarchais. ~ C. Lemeol, La Comédie en France au XVIII- siéde, î vol.. Hachette, 1888. — Linliibae, \ Beaumarchais et ses Œuvres.
1. Beaumarvbais ne ref^arde pas la littérature comme un gagnepain, une profession ; il pense avec Voltaire, qu'elle est le premier des beauï-arls et le dernier des mâtiers.
BEAUMARCHAIS. 14t
sieurs ministres, coudamnÉ au blâme, c"est-à-dire à la dégradation civique, par le parlement Maupeou, qu'il a ridiculisé dans ses mémoires judiciaires, et vengé par la cour et la \il!e qui se font inscrire à l'envi chez lui, par le prince de Conti qui l'invite à diner, voulant donner un exemple de la manière dont il faut bailer un si grand citoyen' ; né pauvre, enrichi et ruiné plusieurs fois, plaideur éternel, forçant les comédiens à reconnaître le principe de la propriété littéraire et dramatique ; dépensant un million pour une édition de Voltaire, ayant un moment quarante vaisseaux sur les mers, faisant combattre sa marine avec les vaisseaux de l'État, décorer ses oRioiers, complimenté par le comte d'Ealaing, fournisseur des États-Unis et contribuant à décider l'intervention de la France dans la guerre de l'Indépendance, protégeant des princes auprès de l'archevêque de Paris, révolutionnaire sans le savoir, mettant le feu aux matériaux amoncelés par Diderot. Voltaire, Jean-Jacques, persécuté pendant la Révolution, agent du comité de Salut public qui le laisse porter sur la liste des émigrés, ne s'oppose ni à la saisie de ses biens, ni k l'emprisonnement de sa famille, réduit alors ii un tel degré de misère que, dans son grenier de Hambourg;, il éteint une allumeile pour s'en servir deux fois. Rentré dans sa patrie à soixante-
I. Ce n'est pua tout d'être Mimé, lui disait spiritueitement M. i9e faut encore être modeste.
142 LE PIIINCR DE LIGKE ET SB? CONTEU PdUAlHS,
cinq ans, malade, sourd, mais toujours persévfrant, proDipl il prendre son parti , à recommencer la lutlc, cl, lorsqu'il mourut, s'épuisanl <-'n procî-s pour ressaisir sa fortuni?; seulement cello fois, il n'avait plus pour adversaires un comte de La Klaclie, un conseiller tiot'xman, il plaidait contre la République française et la République des Ëtats-l'nis, deux débitrices qui jouissaient alors d'une bien mauvaise réputation ; intelligence encyclopédique, doué d'une gaieté inaltérable, excellent pour sa famille, dévoué à ses amis, loyal, généreux avec ostentation, homme à bonnes fortunes et, jusqu'à la fin, de mœurs priapiques, adoré de ses trois femmes et de ses maîtresses, assez fat (il se compare quelque part à AJc.ibiade et s'imagine que si on lui interdit de continuer ses leçons de musique à Mesdames de France, filles de Louis XV, c'est qu'on a craint que son charme ne montftt au bonnet de Madame Adélaïde). Il a, disait d'Âiidilly, le cœur d'un honnête homme et soui^ml le Ion d'un bohème : au demeurant bon homme et sensible', habile à tirer parti d'une aoUise ou d'un échec, présomptueux, enthousiaste et positif, fertile en expédients et médiocrement scrupuleux, plus souvent dupé que dupeur, esprit sans cesse pétillant, tout en saillies, ingénieux et subtil, malin
I , Il avait écrit sur le collier de ^ cbienne : • Beaumarchais ni'nppnrtient ; je m'nppelle Follette, nous demeurons nie Viofllft^ ilu-Temple j.
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saus mécliaacek'', sautant un uue minuit; d'un pôle l'autre pôle du monde des idéu3, caractère liardi, allant jusqu'à la léméritL', plus ambitieux d'influeiice et d'argent que de considération, avec un niéiange de sens pratique et de râverie qui confond l'imagination : tant d'aventures, tant de contrastes, font de Beaumarctiais un type étrange, qui, sans éveiller le acotimeot de la grandeur morale', attire l'attention, inspire la curiosité pour ce mouvement intense, cette puissance de métamorphose, ce mélange de bien et de ma! et ce conflit de talents qui reflètent en quelque sorte la fin d'un ordre social et îc commencement d'un autre".
Les Mémoires, te Barbier de Séville, le Mariage de l''iijaro, sont les trois Œuvres ofi éclate son génie. Menacé dans sa fortune et son honneur, traqué par d'impitoyables ennemis, qui l'accusent d'avoir empoisonné ses deux femmes', presque ruiné par l'animosité du comte La Hlache (Mii, disait-il, le haïssait comme il aime
11 priL pouL- devise un tauibour avec rcs mois ; Non soiiul HÙi peivtuiu»; il ne résonne qu'élant fi-appé.
3. Ce qui nous pai^ît certain, c'est que pour donner laulc la mesure lie ses hrillanUw raculléa, pour airiver à tout, pour figurer diinB l'histoire de sun paya avec autant de puissance et d'Éclat qu'il y s figuré avec agitation et avec bruit, il n'a lunniuê à Beaumarcbais que de venir nu uioiide tinquanie ou soiianle ans plus tard (LomËnie, t. II, p. 5^f.l
3, Il est trop di'ùle cl ti'up ^ai puui- ctie ■!« la lamille de Locuste. (VolUire,)
144 LE PKlNCli DE LIGNE ET SES CONTEMPûnA INS.
sa oialtresse, il se retourne brusquement, fait appela l'opinion publique, l'émeut, la passionne. Beaumarcbais a pour lui les jeunes gens, les femmes, loua les magistrats lie l'ancien parlement. Il a mis le feu aui poudres, poussé k l'extrême l'ironie, accru l'invective, ÉLalê sans pudeur les abus de l'antique routine, levé le voile sur les arcanes de la procédure, introduit au palais le principe de la publicité ; par-dessus tout, il a mis en scène , marqué d'un stigmate ineffaçable ses adversaires, chacun d'eux est saisi sur le vif, chargé, au besoin caricaturé, mis au point ; ils parlent, ils agissent comme des personnages de comédie. Voltaire, Horace Walpole, Beruardin de Saint-Pierre, les AUemands s'enflamment pour les plaidoyers de Bcaumarchais; une jeune fille donne à (iœthe l'idée de transformer en drame l'épisode de Clavijo. » Que! homme! écrivait Voltaire, il réunit tout, la plaisanterie, le sérieux, la raison, la gaieté, la force, le touchant, tous les genres d'éloquence, et il n'en recherche aucun, et il confond Ions ses adversaires, et il donne des jeçous à ses juges. Sa naïveté m'enchante, je lui pardonne ses imprudences et ses pétulances... Si le Barbier de Séville ne réussit pas, dites h Beaumarchais de faire jouer ses Mémoires, n
Beaucoup de ces pages, sans doute, ont vieilli, et rappellent les carcasses des feux d'artifice qu'on voit le lendemain d'une i'éle; quelques-unes méritent de survivre. Comment ne pas se remémorer cette réponse
au coQseiller Goiizman, gentilhomme de la veille, qui lui reprochait sa roture, e ... Savoz-vous bieo que je prouve dÉjii près de vingt ans de noblesse, que cette noblesse est bien à moi, en bon parchemin scellé du grand sceau de cire jaune ; qu'elle n'est pas comme celle de beaucoup de gens, incertaine et sur parole, et que personne n'oserait me la disputer, car j'en ai quittance? 9 Et ce début du quatrième Mémoire, lorsque, supposant un dialogue avec Dieu, a l'Être bienveillant qui veille à tout » le pamphlétaire entend cette prédiction : M Je suis celui par qui tout est , sans moi tu n'existerais point; je te douai d'un corps sain et robuste : j'y plaçai l'âme la plus active; tu sais avec quelle profusion je versai la sensibilité dans ton cœur et la gaietâ sur ton caractère : mais pénétré que jo te vois du bonheur de penser, de sentir, tu serais aussi trop heureux, si quelques chagrins ne balançaient cet état fortuné : tu vas ôtre accablé sous des calamités sans nombre, déchiré par mille ennemis, privé de la bberté de les biens, aceusé de rapines, de faux, d'imposture, (le corruption, de calomnie... v
Et lui, se prosternant humblement, répondait à l'Être des Etres : n Je te dois tout, le bonheur d'exister, de penser et de st^nlir ; je crois que tu nous as donné les biens et les maux en mesure égale ; je crois aussi que ta justice a tout sagement compensé pour nous, et que la variété des peines et des plaisirs, des craintes et des espérances, est le vent frais qui met le navire
lie LK p
JNCE DP. LIGM
on branle el le Tait avancer gaieiueul daiis sa route.» Mais, puisqu'il doit avoir dea ennemis, il sollicita le droit de les dioisir, avec les défauts qu'il désigae, et alors, dans quelques maîtresses pages que Sainte- Beuve di'clare comparables aux dernières Procinciaies de Pascal, il les dessine uu à un, les livrant it la risèu du public : u Suprême l)0Ut6, s'il est encore écrit que quelque intrus doive s'immiscer dans cette Iiorrible aflfaiie el prétendre à l'hounem' de l'arranger, en sacrifiant un innocent et en me jetant moi-même dans des embarras inextricables, je désirerais que cet homme fût un esprit gauche cl lourd ; que sa méchanceté maladroite l'ail depuis longtemps chargé de deux choses incompatibles jusqu'à lui, la haine et le mépris public. Je demanderais sur loul, qu'infidèle k ses amis, ingrat envers ses protecteurs, odieux aux auteui's dans ses^ censures, nauséabond aux lecteurs dans ses écritures,. terrible aux emprunteurs dans ses usures, colportant les livres défendus, espionnant les gens qui l'admettent, écorchant les étrangers dont il fait les affaires, désolant pour s'enrichir les malheureux libraires : il fûl tel enfin dans l'opinion des hommes, qu'il suffit d'être accusé par lui pour être présumé honnête ; son protégé, pour être k bon droit suspecté : Donne-moi Marin* I
1. L'Interrogation proTençate : Çuèï-o-co ? (Qu'esl-ce que ceta! q;ui terffliue le second portrait de Marin, parut Bi plaisante i k*
UB.tUWAHCÊlAIS. Ii7
Que si cet intrus doit formel' lu projuL il'alVaiLiir un jour ma cause, eo subornant un témoin dans cette affairB ; j'oserais demander que cet autre algousin fùl, un cerveau fumeux, un capiLan sans caractère, gii-ouetle à tous les vents de la cupidité, pauvre hère qui, voulant jouer dix rôles à la fois, dénué de sens pour en soutenir un seul, allât, dans la nuit d'une intrigue obscure, se brûler à louti;s les chandelles, croyant s'approcher du soleil ; et qui, livré surl'escaj'polette de l'intérêt ? à un balancement perpétuel, eu eût la tjîtc et le cœur étourdis, au point de ne savoir ce qu'il alllrme, ni ce qu'il a dessein de nier : Donnemoi Beflrand/ «
Donne-moi Marin! Donne-mni Bertrani! Donne-moi Baailard! Quant au comte de La Blache, au conseiller Goëzman, au premier président de Nicolaï, il ne les nomme pas, mais il les peint de telle sorte que chacun les a déjà reconnus. Et si l'on songe qu'à cotte époque on vivait sous le régime légal d'une ordonnance de 1769, qui punit de îitort tout auteur d'écrits tendant à émouvoir les esprits, on se rappelle la délimUou de la vieille monarchie : un gouvernement
dauphint', qu'i^llc devint ua quoli tiet du cour et ijue iu luarctiuiiUo de modes donna ce ni>m de Queiaco à une coiffure nouvelle, coiri' posée d'un pHUache à plumes, que les feuinica portaient sur le sommet do ia tite. « Celte uoiffui'c, dît. Dactiaumont, pcJ'|iùlue r(q)probre de Marin, bafouÉ jusqu'aux toilettes, u
absolu lerupénj par des chansons,.. Ht par l'opinion publique, iaudrait-il ajouler.
D'utlluurs l'cnncnii était dans la place : Beaumarchais a pour lui Marie-Autoînette, des princes, des grands seigneurs enchaotés de moulrei' qu'ils ne sont pas de ces petits hommes qui redoutent les petits écrits, et qui veulent avant tout s'amuser, fùl-œ au prix d'une révolution. Oue feront contre l'engouement général le roi, quelques censeurs clairvoyants comme Suard? Ils défendent déjouer et le Barbier de Séville et le Mariage de Fiijaro ' . Vaines iiilerdictions, inutiles averlissemeuls, retards destinés k augmenter davantage l'éclat du triomphe! Peuples, partis, individus, ne sont-ils pas toujonrs les artisans de leur propre ruine*? L'autorité cunsculait à se voir berner sur les planches, la noble^e prenait pari à sa propre mystîBcation . Il y a quelque chwsc de plus Ibu que ma pièce, c'est sou succès, remarque Beaumarchais. IS'apoléoD a dit de Figaro que 11 c'était la Bévolution en action n.
Beaumarchais ne pensait guère à composer des pièces révolutionnaires : obéissant au goût du jour, il faisait un Figaro satirique, philosophe, raisonneur* et déjà
1. Le Barbier tut reprëdcoté le 23 février ITTâ, le Mt^iage, le il avril nSi.
i. i Le colia-maillnrd poussé Iriip loin finira par la ciUbnte ginoralo, o ëcrivail le marquis de Mirabeau.
'd. <• Lo liasari] a mieux l^il que dous tous, ma petite; ainsi va le monde, on travaille, on pi-ojello, on arrange d'un cûlé, la fortooe acfomplil de l'autre. >
nEAUMAnniiAi?, U9
un peu prêteDtieux ; plus gai, plus naturel dans le Barbier, plus frondeur dans le Mariage, et crojait «p venger du duc do Cliaulnes, de Fronsac, de La ^llIIli^e en parlant des puissants de quatre jours, m kgers sui te mal qu'ils ordonnent, qui se sont donn- la peine th naMre, « tandis que lui, morbleu! perdu dans la foule obscure, il lui a fallu plus de scionceet de calculs pour subsister seulement, qu'on n'en a mis depuis cent ana & gouverner toutes les Espagnes' n. Et, en effet, il a
t. La censure et l'auleur firent beaucoup de conpuri^ diins te Barbier et U Mariage. Ainsi lorsque Alm^viva se promùiic soii • les fenStres de Rosine, il ^joutait ceUc phrase alambiquèe ; ■ Ton» nos Talions sont pleins do m^ile, cliacun peut en cueillir ai aéoienl ; un seul croit au loin sur le penchant du toc, il me plûit, non quM «or( plus beau, mais moins de gens l'sUeignent. ■ Plus loin Figani gâtait cette excellente saillie : C'est ta misère, par cette grosse charge: " Snnscompterquej'BÏ perdu tous mes pères et mères; depuis l'an passé, je suis orphelin du dernier, s Les porlrails de Rosine, de Barlholo, s'inspiraient d'abord de l'ancien langage, celui de Rabelais, dos tréleaun de la foire. Voici, par exemple, Bartholo à la première représentation: <• C'est un beau, gras, court, jeune vioil- Lird, gris pommelé, rasé, ruse, blasé, Fi'isqué et guerdonné comme aniourcuic en baptême, à la vérité; mais cbassieiii, jaloux, soUfn, goutleux, marniiteux, qui tousse ot cra he, cl p'ondc, et geint lour A tour. Grnvclleaux reins, perclus d'un bras et dércrré des jambes; le pauvre écuyer 1 s'il verdoie encore par le chef, tous sentez que c'est comme la mousse ou le gui sur un arbre m( rt ; quel altisement pour un te! feu ! > De même avant la suppression du cinquième acte, Figaro lançait une foule de plaisanteries équivoques sur le* médecins, les femmes, la mythologie. — An premier note du Mariage, il aborde Barlholo avec ces mois : <• Bonjour, cher docteur n cceur, de mon flme, et atilrea viicérti. t An comte Aima-
IriO I.F. l'ItlNUIl 1>K LlUNi; ET :
eu plus de peine à faïni joitep sa pièce qu'à l'écrire. rigaro, c'est Beau luarchuis lui-même, démarqué, trausposÈ en quelque sortt, afTublc d'un léger déguisement espagnol, donnant à l'esprit français uoe nouvelle l'orme, profesa^ir d'insolenee et de cynisme : c'est a un jeuue liommc ardent au plaisir, ayant tous les goûte p(ior jouir, faisant tous les métiers pour vivre, roaîlre ici, valel là, selon qu'il plaît il la fortune; ambitieux par vanité, laborieux par nécessilé, mais paresseux.,, avec délices! orateur selon le danger, poète par délassement, musicien par occasion, amoureux par folies bouffées. . » Kigaro-Beaumarchais a eu maille à partir avec la censure. Haro contre la censure ! « On me dit... qu'il s'est établi dans Madrid un système de liberté sur la vente des productions, qui s'étend môme à celles de la presse; et que, pourvu que je ne parle en mes écrits, ni de l'autorité, ni du cuite, ni de la politique, ui de la morale, ni des geos en place, ni des corps en crédit, ni de l'Opéra, ni des autres spectacles, ni de personne qui tienne à quelque chose, je puis tout im-
viïa, el en parlant de la coriilesie : •■ .V s.i plsfa, moi, je ne dis pas ce que je ferais. — Le Coûte. Je le le permets I — Figulo. linéique sot, — Le Comte. Jo le l'oriJonne. — l'iûAHO. Inalruite de ^09 raltset gesles, el prenant conseil de reiemplp, je vous solderais vus petits bâtards en un bon gi'os enfant légilitrie... et puis cherche I • Beaumarchais mnliiplie, caresse avec complaisance les mots, les situations qui ont un tour plus ou moins licencieux : celto prose scintillante, capricieuse et dansante, est en quelque sorte tnalârialiste et sensuelle.
noier librement, sous l'inspectioa de deux ou troisH
n Figaro songe à obtenir une place, mais pai
ftliieur il y était propre ' : a II Tallait ua calculateur,]
I fut un danseur qui l'obtint. » Figaro se rit des coui^ J
sans ; « Recevoir, prendre et demander, voilà le i
let en trois mots «. Dans le type de Brid'oison, jel
dessiner vno revanche contre Goëzinan etfl
. Quant aux niMecins, il suit la tradition da'l
iolitirc, mais en prêtant à Bartliolo des maximes quïl
ibiissent le respect du pouvoir : « Quand une chosçi
t vraie ! — Si je ne veux pas qu'elle soit vraie !
retends bien qu'elle ne soit pas vraie. Il n'y aurait J
~qn'à permettre à Ions ces faquins-là d'avoir raison,
vous verriez bientôt ce que deviendrait l'autoritfi.
D'ailleurs, le Figaro du Mariage est devenu bel espritJ
^■Ée profession, il pose, il régente, a des prétentions à1
^^B>ni^^>^nce, il est même un peu tribun : « De l'es-J
^^ïrit pour s'avaucer I Monseigneur se rit du mien. J
Médiocre et rampant, et l'on arrive à tout. — Le Conte:
Il ne faudrait qu'étudier un peu sous moi la politique. ]