Il faut ciLei' ces beaux v Survivant nu pouvo
s de YKpUn à VoUain l'immorlelle penséi.'.
la cendre d'Ilom^'n
PH CnËKIEB. 19S
curcie par la gloire de son frère; grâce ii MM. Labittfi et Villemain, on commença à lui rendre justice. Joseph Chénier est un écrivain de talent, de beaucoup d'esprit, mais le mot de génie ne s'associe pas à son nom, il faut le garder pour son frère : o Des œuvres fortes et nues, un grand hut politique et une action simple, i> voilà l'idéal tragique de cet esprit enchaîné par la tnidilion, Point de fantaisie, point d'imagination, peu d'invention ; le mépris de Shakespeare et des novateurs comme Chateaubriand, une versification sage et ferme, excluant le coloris cl la métaphore, mais remarquable parla pureté, la concision, s'échappant parfois en traits d'une sévère éloquence', a C'est beau, mais c'est froid b, observait Talnia apii>s avoir lu Tibère, Il pare la rai-
1. Il d I tadécoratifs.obserïeM. AnatoleFrance, et dènal bl t ly le directoire, un style rigide cl lourd, non Mns gra d q I Révolution aiaîl empreint de raajeslé romain I (] 1 I uvenirs et les moniinieuls de la cainpagnt' d'Egypte ] le t eorle ilc inagniflcence orientale. Tels sont les f t I9 J 5 riiéd de »pbinx de Itrunze, cl les toiseriez gnko<égyptienneg qu'on estime aujourd'hui apri'S igualre-vingt-dii ans de inépria. Eli bien, ve st}le qui carsdérise une époque et qu(^ le critique doit conaidérev avec attention, pnisqu'il est le signe d'un leiDps, je le retrouve tout entier dans les ÉjÀtrei de Slnric^oseph et surtout dans quelques grands vers de la Frommade. L'ancien tribun les composa dans l'âlé Ae 18%, sous ces arbres de Sainl- Cloud, pleins encore du soutenir de Bonaparte :
i;iÈ')ult. j'ai longLemps CKltbré M? Coni(uêlef ;
196 tE PBIHCE BB LIOME Et BES C0HTRMP0ttA.IM8.
son du charme des beaux vers, dil-il lui-même, et ce vers surQt à peindre son taleiil; el ceux-ci de sa pièce de la Raùon résument sa poétique :
C'esl le bon sens, la mison qui tait lont :
■Verlu, génie, espi'il, latent et goût.
Qu'est-ce que mrlu ? raison mise en pratique ;
Talent? raison produite avec édal;
Esprit? raison qui finement s'cuprime ;
Le goût n'est riMi qu'un bon sens délicat
El le génie est Is raison Eubliaic.
Toujours raisonnable, toujours forl de choses, selon le mot de Lemercier, il les rend quelquel'ois plus fortes par l'expression et par le chois du personnage qui les doit dire. Ainsi Tibère, dans son monologue, flétril luimême la corruption publique, le Sénat, Home cutière briguant la servitude (Hommes ad servilulem pacatos).
Un seul 1 Et les Romains tremblent devant un liommel
Les Romains 1... où Bonl-ilsï Dans les lambeaux de Rome!.. .
Einil simple clUtyen, soldat d'un peuple librii
boni de rÉridan, de l'Adlge ou du Tibre,
oiidroyanl lour h tout quelques tyrans pecvci
nbriâS
: sables de Syrie Dee palmes du Liban couronoalt en pïtrle.
Hais, torequ'enfugiur regagnant Bi« loyiiiB, [| vint contre l'cmplce échangée les lautïei-s. Je n'ai pciini caressé sa brillante intaraie. . ,
L'imsge presque abstraite, la ferme nudité du langage, la fierté civique du ton, c'estlà du st^k et même du grand style, c
Mais que sont désormais les pèi'cs du l'Etat ?
L'ti faatflme avili qu'on appelle Sénat 1
lâches de«:eadaals de Dèce et de Camille 1
Enfattts de QuintiasI Poetërité d'Emile!
Esclaves accablés du nom de leurs aïeux,
l!s cherchent tous les jours leurs avU dans mes jeui
Réservent sui proscrits leur vénale insolence,
Flaltent par leurs discours, flattent par lenr silence,
Et, craignanl de penser, de parler et d'agir,
Me fonl rougir pour eux, sans miïme oser rûuj^irl
Est-ce à Rome, est-ce à la Convention, aux assemblées politiques du Consulat que pensait Chénier en écrivant cette magnifique lirade?
Esprit inconsistant et mobile, portant ses qualités et ses défauts à l'extrême, « inabordable au raisonnement quand on voulait combattre ses passions qu'il respectait comme ses dieux pénates^ », associé par la peur ou par la violence de son âme -h des actes déplo- ■rables, sa vanité hautaine et son caractOre irritable,
m esprit sarcastique ", sa partialité fougueuse devaient
Esi-il possihle, disail-il devant sa glace, qu'on prenne un héi'os Kâe caserne, quand on a chei soi l'auteur de Tiiiioléonl •> Il s'ale des beautés du salon de madame Tallien, qui lui avait référé un général.
2. En ItM, se jugeant olfensii par le comédien Naudet, il proposa ■ d'aitacher une licelle à la. détente de deux pistolets qui seraient placés sur le front de chacun des combatlanls, et d'apostcr un témoin qui, tiranl à cette ficelle, ferait sauter la cervelle des deux adversaires »,
raOO LE PBLNr.E DE LIO.NË ET SES EllNT EH PO B Al H S . I
Cul- ]« Ca3 ici-baa régeni universel... ■
Aïant Dieu j'ai jugi les vivants et les morts. I
Ce qui ne l'empêchera pas de préserver La Harpe de la proBcription, Chénier paraît avant tout l'homme des GOiitradictioiis. Il vote la mort du roi, il adhère à bien des mesures sanglantes ', mais, après Thermidor, il parle en faveur des conventionnels proscrits, il obtient le rappel de Talleyrand, protège d'Avrigny, Regnault de Saint-Jean-d'Angely, et même Dupont de Nemours dont, il avait à se plaindre. Cdim Gtticc/(M* est, comme Féneton, comme Tîmok'on, infecté de tout le pathos révolutionnaire et philosophique de l'époque, mais il y a là des maximes d'humanité et surtout un vers qui rachètent le reste,
Des lois et nnn ihi sang!
« Non ! iiurla le représentant Albitte, furieux des applaudissements du parterre. C'est le vers d'un ennemi de la liberté! A bas les maximes contre-révoUi-
1. Jostipli Cbéuicr, ayant proposé la loi de déport^tiun, reçut ce peUt ameadement :
Un Sophocle nouveaa, le vainqueur de Voltaire, Et qui pis est encor. piotond tésislatem :
Il piâlend déporter rjut sr
Ooand tous déporleriei ju
losEPH chënieh.
tJonnaJres! Du sang et non des lois! «Ainsi Cliênier, au milieu de ses excùs, gardait le culte de la pitié. Là montagne veut le mettre à l'épreuve, le nomme rapporteur d"uu projet pour la panlhéoiiisalion de Marat et la dépanthéouisaliou de Mirabeau : il ne refuse point, mais il a le raurage de la réticence, parle de (fcrtn'f pénible, rend hommage au génie de Mirabeau et ne souille mot de Marat. Plus tard, il approuvera le 18 Brumaire, écrira sa tragédie de Cyrus pour obtenir la dignité de sénateur, mais, courtisan novice, il ne pourra s 'enipêcher d'y mêler des maximes libérales qui irritent l'empereur; et lorsque paraîtra VÉpitreà Vollaire, il perdra sa place d'inspecteur générai des études. Il hait Napoléon, mais fmil par se résigner à lui tendre la maîu : à la première demande, on lui accordera une pension de huit mille francs, suivie d'autres grâces. Cet idéologue, ce grand partisan de la liberté porte dans la société du penchant au despotisme; ce parangon de l'égalité traite de très haut ceux qu'il croit ses inférieurs, étale avec orgueil un ruban à sa boutonnière et se donne des airs de tyran littéraire à l'Académie. En&n, après avoir déchiré à belles dents ses collègues, il s'applique à réparer ses torts, va au-devant des réconciliations, et, dans son Tableau de la littérature française depuis 1789, rend hommage à Suard, Mori'llet, Michaud, La Harpe luimême et madame de Genlis.
Le diable se faisait ermite, mais, auparavant, comme
SOS LK raiNCB db ligne et ses contemporains
il avait marqué de ses griCTes les corps des victimes I
Jugez-un par quelrfuesépigrammes.
yuBinil l'abbé Morellet éci'il, ?4e lui demaniez pas d'esprit ; C'est un ïiopût dont il s'exemple.
El ce doyen des vleui enfants Ne tient pas à quatre-vingts an^ Ce qu'il promeltaït à soixanle.
Rewbell directeur I le pauvre b Devait-on a'ultendre à celât Pourquoi non? Sous Catigula Il eût été consul fi Rome.
Roquet le dana son temps, Péi'igord dans If Farent tous deux prélats d'Autun.
Tartufe est te portrait de l'un ; Ah! si Molière eùl eonmi l'auli-el
Jean Uoederer, ennuyeux journaliste, De son squelette a fuit peindre les traits.
Vingt connaisseurB, rasaeoiblés tout exprès, Sont à loisir consullèa par l'artiste,
— Çâ, mes amis, est-il bien reEsenublant?
A te visage avec soin je travaille.
Nul ne répond ; chacun regarde et tifiille.
— Boa, dit k peioli-e : on b&ille. il eat parlaul.
Que des humaim la faiblesse e^l étrange !
Dit l'autre jour un député gaseon ; Depuis neuf ans, émule de Soloa, Avec pilié je ïois comme tout change :
Chaque parti devient minorité; Mais, narguant seul la publique inconalance, Depuis neuf ans, grâce à uia conscience, Je suis toujours dans la minorité.
Lorsque l'abbé Delille reviol en France, rapportant
desoa exil des poèmes artistement cliampôlres, le souvenir amer de la persécution terroriste, son adhésion aux idées nouvelles, Chénier, jacobin et morose, lui y décocha ce cruel persiflage :
Marchand de vers, jadis poète,
Abbé, ïalel, vieille coquette.
Vous arrivez ; Paris accourt.
Eb I vite une triple toilette :
H faut unir à la cornelle La bvrée et le manteau court.
Vous mites du rouge à Virgile, Heltei des mouches i Milton ; Van tei- noua bien du même siyle Et les émigrés el Cuton ; Surpassez les nouveaux apûtres En théologales vertus ; Bravez les ijrans abattus Et soyez aux gagea des autre».
tB PBINCli DB Lt^NG BT SES CONTBHPOAtll
Voua ne nous direi plus adieu ; Nous rendons les cleft de saint Pierre; Mais, puisque tous prolégeî Dieu, N'outragM plus feu Robespierre.
Ce grand pontife aux indévots Rendu quelques mauvais offices; 11 eût été \otre héros S'il eût doDDti des bénétices.
Et pour finir, l'épHaphe de l'auteur composée par lui-même :
Un jour, dans le salon de madame de Staël, Guillaume Sclitegel se mita parler avec passion du tliMtfe allemand, fort incomm alors en France, et traduisit h livre ouvert quelques fragments d'i'jwionf. Madame de Slael approuvait avec enthousiasme, Knfin vient, dans le monologue du duc d'AIbe, ce fameux passage ; « Egmont, ton cheval t'emporte dans ma cour bien rapidement! il ne craint pas l'odeur du sang? 11 n'a donc pas vu sur le seuil le spectre qui l'a reçu l'épée à la main? Descends... Bon, un pied dans la tbssel deuxl a Que c'est beau! mon Dieu; que c'est beau I s'écriait madame de Staël. Mais, pendant toute cette lecture, Chénier ne cessait de hausser les épaules et de lever les yeux au ciel. A la dernière exclamation