‹ Le prince de Ligne et ses contemporainsChapitre 21 sur 28 · Ce qui lui altira ce disliquo de Lebrun -. Éioslmte ca · texte numérisé non relu

Ce qui lui altira ce disliquo de Lebrun -. Éioslmte ca

iai LR l'BISCE DE I-IfiHK ET âES C(1MK« PU n Aixs,

i|u'il iivail ootiiposèo de mémoiri!; il fréquente Crèbilloti fils qui lui avoue n'avoir pas achevé la leclura des pièces de son père, « mais que cela viendrait » ; il hante le café Procope (oii il y avait la Chambre des communes et la Chambre haulc comme en Angleterre) et fait connaissanee avec un pauvre diable de poêle, La Louptière, qui, invité i>ai' lui à diner. répond" humblement : « Je voua remercie, monsieur, j'ai diaé hier, o 11 se promène avec l'abbé Maury, qui avait alors plus d'appétit, lui aussi, que de dîners, et qui, malgré cela, annonce k Mercier qu'il entrerai l'Académie bien avant lui; enfin il forme avec ses amis Rélif de la Bretonne et Dorat-Cubières le t Iriuraviral du mauvais gortt ».

Ses drames avaient eu du succès : son Tableau de Paris le rendit célèbre, surtout à l'étranger, en Allemagne, ot'i on le porta aux nues. « C'est, disait Lu' Harpe, un mélange d'absurdités, de vérités utiles, de^ paradoxes extravagants, de bouffissure, d'éloquence et' de mauvais goilt; » tandis que M, Cramer lui cousacre ce dith^nmbL S il armait que l'on rencontrât' un ouvrage en douze volumes d un Mercier latin, qUï' nous peignit I ancienne Rome avec ses mœurs locales,' SOS habitudes ses folies ses \ices cl ses vertus : uii' ouvrage écrit avec I esprit dob ervation la plus réfliîcliie, démasquant avec le coup d' œil le plus pénétrant mille préjugés en fait de littérature, de politique et de morale, un livre écrit enfin sous le regard de la sainte-

MERCIER. Î-Si

humanité; si, je le répèle, l'on trouvait un trésor semblable, pcascz-vous bien quel sort l'attendrait en Europe, et, de proche en proche, dans les autres parties du monde? o Un autre Allemand voit en lui le premier génie littéraire de la France et lui reproche seulement « de sacrifier trop souvent aux grices d. Kt pourquoi non? Il n'y a pas quarante ans. nos voisins proclamaient Paul de Koch le roi des romanciers français. Autrefois ils Iraduisaicnt bien les livres de HctiC de la Bretonne, et Schiller lui-même trouvait Momieur \icolos Tort amusant, en dépit des platitudes cL des choses révoltantes que contient ce livre, « Jo n'ai jamais rencontré, écrit-il k Goethe, une nature aussi violemment sensuelle... un pareil livre me parait inappréciable... o

C'est une sorte de panorama, une encyclopédie réaliste, que ce Tableau de Paru, où défile presque tout le xvrii" siècle, mais surtout le xvni" siècle de la rue : aussi MeR^ier disait-il qu'il l'avait écrit avec sus jamlies. I.a police prit de l'ombrage après les deux premiers volumes, et comme quelques personnes étaient soupçonnées, menacées de poursuites. Mercier alla trouver M. Lenoir, et lui avoua fir-rement ; o Ke cherchez plus l'autour, c'est moi I o 11 partit pour la Suisse où il se lia d'amitié avec Lavatcr, qui se vanta d'avoir deviné son nom rien qu'en le regardant.

Arrive la Révolution : journaliste, député h laConvcnipn, modéré relatif, le i sin^'e de Jean-Jacques » vole la

236 LE PalNUE riE- LIGNE ET RE3 roNTEMI-tl BAINS.

détention perpèluelle dans le procès du roî,s'associe&ui Girondins, fait partie des loixanle-seise, flotte quelque temps avec oux entre la vie et la mort, perd en prison une partie de ses maniiscnls ; membre des Cinq-Cents, il appuie le rétablissement des loteries qu'il combaltaii jiidis, accepte une [liacc de contrôleur de la caisse dç la loterie, a Itcpuis quand, répondilr-il aux censeurs de ses palinodies, depuis quand n'est-il plus permis vivre aux dépens de l'ennemi ? n Le voilà professeur d'histoire h l'École centrale, cl toujours grand dépèi.bcur de copie, publiant, en l'i99, son Nouveau Paru, œuvre du cynisme et du sans-culotlisme, selon les uns, œuvre admirable, affirme Monselet, qui compare cû; vaste et turbulent tableau de la Révolution aux œuvres de Ribéra. de llubens. Mercier lui-môrae, malgré soa orgueil colossal, ne s'imagine pas avoir travaillé cette fois pour l'éternilé, et, comme les Grecs élevaient un attf tel au dieu inconnu, il lance dans sa préface une invocation h Vhislorien inconnu de ce drame gigantesque i « Pour peindre tanl de contrastes, il faudrait un historien comme Tacite, ou un poète comme Shakespeare. S'il apparaissait de mon vivant, cç. Tacite, ce Sliatespeare, je lui dirais ; « Fais ton idiome, car tu as k peindre n ce qui ne s'est jamais vu, l'homme touchant dans la; Il même moment les extrêmes, les deux termes de \^ férocité et do la grandeur humaines. Si, en traçani' u tant de scènes barbares, ton style est féroce, il n'etf * sera que plus vrai, que plus pittoresque; secoue If

SlKltClRR. 937

joug de la syntaxe, s'il lo faut; oblige-nous à le V traduire ; impose-nous, non le plaisir, mais la peine M de te lire. »

Je voudrais, un peu au hasard, et pèle-méle, rasseniibler ici (guciqucs-uns des traits les plus curieux que j'ai notés dans te Tableau de Pai-is, dans le Nouveau Parii, dans ces mélanges bizarres, véritable anthologie politique et sociale, qui, si l'on fait la part des exagérations admiralives et critiiiucs, n'en demeure pas moins le vigoureux effort d'une intelligence très vibrante, pleine de quriosité sympathique et aimantée vers lo pittoresque. Est-ce un caractère banal que cet homme qui se regarde comme l'iostiluteur et non comme l'esclave do public? s .le donne, disait-il, c'est au public k recevoir; " ijui paraphrase l'apostrophe d'Euridipe aux Athéniens : a Apprenez que je ne compose point mes ouvrages alin d'apprendre de vous. mais afin de vous enseigner. « Au prix de mille remarques ingénieuses, on est tenté de lui pardonner ses extravagances, ses hérésies contre les classiques et la théologie, l'apologie du chant de la grenouille et la satire de celui du rossignol, les diatribes contre les corps académiques. (Il fut aussi membre de l'instilut.)

C'est lui, par exemple, qui définit le monde: « un vaste théâtre dont les hommes sont les comédiens, le hasard compose la pièce, la fortune distribue les rûles; les femmes accordent des rafraîchissements aux acteurs, et les malheureux font rouler les décorations, portent

238 LK TRiscE m: uuse et «ks r.oNTËMPonAi.ss. et mouchent les chandelles n ; lui qui dit pour 1& prcmii^rc fois ce mot répélé par Hugo ; « Je vis paP ctiriosite u; qui, parlant de l'honneur féminin, établît celle spirituelle distinction: a L'honneur d'une lille est à elle, elle y regarde à deux fois ; l'honneur d'une femme est à son mari, elle y regarde moins. » 1! faut ajouter aussi à son actif deux vers solitaires :

Le «sur qui n'aima point Tul te premier alliée I...

Cet autre, digne du joyeux convive, de l'anciea corn* mensal de Grimod de la Reynièrc :

caquetÉÂ SI! ijigûi-cnl le tnieui.

Une agréable fable, imitée de l'allemand, où un père mourant donne à son flis cadet, garçon d'esprit, une grosse cassette, et comme celui-ci s'étonne, demande iiuel sera le lot de son frère : c Ah I reprend le vieillard, ce n'est pas pour lui i^ue je crains la misère;, il réussira : c'est un sol, »

La couversalion, h Paris, est perfectionnée à un point dont on ne trouve aucun exemple dans le reste du monde,' Chaque Irait ressemble à un coup de rame à k fois légère! profond ; mais il y a une couleur gt-oérale qui fait que. toutes les idées reatrenl dans la malièrt dont il est quealion...

Les prêcheurs de morale, dans les livres et ailleurs, ]

JIRliCIEll. 23a

semblent assez aux marchands de lisane, qui ia vendent bonne, excellcDle, bienfaisante, mais qui en Ixiivcnt fort peu pour leur compte. lU vont au cabai'et pour métamorphoser l'eau de la fontaine.

Je crois que la vraie fidélité est une exacte obsci'vaucc des lois de la raison et de la justice, plutût qu'un servile esclavage.- Que Sully parait fidèle quand il déchire la promesse de mariage qu'avait faite Henri IV!

Aujourd'iiui les besoins de presque tous les États sont au-dessus des moyens d'y subvenir. On a perdu le livre de recette et de dépense. Ce ne sont pas les besoins de l'État qui minent l'État, mais les besoins fanUisliques de ceux qui le gouvernent,

On ignore communément loriginc du mot sans-culolte, le voici. Le poète Gilbert, peut-être le plus excellent versifleatcur depuis Boileau, était très pauvre; il avait lanié quelques pliîlosophes dans une de ses salire.s ; un auteur, qui voulait leur faire sa cour pour <!lre de l'Académie, imagina une petite pièce satirique intitulée : le Sans-culoUe ; il y raillait Gilbert, et les riches adoptèrent volontiers celle dénomination contre tous les auteurs qui n'ëlaicnt pSs élégamment vêtus. Lors de la révolution, ils se souvinrent du terme, le ressuscitèrent, et l'empltiyèrent comme un dard invincible contre tous ceux dont les écrits et les discours tendaient à une grande et prompte réforme, ils crurent que c't'luit une e\ccllente plaisanterie, et qu'on en rirait, ainsi que l'on avait t'oit il y a vingt ans ; mais les politiques sont

2i0 LE l'RlSCE DE [.IGNE F.T SKS CoNTEMMIRAINS,

plus ÎQvulaérables que les poêles ; ils prirent de buiioe' ficure le UErc qu'ua leurnvait donné.

(Juand le commerce giné n'a point son étendue, il entre, il sort moins de marcliaiidises; la consommalioD est faible; le gouvernement gagnerait davantage en percevont mnins. Un enfant fait un bouquet de la lleur de l'arbre sana s'embarrasser du Iruit : voilà l'image de la douane...

Un confesseur avait ordonné à son pénitent, pour l'expiation de ses faulfis, de faire un pÈleiinage au Calvaire avec des pois dans ses souliers ; celui-ei trouvant la tâebe trop pénible, et voulant toutefois obéir, les fit cuire au premier bouchon, et continuaoinsison chemin. Ainsi le petit comme le grand sait composer a\cc In loi et sa conscience. Qu. pas fait cuire ses pois?

Une femme il Paris n'a jamais quarante ans ; elle en a toujours trente ou soixante ; et comme personne ne dit le contraire, la femme quadragénaire n'existe pas.

Les prosateurs sont nos vrais poâtes; qu'ils osent et la langue prendra des accents tout nouveaux. ■. ,

Le journaliste qui veut louu' ne connaît que l'emphase. Un acteur vient à mourir, le ridicule écrivain s'avance dana. le Mercure de France et dit : » Ce n'est qu'un individu qui manque, et c'est une nation entière â consoler. » Qm regrclte-t-il? Un prince bienfaisant, un législateur, un héroa protecteur de la pati'ie, un naturaliste de premier ordre? Non, il s'agit de Le Kain ou de Tolma...

MËiicii;ji. 2il

Un genliitiorame des élaU du Daupliiné disait, pour sou-

teoir la primalie de sa noblesse ; « Songez à tout le sang que la noblesse a versé dans les batailles ! b Un homme du tiers état lui répondit : a El le sang du peuple versé en même temps, étail-ce de l'eau? n — Un de nos seigneurs recevait un jour ses fermiers qui lui apportaient de l'argent, et, pour se donner un air de popularité, il les fit mettre d sa table, A la fin du repas, voulant régaler ses convives, il dit à son maître d'hùtcl ; > Servez-leur du tiers état, » C'était de l'eau-de-vie qu'il appelait ainsi : " Vous avez bien raison, répondit un des paysans, car c'est la liqueur qui a le plus de force et d'esprit. »

Une vieille comtesse disait, en parlant à un cercle de la noblesse : « Voua méritez bien, messieurs, tout ce qui vous arrive. J'ai prédit que la noblesse était perdue, quand J'ai vu que vous abandonniez des femmes comme nous, pour courliser des TtUes du tiers état. » La même observait : « J'ai bien vu dans l'histoire qu'on a quelquefois Oté la couronne à un roi; mais voilà la première fois qu'on parâle le diadème sur sa tète c«mme on fait en France... »

A Tivoli, un muscadin se plaignait qu'il n'y eiU personne. Tu es fou, interrompit sou camarade. J'ai compté plus de huit cents jolies femmes. — Ah I c'est que je n'ai pas renintré celle que je cherche, n

Un malade parisien avait été d'abord confess*; par un prêtre constitutionnel, il en avait rei;u ce qu'alors on appelait le viatique. Ses parents s'eniparenl.de sa conscience et lui persuadent que cette communion ne valait rien! Le

malade re<^it le sacrement d'ua pri?Lre réfraclaiic, et cliL ea expirant : ■ J'aurais bien du malheur s'il n'y avait aucune

ù ces deux communions qui nu fût bonne, o

Vers 1783, ou représentait nue mauvaise Irasédie de La Harpe, intitulée Jeanne de Naples, dans larjuelle se trou- Taient ces deux vers remarquables :

Quand un tnatlre aui sujets prescrit des attentats, On présente la tËte et l'on n'obfil pas.

:i Comme Lai'ivc a massacré ces deux ix^uux vers I » narguait un marquis en pirouettant dans un salon doré ; il faut dire :

Quiind un roi des sujets prusuril les attentats, On lui coape la lèle et l'on o'en parle psa.

Un jour Lactîpède vit dans un journal son nom eu tête d'un article iiilitulé : Liste des scélérats qui votent contre k peuple, et le journaliste était un homme ([ui venait souvent dîner chez lui : il y vint après la liste comme auparavant : ('ous m'avez traité bien durement, lui dit avec douceur son h6te. — Et comment cela, monsieur ? — Vous m'avez appelé scélérat. — Oh I ce n'est rien: scélérat est seulement un terme pour dire qu'on ne pense pas comme nous. »

SIercier a beaucoup étudié le Parisien; il ne l'ainii? guère et le traite avec amertume ; « Perturbateur par mutinerie, rebelle en paroles, se cacliaol dans sa

EBtlER.

boutique ou dans son élude au moindre coup i tambour, il cherche une servitude dont il n'a point le , nom. Il s'allendrissait sur un roi marmot, et il rejette r la conslitulion républicaine parcequ'il n'est pas né pour j !a concevoir... » Ailleurs il l'accuse de n'avoir jamais 1 lu riiisloire, de se croire un élrc privilégié, et il livre J h la moquerie sa déraison qui accuse toute la nature, tous les hommes, tous les événements des maux politiques dont sa ville est le théâtre. Il définit l'aris : un diainanl enlo:iré de furaier. n Paris a fait la Révolu- J lion et l'a gâtée... d'ailleurs, dans les révolutions, oH ] apprend à connaître les hommes en sis mois, mieux J qu'on ne ferait en vingt ans dans le cours ordinaire i des choses. » Je doute, car les révolutions fournissent, J l'occasion de montrer les qualités sublimes on les vices 1 féroces, non les aptitudes moyennes qui composent le i fond de la vie courante. Et puis ne font-elles pas sortir I les caractères de leur orbite, en les entraînant dans.,' un cercle de fatalité irrésistible, en laissant à la plupart y des hommi;s la plus faible partie de leur hbre arbitre ?

Mercier rappelle encore qu'en i~f<i), on se mil à , dépouiltcp l'histoire ancienne et moderne, et tout ce^ qui pouvait se rapporter lux événemenis fut interprété comme prophétie. Tous les livres qui portaient ' pour litre : héwtution, furent achetés, enlevés ; des éditions qui pourrissaient dans les mai^asins de librairie virt'nt le jour, et l'on n'entendait plus que des

r24i LE PBINCE DK tIGSK BT SE* COSTEMPOH AlS a . I

qui demandaient \ tous les bouquinistes : t Doooei- I moi rirstoire d'une rûvotution '. » 1

l.ors de la disgrâce de Turbot, l'attitude des courtisans parut si indécente à l'ambassadeur de Napics qu'il ne put s' empêcher de dire k son voisin : € Il ine semble voir un grand seigneur quirenvoie son intendant honnête homme et ses insolents valets qui viennent s'en réjouir en présence de leur maître, parce que cet homme les tenait en bride, s

Nous autres (écrivains, nous voulions délibérer par tëlc, mais il vint des gens qui dirent : Vouki-vous délibérer par

On eut dit que cette révolution était l'ouvrage de quelque homme d'un génie extraordinaire... point du tout. !Vous avoua été lous ce que M***, qui en était, appelait » des grands médiocres », et voilà pourquoi peut-être la chose a mieux été. Il n'y a pas d'erreur plus dangereuse que celle d'un homme de génie.

Plusieurs communautés de moines s'étaient rendues au travail du Champ de Mars. Un jeune ecclésiastique, bien

■ Il avait écril rontre la reliure, Ironvail incommodes les livres reliés, el lorsqu'il en acbelait, il fiiisait dei broetiures en les dépouillant de leurs tarions : il appelait cela leur casser Ce dM On Gl contre lui celte épigranime :

Hercier en déclamant contre lu relinte

Pour sa peau cralnt-il ud Jour î

Que le tionhomine se rassure,

mie n'est piopre qu'au tamboar.

UERCIEIl. 243

frise, bien ambré, bien lustré, semblait prendre cette scène en pilié. « A la brouelle ! A la brouette I » cria-t-on autour de fui ; il en prend une nonchalamment. Un vigoureux patriote qui, pour faire plus d'ouvrage, avait sur le dos une hotte remplie de terre et roulait une brouette, passe près de lui et dit : u Laissez, laissez Ift cet instrument que vous profanez." il quille sa brouette, s'empare de celle de M. l'abbé, va vider la terre hors du Champ de Mars pour qu'elle ne le souille pas, revient, reprend son fardeau cl continue son ouvrage. Une chose vraiment remarquable dans cette foule immense de gens inconnus les uns aux autres, c'est l'extrême conûance qui régnait parmi eux : UQ jeune homme arrive, ôte son habit, jolie dessus ses deux montres, prend une pioche et va travailler au loin ; on lui crie: a Et vos deux montres? — On ne se défie point de ses frères, s répondit-il en s'iSloignaiit, et le déptit fut religieusement respecté. — On remarqua encore un honnête citoyen, suivi d'une brouette cbarçée d'un tonneau de vin ; il tenait des verres et offrait à boire gratuitement aux travailleurs : i. Mes frères, disait-il, ne buvez point si vous n'avez pas soif, pour ne point épuiser sitôt le tonneau.» Et en ell'et, on ne voyait se présenter à celle buvette que des hommes épuisés de fatigue; le roi vint jouir de ce spectacle nouveau ; soudain, la pelle et la pioche su l'épaule, les citoyens lui formèrent une garde d'honneur,

Au palais du roi nègre Macoco, on tue journellement deux cents hommes, mais c'est pour la bouche du souverain; chez nous, peuple policé, on les tuait pour une opinion. L'archev&jue était torotrà du haut de sa cathédrale, le no-

2i6 LE rniNTE he ligne et ses cuntbjii-oraixs. ble du haut <lo Ëoa d<injoii, le roi du haut de soq tr6ne, l'académicien de son fauteuil,..

Lors du pi-ocès de Louis XVI, Lcgeodre s'avisa de diro : • Voiln bien des formules, des lenteurs; qu'on le mette i mort, (ju'on le coupe en quolre-vingt-lroia morceaux, et qu'on l'envoie oinsi aux quiitre-vingt-lrois déiiartcmrnts. ■ Il crut avoir touché is sublime de l'cloqucnce nionlagnanle, et Tut accueilli par un grand éclat de rire. J'i^lais à côté de lui loi-squ'il [jroidra ces paroles, et je me disais: • Elles lout faire horreur, l't l'on atlribuera à tous les mcmhres de la ConvenLion la bêtise d'un seul homme auquel on ne peut fei'raer lu bouche. Par quelle fatalité me trouvtf-je assis à côté d'un Legendm et d'un Laurent Lecointre ? parlent de liberté et ne savent pas lire ! <•

On attribua le changement de d'Espréménil à un bon mot de madame de Polignac qui, dans un diner de parade, avilit dit qu'on mil les sceaux devant lui. Elle parlait des seaux à rafraîchir, et l'on débita qu'il avait cru voir dans ce calembour le présage de sa nominaliou au ministère de Injustice.

Dans une assembléi' primaire, on faisait l'appel nominal. Le président appelait chaque membre un peu riche a. monsieur », et les autres par leur nom tout court. Jl appela ainsi sans respect un jeune vigneron : o Je vous y attendais, s'cxtiama celui-ci ; pourquoi distinguez-vous les citoyens ?.. . Avez- vous oublié la politesse nouvelle de l'égalité? Souvenez-vous que chacun de nous est monsieur, ou que personne ne l'est. »

MERciEn. 217

M. Duhameau, mai'chaud de Paria, se trouvant à Itomc, et voulant continuer sa route vers Naples, se rendit cliez notre ambassadeur pour avoir un passepurl. L'ambassadeur lui demanda s'il avait vu la révollo de Paris. « Quelle révolte? interrogea celui-ci, — Mais la révolte de Paris, celle de juillet? — Je ne vous entends pas. » Le secrétaire d'ambassade prit alora la parole : « Monseigneur vous demande si vous avez vu la Hévolution . — Ahl oui, j'ai vu la Révolution fran(;ai3e. — Et quelle différence, monsieur, reprit l'ambassadeur, faites-vous donc entre révolte et révolution ? — La voi-"i ; des esclaves se révoltent contre leur maître ; un peuple libre qui reprend ses droits fait une révolution. Vous vojez bien que je ne peux pas vous entendre. »

C q lé se d Sénat français sa-

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son confrère en aristocratie , une dame impatientée de tout ce brouhaha, s'écria ; " Messieurs, on veut vous raser ; mais ai vous remuez tant, vous vous ferez couper. »

rOn B lancé cette épigramme contre les députés d'un dé~ tement où les mulets abondent :

Quand Foucaud, Chabron, RochebruDc, Sont une foi! à la tribune,

DE lh;ne lt ses contemporains.

Itien ne peut les en rappeler.

En vain la sonnelle les presse ; Le irio s'obsline à bouyler.

Ces messieurs-là sont d'une espèce Que la sannetie fait aller.

Quelques personnes étaient ou feignaient d'être embarrassées (en 1789), pour savoir combien font six et six. Elics s'adressèrent à un disputé du cât<! gauche, il répondit; a Six et si\ font douze, — Qui n'entend qu'un parti n'enlind lien SLCrioun penseur, écoulons un député du côlé droit » La question est proposée à cet honorable membre qui aprts avoir mOrement réHédii, rcpoml : « Six et s font qualoizc o Nouvel embarras. On consulte un membre. lu milieu de l'assemblée, o Combien, demande-t-il, voua a t on dit a gauche?— Douze. — El combien à droite? — Quitorze — En ce cas, si-t et six font treize, vous voyez que je suis impartial. »

On vit alors une gravure qu'on a distinguée dans la foule de celles qui tapissaient les murs ; elle représentait la boutique d un perruquier oft se trouvaient plusieurs personnes de dilleientes conditions; on lisait au bas : " Je rase le clergé, je peigne la noblesse, j'accommode le tiers état, n

I n n-dcvanl seigneur disait à un de ses ci-devant vassaux : ■ Allons, mon pauvre MatUurin, nous sommes égaux, nous pouvons manger à la raOmeécuelJe. — Ah! monsieur, fit le paysan, nous ne fumerons pas à la même pipe. »

Le 2S février 1791 (style esclave), aux Tuileries, le colonel de *** fut bourré par un garde national, autrefois son

MKRDiEEl, 249

valet de chambre : i Pourquoi donner des coups à monsieur? lui demanda son capitaine. — Dunner! répondit le soldat, je ne donne pas, je ne fais que reodre. a Un autre de ces messieurs, qui avait été mené rudement dans la même journée, se trouvant quelques jours après à l'Opéra, quelques-uns de SCS amis lui firent leur compliment de condoléance : Il Mordieu I s'écria-t-il, les coups de pied que j'ai reçus dans ie... ne me sortiront jamais de la tête, et la gards nationale ne mourra jamais que de ma main,.. i>

lorsque Robespierre fut conduit au supplice, le peuple fil arrêter la charrette devant la maison o(i il logeait, et un groupe de femmes dansa, aux baltements de main de la multitude. Une d'elles saisit ce moment pour l'apostropher du geste et de la voix, en lui criant : « Ton supplice m'enivre de joie ; descends aux enfers avec ics malédictions de toutes les épouses, de toutes les mires do famille I o

Il ne reste rien du gouvernement que la Révolution a diUruit, mais le char de la Itévolution n'a fait tant de maux que parce qu'on s'est précipité au-devant des coursiers et jusque sous les roues. En rétrogradant, il a été encore plus terrible qu'en avançant. Tel un cocher qui avait passé sur la jambe d'un malheureux, lorsqu'on lui criait de tous côtés : arrête, arrête! recula et repassa sur son corps.

On avait volé d une femme une cuiller d'argent. Concentrée dans le chagrin de cette perte, elle disait naïvement, en parlant de la Convention nationale : • Mais que font ces députés? Voyez s'ils me feront rendre ma cuiller d

230 LE rlll^(.E ue ligne et ses contemi'ora Eoupe! I Co.obicn d'aulres, sans employer la Irancliise 1 stupide de ce langage, ne sont pourtant occupés qn'à se ] faire reodre leur ciii'ter à soupe, en font le piiint central de toutes leurs îilétj, de toutes leurs réllexioiis, ■ leurs discours!...

Parmi les plus amusants épisodes de la vie de Mercier, signalons sa visit(> au due de Rovigo, chargé de' le réprimander pour ses coups de langue contre l'empire et l'empereur '. n Ahl vous voilà, fait Savary, de son ton lo plus rogue — Sébastien Mercier ; le premier livrier de France. — El grand causeur aussi ! vous dites de belles chusea, monsieur! » Et, lui montrant un rapport circonstancié : « Eh bien, qu'en ditesvous? — Que vous êtes parfaitement instruit; on ne vous vole pas votre argent. — Vous vous donnez bien d'autres libertés à l'égard de l'empereur. — Oh! seulement comme confrère de l'Institut; entre académiciens, on se passe l'ôpigramme. — Est-ce pour alta-' quer l'académicien que vous apjiclez Sa Majesté Impériale VHomme-Sabtr^ — Ou vous a trompé ; j'a

1. Mémoires de Fleunj. — On n racontfi que Mercier aTi secrêlaire fort ori^jinal, qui lui buvait son vin et imitait si à s'y méprendre, et que, nommé lui-mémo à la Convention, crùlaire prenait plaisir à se signaler par dc^ interruplions saugM i nues que le rédacteur du Moniteur, Irompé par l'aceent, altri" buaU à l'auteur du Tahkau de Parii. — " Avez-voua fait ud traif^ avec la victoire? demandait Mercier à Basire, — Non, répliqiitr talui-ci, mais noua avoa^ fait un pacte avec la mori! «

MERCIER, iSl

noram6 Sa Majesté Impériali; Sabre ùrganisê; c'est bien différent! — Monsieur, monsieur I vous cassez les vitres! s'écrie le duc de Rovigo furieux, — Monsieur! monsieur! répond Mercier en se levant et preniint le diapason donné, pourquoi diantre avoz-vousdes vitres? — ... Je vous ferai f... à Bicélre!... — Mercier ^ Bicâlre!... Vous? Apprenez que je porte un nom européen, et qu'on no m'escamote pas incognito, A Bicû- Ire!... Je vous en délie! » Il s'éloigne jusqu'à la porte, place fièrement et un peu sur l'oreille gauche son superbe chapeau i trois cornes, revient avec dîgnitO, mesure héroïquement ses pas, et, cambrant sa taille: a Je vous en délie!!! » Le minisire resta pétrilié, laissa sortir l'audacieux auteur, et il n'en fut que cela.

L'orgueil a fait quelquefois le personnage de l'habileté et le premier /tt>rie;' lic France se lirait à bon marché d'un mauvais pas. Aussi bien avait-il dans sa vanité même une pointe de ridicule qui empêcha sans doute qu'on le prît trop au sérieux. N'était-il pas plaisant de l'entendre se payer d'avance on éloges de ses propres mains, o afin de n'avoir pas ensuite à crier il l'ingratitude de ses contemporains, » se comparer h. Greuze, sur lequel il croit garder l'avantage, caries n peintres ne font rien sans le soleil, et les écrivains font tout sans le soleil ", et lui. Mercier, avait composé le plus large tableau qui fût dans le monde entier? Hais après tout, celte foi robuste dans son génie, dans le verdict de la poslérité n'a t-elle pas quelque

25i LE PRINCE DE LIGNE ET SES CONTEMPORAINS.

chose de touchant, bien que le génie soit resté en route, bien que la postérité rebelle ne Tait pas adopté et ait manqué au rendez-vous donné par Tinfatigable 1 barbouilleur de papier*? J

1. « La génération actuelle, disait-il, n'est qu'un parterre qui doit se renouveler demain. »

CIlAMFOnT— L'ABBË SIEYES

Un Adonia doublé d'un llepcuk'. — Misaiitliropie amure de Chaai- Torl; sa coUTersalion. — L'art de 'plaire à Versaillo3. — Pfnsèes sur t'amilié. — Sloïcisme. — RépODse à M. de Créqui, — Éloge lie Rœdorer. — DéfipUion du deapotiame. — L'enfeal sourit & ^4a mère sobs Domilien comme sous Titus. — Appûtils et dinera.

— Guerre aux châlennx, paix aui cbaumiûresl — Vous voudriez iiu'an netLojâl les écuries d'Augiaa avec uti plumeau! — Détruire les préjugés pour les prendre. — Fraternité d'ÉléocIe et de Polynice. — Le gratis de la Convention. — Un emi véritable.

— Vousavez cinq doigta, vous aussi, comme moit — Excellent rlistique. — Gcqoi rend le monde désagréable. — Compliment de FoiUenelle à mndame llelvétius. — Prétention à la jalouaie. ~ Quel ri^ne se prépare I — Ke ae brouille pas avec moi qui veut.

— Le pardon des bienfaits. — Minialrea et lourneb roche, — Suicide deCliamfort. — II lïial que le eœur sebriae ou se bronze.

— Maximes diverses sur la polili(|ue, les femmes, l'amour et la luorale. — L'ëdiliee métnpliysiiiuc de la société.

L'iibbé Siejès. — Jugements de madame de Slaél, de Montlosicr, llerirnnd dcMoleville, Salnle-lteiive,ïligncl, Mîcbelet surSieyès...

— Le Neviton de la politique. ~ L'n ^l'aad liai-monisle soi-ialu' Dédain de Sitjéa pour les centraux ilêcoasiu. Son œuvre riiî lationnaire. MuU iléciiiib. — Il me taal une épée. — J'ai vécu, Silence systématique. — 11 est mort! — Un s^Uoi^'ame »iv8i

— Le Chalrai» de la Révoliilîuti. —Pourquoi il fut populaire. - Ambassade do Siejiîa à BKrlin. — Sa coiiBlitulion idéale. — niiers rapports avec Bonaparlo. — Sicyàs sauvi- par Bot

Nicolas Chamfort eut do bonuc heure une fortiiue supérieure à son talent littéraire, sinon à son esprit à peine enlre-l-il dans la vie, les marquises se disputent les bonnes grâces de ce beau jeune homme que la princesse de Craou proclamait uti Adonis et un Hercule; ses /éloges académiques, ses vers si incolores*,

1. Né près de Llermoal [ea Auvergne), en 1741, mort le 13avril nsi. — Chamfori, Pensées, mojimes, anecdolet, précédèei de «on Histoire, par P.-J. Slahl (Collection Heliel). — Sainie-Beuïe, Cauleriet du Lundi, t. IV. —Mémoires de Marmontel, de Morelhl, il» maitame Roland, — Lettre» de Laaraguaa, Paris, 1802. — Arsâne'l Uoussaye, Galerie du xvm' aiéc/e : la Bévolution. — Tissot, Dùy lîûnnaii'e de ta Conversation. — Uc Jouy, Galerie historique det Contemporains. — Mémoire de d'Atlunville, l. l", p. 347. — £0 Décade pliUosaphigue, 1. Vil, p. 537.

2. Voici quelques vers de Chamfori, les seuls qui vaille^ la peine qu'on les cite.

L'bittoire ea a la pieute en [nains, C'est l'exemple qui Fatl les hommes.

Si tJiea renvoyait les Romains pans le pauvre sitele ob nous sommes.

ses comédies plus médiocres encore lui attirent les distiiictîoQs les plus flatteuses : la reine adopte sa tra- Ijédie de Mustapha, les salons répètent ses mots, le roi, les princes lui accordent des pensions; le comte Je Narbonne, le comte de Vaudrenil, lui témoignent l'amitiÊ la plus délicate, ('ependant sa misanthropie amérc n'a jamais pardonné à la société le malheur de sa uaissanoe : lui-môme reconnaît qu'une certaine énergie ardente condamne ceux qui la possèdent au malheur non pas d'être sans morale, mais de se livrer fréquemment à des écarts qui supposeraient i'ahsence de toute morale, et de paraître très odieux. La société fait beaucoup pour lui cl il ti-ouve qu'elle ne fait pas assez; il ne perce pas parce qu'il ne croit pas le monde aussi bête qu'il l'est, mais il garde rancune au inonde, et, lorsqu'il se justifie du reproche de fierté et de dureté de cœur à l'égard des bienfaits, ou a grand'peine à le renvoyer absous, car sans cesse ses maximes, sa vie le montrent érigeant ses fautes en principes, son aigreur en système, mêlant à son ironie un peu de ce( arseniv sucré dont il se plaignait d'avoir été empoisonné, tournant sa verve contre cette Académie qui l'avait quatre fois couronné, admis parmi ses membres, et la frappant d'un coup mortel, enflammé

ir Brutueù la Basiille,

JViivic égalitairc, pai-dminanl tout au peuple et ou liliant qu'un jour il avait lancé ctîtte apostrophe : « L public, combien faut-il di^ sols iKiur faire un public? Avec cela, excellent fils, ami fidèle, capable de sealb meiils généreux et d'abué^alion, tournant fréqtte^ nient le dos k la fortune par excès de dignité (œadC" moiiicllc QutnauU lui donnait le plaisant surnom d» dom Bnisquin l'Atyarade), sceptique dans sa conversation au point que madame Helvétius, après l'avoir entendu, se trouvait attristée pour toute la journée, plein d'illusions dans sa conduite, millionnaire d'idée qu'il répandait sans compter, admiré, aimé do Miratjoau, qui ne pouvait se refuser au plaisir do « frottée la tête la plus électrique qu'il eût jamais connue*, qui lui écrivait : Taàle el vous, et le traitait comme un maître; révolutionnaire Jusqu'au bout, mais môr content des autres révolutionnaires contre lesquels i{' aiguise ses sarcasmes les plus sanglants : car rieuu'^l plus fréquent que la critique du parti auquel on ap-; particnt, celui qu'on connaît le mieux après tout.

i< Ma vie, disail-il tui-mèmo, est un tissu de coû-s Irasles apparents avec mes principes. Je n'aime point les princes, et je suis attaché à un prince; on m* connaît des maximes républicaines, et je vis avec.de; gens de cour; j'aime Ja pauvreté et je n'ai que 46 riches pour amis; je fuis les honneurs (?), et les ho&J neurs sont venus à mol; les lettres sont ma t lation et je ne vois pas de beaux esprits : j'ai yp]f)s^

Otre de l'Académie et je n'y vms jamais: jo crois qui; les illusions sont le luxe nécessaire du la vie el je vis sans illusions; je crois que les passions sont plus utiles que la raison, et j'ai détruit mes passions... >> Mais n'admirez -vous pas combien ces hommes de la fin du xviii" siècle ressemblent peu à eux-m5mes, combien, à l'approche du cyclone de 89, leurs volontés se dispersent, comme des fétus emportés par la tempête, combien leurs fîmes chancellent et manquent de cet équilibre qui fait la beauté, l'unité du caractère?

J'ai résumé ailleurs^ deux conversations de Chanifort avec Marraontel et Lauraguais: je voudrais mainl«nant noter quelques traits qui adoucissent une physionomie si âpre au premier aspect.

Après la représentation de Mustapha, la reine le (il appeler dans sa loge, et lui apprit que le roi lui accordait une pension de douze cents iivn's sur les " Menus u, — « Racootez-uous donc, interrogeait un courtisan, toutes les choses Flatteuses que le roi et la reine vous ont dites. — Je ne saurais, répondit l'auteur, ni les oublier, ni les répéter, a Diderot va trop loin. lorsque, parlant de sa fatuité, il le compare « k un petit ballon dont une piqûre d'épingle fait sortir un vent violent o. Chamfort regardait le mariage et la royauté comme deux sujets de railleries inépuisables,

I* les nuticee eui' MBi'inoDIel (.'l Laui'SKiiai^ ijanii 'eit I la Hêeoivlion, p. 163 nt 3M, !• MiLion.

238 LE rniNCE ui; [jcne et ses ccintewpohaiss. mais, eu 1178, il tiédie sa tragédie à Marie-Antoineltc, se proclamanl son très fidèle sujet. Un jour que celle-ci lai demanda comment il avait su plaire h tout le monde à Versailles, non à cause de son esprit, mais malgré son esprit: n La raison est toute simple, répondit-il hardiment : à Versailles, je me résigne à apprendre beaucoup de choses que je sais par des gens qui les ignorent. » Avis aux ambitieux de tous les temps I

Il se croyait libéré envers l'amour, lorqu'il s'éprit d'une dame de la cour de la duchesse du Maine, âgée de quarante-huit ans, misanthrope comme lui, presque aussi spirituelle, qui mourut après doux ans de vie commune passée dans la retraite : s un élre dont le pareil n'existe pas dans sa pcrfeclion relative à moi, a disait-il. Car c'est le lot habituel ; on est parfait pour une personne, passable aux yeux d'autres, détestable pour le reslc, « L'amour ne cherche pas les perfections réelles, il n'aime que celles qu'il crée; il ressemble h ces rnis qui ne reconnaissent de grandeurs que celles qu'ils ont faites. » Chamfort fut atteint jusqu'au fond de l'âme : « Les larmes coulent, écrivait-il, et c'est, depuis qu'elle n'est plus, le moment le moins malheureux... C'est une source éternelle de souvenirs tendres et douloureux. Ce n'est qu'après six mois que ce qu'ils ont d'aimable a pris le dessus stir ce qu'ils ont d'amer et de pénible. Il n'y a pas deux mois que mon âme est parvenue k

se soulever un ptiu et h soulever mon cœur. » Après ces éclaira de BensibiiitÉ, on comprL'nd mieux ces mots qu'il répétait souvent : « Tout homme qui, à quarante ans, n'est pas misanthrope, n'a jamais aimé let hommes... J'ai t)u Tacite dans la lélp et du Tibulle dans le cœur. ■'

Malgré son humeur omhrageusc, io comte de Vaudreuil avait su lui faire accepter un logement dans son hôtel et le lui rendre aimable : mais Chamforl n'abdique rien de son indépendance, il s'en montre 1res jaloux, au contraire, et ne perd pas une occasion de l'affirmer. Ayant entendu dire que le comte d'Artois aurait demandé à un notable : « Est-ce que vous voulez nous enroturer î o il écrit à Vaudreuil qu'il a nié le mot et ajoute la réponse qu'il fallait faire : Non, monseigneur, mais je veux anoblir les français en leur donnant une patrie. On ne peut anobhr les Bourbons, mais on peut encore les illustrer en leur donnant pour sujets des citoyens, et c'est ce qui leur a toujours manqué. » En même temps, il jouissait avec délices de cette amitié et c'est à elle sans douta qu'il songeait dans ces pensées : o L'amilié extrême et délicate est souvent blessée du repli d'une rose... Dana certaines amitiés passionnées, on a le bonheur des passions et l'aveu de la raison par-dessus le marché... Une àme liére et honnête, qui a connu les passions fortes, les fuit, les craint, dédaigne les galanteries, comme l'Ame qui a senti l'amitié dédaigne

Mo LE PRi^CF, PB Lll.iVK Kl SES tUMEMl'ORAlNS.

les liaisons communes et les pclits intérêts. » On sait qu'il rangea.it ses amis en lioi^ classes : « Mes amis (jui m'aiment, mes amis qui ne se soucient pas du tout de moi, et mes amis qui me détestent, a Si je voulais lui clieiclier une mauvaise' querelle, je demanderais pourquoi il n'a pas iiJDUlê : mes amis f/w j'aime.

}/i lendemain du jour où la Constituante supprima les pensions, Chamfort et Ita-dei-er vont voir à la campagne les Mannonti^l qu'ils trouvent gémissant et s'apitoyaiit sur le sort réservé ii lem's enfants. Chairifort qui perdait lui-même sa fortune, par ce décret, (^n prend un sur ses genoux ; •> .Mon petit ami, lu vaudras mieux que nous ; quelque jour, tu pleureras en apprenant que ton pC-i-e eut la Taiblesse de pleurer sur loi dans l'idée que tu serais moius riche que lui, o 11 imprimait sans cesse, mais c'était dans l'esprit de ses amis ', montrait peu d'aniliilioii personnelle et voulait

i. I 11 n'a i-ien laissé U'ùi^iii ; imijs il n'aura rien dii qui i» soit un jour. On le citera longlciujiS| ciii rOpélcra dans plus d bon liire des paroles ilc lui, qui suiit l'abrégé ou le gorinc d boa livre... Ne craignons pns de k dire, on n'estime pa;S i) sa lenr le service qu'une phrase énergique peut rendre hiu ] grands ÏDlérâts. 11 est des vêjiu^ iui|ioj'l3ii[es qui ne scr>eii rien, parée qu'elles son) nnjëcs rlHns de volumineux écrits ou rantes el confuses diiiis reiiliMideineiit; etiei sont comioe un lui précieux en dissolution... Pour les rendre utiles, ilfautquo l'aiii les mcUe en lingtils, les alline, les essaie et leur imprime, snm balancier, îles caraclères auxquels tous les jeux puissent le»- ici'i

i-.iFAMruiiï. 2fil

qu'un lioniiûte homme eût l'cstiuio [mblique sans y avoir pensé, et, pour ainsi dire, iiial^rù lui. Cependant il allaclia beaucoup d'imporlaiiciî iiu nom, puisqu'il prit celui de Chaml'ort, en y ajoutant la particule, et comme le marquis do Crôqui observait qu'un liommi' d'esprit était devenu l'égal du tout le monde. « Vous en parlez bien à voire aise, monsieur le marquis, repartit Cliauirort, mais suppose/, qu'au lieu de vous appeler M. de Créqui, vous vous appeliez M. Criquet; entrez daus un salon, et vous verrez si l'elTet sera le même. »

Ou serait lenlé d'admirer sa Ibree d'iSnie, son renoncement, si l'orgueil, l'onvie n'apparaissaient derrière, avec leur pied fourchu, si les abus n'avaient trouvé en lui un homme qui eu profitait, s'il ne livrait son secret daus des phrases comme celle-ci ; f Mépriser l'argent, c'est détrôner un roi ; il y a du ragoût... J'ai vu peu de fierU's dont j'aie été content. Ce que je con-

nailre. II en ei\ île mËuie île [a pcn-iOe. Il faul, pour colrer daiiF lu circulation, qu'elle passe soiia le balaiiolcr de riiomme éloi|ueDt. qu'elle y soil marquée d'une emprtFule fmppaDlc pour tous les jeuT el garanlie île bon aloi. Cliamforl n'a ce^ de frapper ce genre do moiiouie, cl il a frappé de lii nuninaîe d'or : il ne la diatribuail pa» lui-même au publie, mai; sus amis ^ chargeaient valonticrs de ce soin ; el certes, il est rc»li: plus de choses de lui, qui n'a rien Écrit, que de tant d'érrila publiés depuis cinq ans et chargés de tant de mois, s (R(Eni;HEn.) ' Ces gens-li, dit Balzac, laellaienl des livres dans un bon mol, Uiiidis qu'aujounrimi, c'esl d peine i\ on trouve un bon mot dans un livre, s

262 LE PtUNCE TIB I-ICNE ET SES COMEMPOIIAISS.

nais de mieux en ce genre, c'est ccl]i> de Salan dans le Paradis pei-du... 11 est ridicule de vieillir en qualité d'acteur dans une troupe où l'on ne peut pas mdme prétendre à la demi-part... Je ne croirai pus !\ la Révolution tant que je verrai ces carrosses et ces cabriolets écraser les passants, s Qu'auraitr-îl fait s'il avait trouvé part entière et même double part dans son berceau ? Mais laissons là les si el les peut-être'... Chamfort s'enfonça éperdument dans la Révolution, et ne s'arrêta point, même après le 10 Août, Dans les clubs, il demande la parole pour dii-e un mot. Un soir il monte à la tribune des Jacobins et prononce ce discours : B Moi tout; le reste rien, voilà le despotisme. Moi, c'est un autre ; un aulre c'est moi ; voilà la démocratie. » On lui crie de continuer, de dire la vérité : « La vérité, c'est qu'il y a en France sept millions d'êtres qui demandent l'aumône, et douze millions hors d'état de la leur faire. La vérité, c'est que Paris est une ville de

1. • Chamfort, écril Cbalcaubriand, élail d'uiii' lâillc au-desaiis de la médiocre, un peu courbé, d'une Gpire p&\e, d'un teinl maladif. Son œil bleu, son vc ni raid et couvert dans le repos, l^agait l'éclair quand il venait à s'animer. Des narines un peu ouvertes donnaient à sa ph^îODOniie l'eipreaaion de la sensibilité et de l'ënei^e. Sa vnii était faible, ses modulations suivaient les mouvements de son âme ; insiâ, dans les derniers temps de mon séjour i Purls, oUe avait pris de l'aspérité, et on y démêlait l'accent agité et impélieus des factions. Je me suis toujours étonné qu'un homme ijoi avait tant de connaissance des hommes, eût pu épouser si cliandement une cause ifuelconquc. >

réles et de plaisirs, oii les quatre ciuquièmo^ des habitants meurent de chagrin sous l'esclavage. Pauvre peuple sacrifié, pourquoi n'as-lu pas la lîerlô de l'éléphant, qui ne se reproduit pas dans la servitude? » — K Le citoyen Ghamfort ne sait pas ce qu'il dit, intei> rompit une femme. Est-ce que l'enfant ne sourit pas à sa mère sous Domitien comme sous Titus ? »

De 1789 à 1794, sa verve sallriquc éclate, illumine el parfois brûle les choses et les hommes. « En France, disait-il, on laisse en repos ceux qui mettent le feu, on persécute ceu.Y qui sonnent te tocsin... La société n'est composée que de deux grandes classes : ceux qui ont plus de dîners que d'appétit, ceux qui ont plus d'appétit que do dîners. «

C'est lui qui donne cotte belle devise à nos soldats entrant en pays étranger : o Guerre aux châteaux, paix aux chaumiÈres! » devise qu'on retourna ensuite au profit de la guerre civile, et h laquelle Borchoux ajou-

ttait ce piquant post-scriptum :

L Allcmla que ilnns cea demièi'ej

k Le pillage sorail sans prix.

C'est lui qui répond, lorsqu'on l'accuse de prêcher le désordre ; « Quand Dieu créa le monde, le mouvement du chaos dut faire trouver le chaos plus désordonné que lorsqu'il reposait dans un désordre paisible, s cl lorsqu'on l'invilail à réformer sans détruire : « Vous

voudriez qu'on nelkiyàL lus iViiiics d'Augias avec un plumeau I »

El tant d'autres maxiujo:-. toutes vibrantes d'ironie acerbe ou de rancune iiiassouvii.' : « La noblesse est un iirterinWiaire entre le roi et le juniple, comme le diîen de chasse entre le chasseur et les lièvres... Il fiaut recommencer la sociélé humaine, comme Bacon disait qu'il faut recommencer l'cnLendemeDl humain.,. Le grand monde est un mauvais lieu que l'on avoue... Ce peuple neuf... n'a 8u orij;aui*er encore que l'iasurrecIJon; c'est peu de cliosc il est vrai, mais cela vaut mieux que rien. » D'ailleurs il a prOvu la Révolution : I' Vous inc paraissez bien apitoyée, écrit-il, sur lo ûiicvs de notre ami feu le despotisme ; vous savez que sa mort m'a très peu surpris. C'est avec bien du plaisir que je i-ecois do votre main mon bievct de propliêt*'... Je voulais, ces derniers jours, aller causer avec vous et récapituler les trente ans que nous venons de vivre en trots semaines. «

Mais, s'il agit avec ses passions, il juge avec sa raison ; aux députes, il reproclie de n'avoir détruit les préjugés que pour les prendi'c, comme les gens qui n'abattent un édifice que pour s'approprier les décom- hres; h l'Assemblée nationale de 89, d'avoir douné au peuple français une constitution plus forte que lui, de ne pas avoir procédé comme ces médecins habiles qui, traitant un malade épuisé, font passer les restaurants à l'aide des stomachiques. Il finit par s'apercevoir

aussi qu'on gouverna les honimos avec la tùU?, qu'on ne joue pas aux échecs avec un bon cœur, que le i'ran(;ais respeclc rautoiili't et ni6prisc la loi. « Prenons garde à nous, sÉcriait-il douloureusement, nous ne sonnines que des Français et nous voulons iHre des Romains. Le caractère frani^ais est composé dos qualités du singe et du chien couchant. Drôlo et gambabant comme le singe, il est mall'aisant comme lui ; caressant et léchant son uiailre qui le frappe et l'enchaine, comme le chien couchant, il bondit de joie

f quand on le délie pour aller h la chasse, a Il dit de Bar6re : « C'est un brave homme que ce Banale ; il vient toujours au secours du plus fort ; n de Pacbc : i C'est un ange que votive Pache ; mais, à sa place, je rendrais mes comptes, u Et comme, pour célébrer l'anniversaire du 2i janvier, la Convention se rendit solennellement à la place de la Itèvolulion, où l'onclionnait la guillotine, c'est remarquait-il * le gratis de la Convention... La fraternité de ces gens-là est celle d'Étéocle et de Polynice. >i

Comme Rivarol, comme beaucoup d'hommes célèbres par leur esprit, Chamfoi'l préparait, ciselait et recueillait ces mots qui constituent son véritable, son seul litre au souvenir de la postérité, et qu'on a publiés seulement après sa mort. Slahl-Hetzel aHîrme qu'il s'est perdu de lui plus de choses qu'il n'en est venu jusqu'à nous. £n tout cas, il prenait soin non seulement de lui-même, niais de.s autres, i:ar on a

ZW> LE rniNCE DE LIGNE ET 5F.S CONTEMPORAINS.

retrouvé dans ses papiers beaucoup d'anecdotes qui ne laissent pas di; projeter une vive lueur sur les caractères et la convers.ition dans la seconde partie da xvni* siècle. Je vais eu rapporter quelques-unes,

M. de La Ptipeliiiière se déchuiissait un soir devant ses cumplaisauls et se chauiïail les pieds : un petit chien les lui lëciiait. Pendant ce temps-lè, la société [wirlait d'amitié, d'amis, « Un ami. dit la Popclinière monlrenl son chien, le Toilà! D

Une femme jinrlait emphatiquement de sa vertu, et ne voulait plus, disait-elle, entendre parler d'amour. Un homme d'esprit dit U-dcssus: «A (juoi bon cette forfanterie? Ne peut-on pas trouvci' un amant sans dire tout cela ? n

a Les athées sont meilleui'e compagnie pour moi, disait M. D***, que ccuv qui croient en Dieu — A la vue d'un athée, toutes les demi-preuves de l'existence de Dieu me viennent à l'esprit ; et, à la vue d'un croyant, toutes les demi-preuves contre son existence se présentent â moi en foule. »

M. de L*** avouait d son ami, M. de B***, homme très respectable, les bruits et les faux jugements qui couraient sur son compte. Celui-ci répondit froidement: i C'est bien & une bêle et à un coquin comme le public â juger un caractère de ma trempe ! «

M. de Malesherbes disait d M. de Maurepas qu'il &IIait engager le roi d aller voir la Bastille : <r Gardez-vous-oi

bien, répondit Maurepas, il ne voudrait plus y faire mettre personne. » Un homme très pauvre, qui avait fait un livre contre le gouvernement, disait : « Morbleu I la Bastille n'arrive point; et voilà qu'il faut tout à l'heure payer mon terme. »

Aprèa le crime et le mal fait i dessein, il faut mettre les mauvais cfTets des bonnes intentions, les bonnes actions nuisibles à la société, comme le bien fait au:ï méchants, les sottises de la bonhomie, les abus de la philosophie appliquée mal il propos, lo maladresse en 3ei*vant ses amis, les Fausses applications des maximes utiles ou hoQoC'lcs.,,

C'est un fait avéré (?) que Madame, fille du roi, jouant avec une de ses bonnes regarda à sa main, et après avoir compté ses doigts : a Comment ! dit l'cnfaDt avec surprise, vous avez cinq doigts vous aussi, comme moi ? n Et elle recompta pour s'en assurer.

« Aujourd'hui, 13 mars 1782, j'ai fait, disait M. D'^**, une iKinne œuvre d'une eapÈce assez rare : j'ai consolé un homme honnête, plein de vertus, riche de cent mille livres de rente, d'un trës grand nom, de beaucoup d'esprit, d'uae très bonne santé, etc., et mol, je suis pauvre, obscur et ^, malade, D

P Je demandais à M. R***, homme plein d'esprit et de ta lents, pourquoi il no s'était nuUement montré dans la Révolutioo de 1789, il me répondit : o C'est que, depuis (rente ans, j'ai trouvé les hommes si méchants en particulier et

S68 LE IMIINCE DE LlUNEl ET Si:S CONTEUPOB.VINS.

pria un à un, que je n'ai osé espérer rien de bon d'eux en public et piis collective me ut. ><

Va jeuoe bomiiie avait offensé le coraplaisaot d'un ministre. Un ami, Lémoin de celte scène, lui dit. apris le départ de l'offensiî : » Apprenez qu'il vaudrait mieux avoir oflengé le ministi'e même que l'homme qui le sert dans ga garde-robe. «

M. de Lassuy, homme trùs doux, mBis qui avait une grande conuaissance de la société, disait qu'il faudrait avaler un crupaud Lous les matins, pour ne plus rien trouver de dégoûtant le lïste de la journée, quand on devait la posser dans le monde.

Un poète consullail C*** sur un distique : ( EKcelknt. répondit-il, sauf les longueurs. >>

Le comte de"** et le marquis de-'-"" nie demandant quelle différence je faisais entre eux en fait do principes, je répondis : u ÎJi difl'éreoco qu'il y a entre vous est que l'un lécherait l'écumoirc et l'autre l'avalei-ait. »

M. de Castr'ies, dans le temps de la querelle de Diderot et de Bousseau, dit avec imiMtlience A M. de R***: a Cela est incroyable; on ne |)arle que de ces gens-ld, gens sans état, qui n'ont point de maison, logés dans un grenier ; on ne s'accoutume point à cela, s

M'^"^, connu par son usage du monde, me disait que co qui l'avait le plus formé, c'était d'avoli' su coucher, dans

l'occasioD, avec des femiuci; de quarante ans et ûcoutei- des vieillards de quatre-viogU.

Ce qui rend le monde désagréable, me disait M. de L***, ce sont les Mpons et puis les honuélGs gens ; de sorte que, pour que tout fCit passable, il faudrait anéantir les uns et corriger les autres, détruire l'enfer et recomposer le paradis.

H. de Fonlenelle, flgc de quatre-vingt-dix-sept ans, venant de dire è. madame Ilelvétius, jeune, belle et nouvelletiteut maiiée, mille choses aimables et galantes, passa devant elle pour se mettre à table, ne l'ayant pas aperçue : " Voyez, lui dit-elle, le cas que je dois faii'e de vos galanteries ; vous passez devant moi sans me regarder. — Madamt-, dit le vieillord, si je voua eusse regardée, je n'aurais pas

Le clievalier de Nurbonne, accosté jiar un importun dont la fumiiiarité lui déplaisait, et qui lui dit en l'abordant : <• Bonjour, moo ami! comment te portes-lu? » répondit: Bonjour, mon ami! comment t'appelles-tu ? »

H''-:-* me disait : o J'ai vu des femmes de tous les pays ; l'Italienne ne croit être aimée de son amant que quand il est capable de commettre un crime pour elle, l'Anglaise une folie et la Française une suttiss. »

H. de''** s'étont apen.'u que M. liarUie éloit jaloux de sa femme, lui dil : n Vous, jaloux! mais savez vous bien que c'est une prétention? C'est bien de l'honneur que vous vous faites. Je m'explique. N'est pas cocu qui veut :

270 LK l'RTNHR IIE I.IIIM! F.T SES CONTKMrOll A !N5 .

savei-vous que pour l'ûlre, il fout savoir tenir une maison, Atre poli, sociable, honnête? Commencez par acquérir loiiles ces qualiti's, et puis les lionmHes gens verront ce qu'ils auront i Faire pour vous. Tel que vous (^tes, qui [Miurrait vous l'aire cocu? Une csptcel Quand il sera temps «le vous effi-ayer, je vous en ferai mon compliment, d

Le comte de Mirabeau, In'':; laid de figure, mais plein do^prit, ayant <'-té mis en cause pour un prétendu rapt de séduction, fut lui-mi'nie son avocat. « Messieurs, dit-il, je suis accusé de séduction : pour toute défense, je demande que mon portrait soit mis au grerii.'... ■

J.e roi, quelque temps api-î^s la iiiorl de Louis XV, fil terminer avant le temps ordinaire un concert qui leonuyait, et dit ; a Voilà assez de musique. » Les concertants le surent et l'un d'eu\ dit à l'antre : ■ Mon ami, quel ri-'gQe se prépare '. "

Un courtisan disait : " Hv se brouille |as avec moi qui veut! "

Je pressais M. de l.^''^- d'oublier les toits de M. de B**" qui l'avait au li'e foi s obligé; il me répondit : o Dieu a recommandé le pardon des injures ; il n'a point recommandé celui des bienfaits. «

M.Thomas me disait un jour: c Je n'ai pas besoin de mes contemporains, mais j'ai besoin de la postérité. " Il aimait beaucoup la gloire : n Beau résultat de la philosophie, lui dis-je, de pouvoir se pasoer des vivants pour avoir besoin de ceux qui ne sont pas nés I »

L'n homme parlait du respect que mérîLe le public. ° Oui. ' ilil M***, le l'espect qu'il obtient de la prudence. Tout le ' monde méprise les barengèrcs ; cependant qui oserait risquer de les offenser en Iroversant la halle ?

Je causais un jour avec M, de V**", qui parait vivro J sans illusions dans un Age oCi l'on en est encore susce[ilib)e. Je lui témoignais la surprise qu'on avait de son indifférence. Il me répondît gravement ; i On ne peut pas ôtre et avoir- ! été. J'ai été dans mon temps, lout comme un autre, l'amanl \ d'une femme golante, le jouet d'une coquette, le passetemps d'une femme frivole, l'instrument d'une intrigante. 1 Que peut-on être de plus î — L'ami d'une femme sensible, |v- !- Ahl nous voilà dans les romans. «

f M***, Provençal qui a des idées plaisantes, me disait, k propos de rois et m(!me de minislre*!, que la machine étant bien monU'e, le choix des uns et des autres était indifférent: « Ce sont des chiens dans un lournebroche, il suffit qu'ils remuent les pattes pour que tout aille bien. Que le chien i soit beau, qu'il ait de l'intelligence ou du nez, ou rien t tout cela, la broche toiirne, et le souper sera toujours à ^ pru près bon. •

M*** disait i propos de sottises ministérielles : « Sans le ^ gouvernement, on ne rirait plus en France. "

■'A. Je lui ferais du mal volontiers. — B. Mais il ne v en a jamais fait. — A. Il faut bien que quelqu'un ci menée. »

272 i.K rRi.MJK i)F, l.lGs^; et ses coMEai'on*T.\"s.

Le. ministre Roland avait mis k la tCtc de la BibliothiïquG nalioiiale Carra et Chamfoi't ; mais celuÎKri avait IrrîlÈ les Couvenliounels, victimes de ses sarcasmes. Sur a dônoncialion d'un sirbalternc par l'ordre du comité d6 Salut public, il fut conduit aux Madelonucttcs. Le mois qu'il y passa lui parut un siOcle, il jura do ne plus y retomber et Uni parole. On se présente une seconde fois ixiur 1 arrélcr; il entre dans sou cabinet, se tire uu coup de pi:stolet qui lui fracasse le nez et crève uii œil, s'arme d'uo rasoir, essaye do se couper la gorge, se porte plusieurs coups au cœur, s'ouvre les veines, pousse un cri et tombe. On accourt, on pause si;s blessures; lui, d'une voix ferme, dicte aux officiers civils la déclaration suivante: a Moi, Sébastien-Roch-JNicolaa Cliauifort, déclare avoir voulu mourir en homme libre plutôt que d'être reconduit en esclave dans une maison d'arrêt; déclare que si par violence ou s'obstinait à m'y traîner dans l'èlat où je suis, il me resie assez de force pour achèverez que j'ai commencé, a

On ne l'emmena pas on prison, mais on le laissa sous le coup d'un mandat daraeuer, condamné ù payer un écu par jour au gendarme chargé de le garder à vue. « Voilà comme on échappe à ces gens-là, dit-il m un ami. Ils prétendent que je mo suis manqué; mais I "je sens que la balte est restée dans mat*!te; ils n'iront pas l'y chercher... Que voulez-vous? Voilà ce que c'esl que d'être maladroit delà main. Ou ne réussit à rioii, pas mfmcà se tuer... Enfin, je me suis souvenu de

CHAMFOHT. 27i

îénèque, j'ai voulu m'oavrir les veines; mais il était iKcho, lui, il avait tout à souhait, ud bain bien chaud, toutes SCS aises; moi je suis un pauvre diable, je n'ai rien de tout cela. Je me suis fait un mal horrible et me voilà encore; mais j'ai la balle dans la tête, c'est le.

I principal. Un peu plus lût, un peu plus tard, voilîi tout. Ses amis lui reprochant d'avoir voulu mourir: « Di

JjBBoins, l'épliqua-t-il, je ne risquais pas d'être jelé h roirie du Panthéon; a il appelait ainsi celle sépnlti lepuis l'apothéose de Marat .. « Les horreurs que je vi me donnent h tout moment l'idée do recommencer. — H Ah! dit-il à Sicyês en expirant, je m'en vais cnlii de ce monde où il faut que le cœur se brise ou

■bronze. »

P Telle fut cette mort stoïque, païennement belle; Chamfort ne devait pas reculer devant la logique di désespoir; car son ûmc ne respirait point vers le ciel, et son intelligence, si haute qu'ehe fût, n'entrevoyaii* qu'un des côtés du grand drame ofi tous, apôtres e1 convertis, bourreaux et victimes, vainqueurs et vainci accomplissaient une besogne inconnue h eux-mêmes, l.a postérité a retenu son nom comme celui d'un des hommes qui ont manié le trait avec le plus d'originalité : les historiens littéraires le comparent à Rivarol, les uns le proclamant supérieur, les autres inférieur. Il mo semble qu'il a autant d'esprit, plus de nerf, de simplicité classique, de précision dans le mot, moins de coloris, d'ampleur dans le style, d'abondance dans le-

ISS. V

271 J.F l-lll>'CG DE LIGNE ET SES CONTEMPORAINS

iléveloppemenl des idées, de richesse dans t'imaginatiuii, Ilivarol est un écrivain, Ciiamfort n'est qu'un taJent assez stérile et de courle baleine, un de ces moralistes incomplets prenant la partie pour le tout, jugeant le monde d'apri^s le grand monde, et celui-ci d'après une fraction de lui-m(?me, qui ont vu surtout la nature humaine du cûtô odieux ou ridicule et la résument dans une saillie piquante : « L'homme est un sot animal, si j'en juge par raoi-in6me. n 11 disait que s'il allait au paradis il écrirait sur la porte te vers placé par Daute sur la porte de son enler :

LaiciaU ogai speranza, voi ch'inlrnte.

Mais l'humauilé ii'a-l-elie pas cet éternel besoin d'espérer, principe de vie, de force, de grandeur, d'espérer vers le ciel, sur la terre et jusque pai'-delà l'enfer 7

Je voudrais donner le plus possible de parcelles de ce rare esprit, et vais repi-oduire celles de ses pensées qui uie frappent particulièrement.

Il eu est du bonheur comme des montres; les moins compliquées sont celles ijui se dérangent lo moins, — Quand on veut éviter U'élre cliailalan, il faut fuir les tréteaux; car si l'on y monte, on esl bien forcé d'Ctre cliarlatan; sans quoi l'assemblée vous jette des pierres; — L'eulélemeDl représenle le caractère, A peu près comme le tempcrameul i-eprésente l'nmoar... — Il est plus facile de légaliser cerlaines choses que do les légitimer. — Il y a il parier que

toQte idée publique, toulc couvention regue tiat une sottise, lar elle a coQvenu au plus grand nombre. ^ La pauvreté 1 mel le crime au i-abois. — La vie contemplative est s \^ul misérable : il faut agir davantage, penser moins, ctA ne pas se regarder vivre. — Il n'y a pas d'homme qui [ puisse âlre, dlni tout seul, aussi méprisable qu'un corp^: j il n'y a point de corps qui puisse être aussi méprisable qu4 le public. — Dans lea grandes choses, les hommes se mon- : 'l'eut comme îi leur convient de se montrer; dans les pe- ' tiles, ils se montrent comme ils sont. — En France, il n'y J a plus àc public ni de nation, par la raison que In charpie 1 n'est pas dit linge. — La postérité, disait M. de B*''*, n'est | pas autre chose qu'un public qui succède il un autre: vous voyez ce que c'est que le public d'à présent. — Celé- j brilé : l'avantage d'être connu de ceux que vous ne connais- | sez pas. — Les courtisans et ceux qui vivaient des abus... sont sans cesse à dire qu'on pouvait i-éformer sans détruire j comme on a détruit. Ils auraient Lien voulu qu'on nettoyât \ l'étable d'Augias avec un plumeau. — Les grands veulent ' qu'on se dégrade, non pour un bienfait, mais pour une espérance; iiâ prétendent vous acheter, non par un lot, mais par un billet de loterie. — La société n'est pas, comme on le croit d'ordinaire, le développement de la nature, mais bien sa décomposition et sa refonte cntii-To : c'est un second édifice, bâti avec les décombi-ea du premier. — seul homme peut quelquetois avoir raison conlre tous les peuples et tous les siècles. — |[ n'y a d'histoire digue , d'attention que celle des peuples libres : l'hisloire des peuples soumis au despotisme n'est qu'un recueil d'anecdotes. — Les minisires ne sont que des gens d'affaii'es, et

276 LE rniKCE de ligne et ses costemporains

ne sont si importtinU qne parc« que la teiTO du genlîlhomine liïur rauilrc est très considémblc. — C'est un sot, c'est un sctl cVsl bicntût. dit : voilàcomnie vous ^les rxti'émc en tout, A quoi cela se réduit-il 'i' Il pi-end sa place pour sn personne, son importance pour du mérite, et son crédit pour une vertu. Tout le monde n'est-il pas coninie cela? Y a-t-il là dequoi tant crier? La plupart des hommes qui vivent dans le monde, y vivent si étourdiment, pensent si peu, qu'ils ne connaissent pas ce monde qu'ils ont toujours sous les yeux, ails ne le connaissent pas, disiiit plaisamment M. de B*''"!-, parla raison qui faJtque les hannetons ne savent pas l'histoire naturelle, o — Grands cl petits, on a beau faire, il faut toujours se dire comme le fiacre aux courtisanes dans le Moidia de Javelle : a Vous autres et nous autres , nous ne pouvons nous passer les lins des autres.» — Il y a entre la vanité et la gloire, la difl'érencc qu'il y a entre uu fat et un amant. — Pour être un grand homme dans les lellres, ou du moins opérer une l'évolution sensible, il faut, comme dans l'ordi-e politique, trouver tout préparé et naître à propos. — Les femmes ont des fantaisies, des engouements, quelquefois des goûts; elles peuvent même s'élever jusqu'aux passions; ce donl elles sont le moins susceptibles, c'est d'attachement : elles sont faites pour commercer avec nos faiblesses, avec notre folio, mais non avec noire raison. — Il parait qu'il y a dans le cerveau des femmes une case de moins, et dans leur cœur une fibre de plus que chez les hommes. Il Mlait une organisation particulière pour les rendre capables de supporter, soigner, caresser dos enfants. — Les femmes ne donnent û l'amitié que ce qu'elles empruntent & l'amour.

— I.a plupart des amilitis sont tiérisséfs de si et de mais, et aboutissent à de simples liaisons qui subsistent à îom' de, B0U3-en tendus. — Oq fait quelquefois daDS le monde un raisonnement bien élraoge : on dit à un homme, en voulant récuser son témoignage en' faveur d'un autre homme: o C'est votre ami. i> Ehl morbleu I c'est moii. ami, parce que lo bien que j'en dis est vrai, parce qu'il est tel que je le peins. — L'amour plaît plus que ie mariage, par la raison que les romans sont plus amusants que l'histoire, — On marie les femmes avant qu'elles soient rien et qu'elles puissent rien être. Un mari n'est qu'une C3p^ce de manœuvre qui trauisse le corps de sa femme, ébauctie son esprit et dégroviit son ftme — 11 y a telle fille qui trouve d se vendre et ne trou%orail pas à se donner.

— L'amour, tel qu'il existe dans la sociélé, n'est que l'échange de deuxfanlaïaieaet le contact dedeux épidermes. ~ En amour, tout est vrai, tout est faux; et c'est la seule cliDsc sur laquelle on ne puisse pas dire une absurdité.

— Toute femme, en prenant un amant, tient plus de compte de la manière dont les autres femmes voient cet homme ■lue de la manière dont elle le voit elle-même. — On demandait à M*** pourquoi la nature avait rendu l'amour indépendant de la raison. ". C'est, dil-il, parce que la. nalure ne songe qu'au maintien de l'espèce, et, pour la perpétuer, elle n'a que faire de notre sottise... A ne consulter que la raison, quel est l'homme qui voudrait être pÈrc et se préparer tant de soucis pour un long avenir? QueUe femme, pour une épilepsie de quelques minutes, se donnerait une maladie d'une année entière'? La nature, en nous dérobant à notre raison, assure mieux son empire, etvoilà

UE LIGNE ET SEà

tuurquoi elle a mis de niveau sur ce point Zénobie el sa nile de lasse-cour, Marc-Aurèle el son palefrenier. » — L'homme arrive novice ù chaque âge de la vie, — Des qualités Irop supérieures rendent souvent un lioinme nioiii:^ propre à la sodt'lé. On ue va pas au marché avec des lingots; on y va avec de l'argent ou de la petite monnaie, — On l«ul considérer l'édiflcc métaphysique de la société comme un édlQce malériËl qui serait composé de différentes niches ou compartimenta, d'une grandeur plus ou moins considéi-able. l^s places avec leurs prérogatives, leurs droits, etc. . forment ces divers compartiments, ces diEférentes nicltes, Elles sont durables et les hommes passenl. Ceux qui les occupent sont tantôt grands, luDt6t petits, et aucun ou presque aucun n'est Mt pour sa place. Là c'est un géant, courbé ou accroupi dans sa niche ; là c'est un nain sous une arcade; rarement la niche est faite pour la stature. Autour de l'édilice circule une foule d'hommes de dlEfércntea tailles. Ils attendent tous qu'il y ait une niche vide, aOa de s'y placer, quelle qu'elle soit. Chacun fait valoir ses droits, c'est-à-dire sa naissance ou ses protections, pour y être admis. On stfQerait celui qui, pour j être admis, ferait valoir la proportion qui existe enli-e la niche et l'iiomme, entie l'instrument tt l'iHiii...

Prêcher avec ardeur le dogme de l'éigaiité devenu le christianisme politique du monde, prétendre renouveler l'organisme social en faisant table rase du passé et

1. Né â Ft^usen 1748, mon en 1836, — Saiule-Bcuve, Caweriei da lundi, t. V. — Edmond de BeauTerfcer, Étude siir Steyèt, 1851 . — \otice sur la tIb et te travaus: de Sieyèt, écrite par luimême, messidor an 11, — Mignel, Notices historiqi'es, I. I". — Michaud, Biographie universelle, article de CapeCgue. — Des opinions paliliques du citoyen Sieyès, Paris, Goujon, édit,, an Vlll. — Oiscouri du eomle Siméon aux fiinérailtet de Sityès, 1836. — Bonaparte et Sieyès, G. du Fresne de Beaiicoart (extrait de In Beiiue indépendante. — Notice de Forloul. — Œuvres de Sie.vès: E$sai sur les privilèges ; Qu'eit-ce que le Tiers-Étnt ? Moyens tfearécution dont tes représentant! de la France pourront' disposer en *7«9. — Correspondance de Sieyès pendant son ambassade de Berlin, 3 vol. auï arehiveî desallkires étrangères, —Albert Sorel. — Aulard. — Mémoires de Condorcet, l. II. — Thiera, Histoire de la Bévaliition franchise, t. X, — D'une manière générale, Toir pour la biographie des hommes du ivni" siècle et du xtï', ic Catalogue de l'Histoire de France à la Bibliothèque nationale, ruo de Ricticlieu, t. IX, \ et ijupplémenl.

rim

-6ES CONTEMl-ORAENS.

tulacLurer des syslèmos

de

itiraol t*>utdela iai63ti, ■constitutions, chers-d'œuvre d'horlogerie politique, aiix- ■^luels il ne maiiijnait, comme au cheval du paladin légendaire, que 'le pouvoir vivre, miipriser les réalités ■de l'histoire et ailorer les abstraetioiis do la métaphysique, revClir des chlmèi-es d'un style géométrique, «traiter les homme* comme des chiffres, et en même temps, par un singulier mélange des qualités et des défauts les plus opposés, prononcer certains mois dé eisifs, déterminer des actes capitaux, appliquer au gouvernement des assemblées de la Révolution Tbabilelé, ia finesse acrjuises dans le gouvernement des biens du i;lerç;é, se renfermer dans la tour d'ivoire du dédam aussitôt que ses conseils ne sont pas reçus comme des oracles, faire du silence un système et un brevet de longue vie, ménager savamment ses intérêts personnels. leur saciifler ses principes, mais demeurer Gdèlc h sa l>ensée, à son orgueil, mourir à l'âge de quatre-vingt- Jiuit ans, après avoir vu toutes les formes de gouvernement, l'ancienoG royauté, la République, l'empire, la Restauration, la monarchie de Juillet, après avoir traversé tant de vicissitudes, rempli tant de positions, prêtre, publiciste, constituant, conventionnel, régicide, président du directoire, ambassadeur, sénateur, émigré, de tels contrastes d'idées et d'actions donnent k l'abbé Sieyès une physionomie distincte parmi les hommes de son temps. Madame de Staël voyait en lui le Newton de Ja politique; Mirabeau dénonça (un peu ironiquement)

son silence comme une calamité publique'; Bertrand de MoleviUe afiirme qu'on pouvait l'eiiclialucr avec des chaînes de bon or, le ji^gner par une abbaye de douze mille livres de rente; Mallel du Pan lui reconnaît un esprit fertile en découvertes d'exécution, alliant la dextérité à la constance, sachiinl conserver de l'empire sur lui-même et en obtenir sur les autres. Napoléon a dit qu'il aimait l'argent, mais qu'il était d'une probité sévère ; Sainte-Beuve le proclame un esprit né maître. Altier, absolu, ingénieux, se piquant d'avoir découvert ou du moins professé le premier l'art social, pontife et dévot de sa religion, cerveau puissant, âme faible, il fait parfois l'efTet d'un pape vn exil, d'un abbé cloîtré et mitre des monastéi'cs métaphysiques. 11 n'a que dédain pour les ceroeaux décousus ' et se regarde

1. Mirabeau remarquait que les bomjucs d'un grand lalenl, auX' quels on suppose des principe} Htes, sont aussi vacillanls dans leur marcbe que les Lonnes gens qu'ils abusen'.

i. s II les compare i des places de musique qui mauquent de l'unité de miSlodic. Four lui, dans lilnle ccUe pi«mière partie desa »ie, et quand on le surprend camuie Je l'ai pu faire, grflce à cette masse de témoignages de sa main, dans l'intiaiilé de sa médîiation et de son inteUigence, on le l'econnaîl et on le salue tonl d'sbard lindêpcnda rament de ses erreurs) un );rand harmoaitte iocial, un esprit qui a sincèrement le désir d'améliorer l'hunianilé, et d'en perfectionner le régime; qui a en lui, sinon l'umour qui tient à l'ime et aux entrailles, du moins le liant et sévère enthousiasme qui brdie au front de l'artiste philosophe, pour la gruade urchileclure politique ot morale... n (Sâinte-BeI'ïe.) La saine polilique, selon lui, n'est pas la scicaoe de f.e qui est, mais de ce qui doit 16,

282 i.K pRiNf:r: dk r.iG»E et ses contempûiiain comme le seul cerveau complet : Rousseau â ses yeuï est un philosophe aussi parfait de senlimeal que faible de vues, qui confond les principes de l'art social avec les commencements de la société humaine. Ruffon un brillant déclamateur, Chateaubriand un charlatan. Dans la constitution anglaise, il ne voit nullement la simplieilé du bon ordre, mais seulement un échafaudage de précautions contre le désordre.

n revendique les droits du tiers étal, dôlruit lesbar-

étre. Il refaisait lu plume & la latia chai^uR des ouvrages de -métaphysique ou d'économie polilique qu'il lisait... « Aucun livre, dil-il, ne m'a procuré une salieHiclion plus vive que ccui de Locke etde Condillac. > Le 6 juillet 1791, il étrit dans le dfbniteur qu'il préfère 1b monarchie à ta république, parce qu'il y a plus de liberté pour le ciloyen dans la première qui' dans la seconde. Il vonlait donc la nionarcliie, mais Q la vonlail reatreioLe, couroniuiDl el ne suppoi'lauc pas l'édirii-e social, > 11 ne se livrait anx é*énementa comme aui hommes que lorsqu'il» le rechereliaienf, el pour aîDsi dire le gltaieol... A chaqae époque, il fallait qu'on accepUt sa pensée ou sa démission... Il croyait que lout ce qui se pensait ae pouTBil... tenant plus compte des droits que des intérêts, dea idées que des habitudes; il avait quelque chose de trop géométrique dans ses déductions, et il ne se souvenait pas assez en alignant les hommes sous son équerre politique, qu'ils sont les pierres aalmées d'un édifice mouvant,.. Beaucoup de ses pensées sont devftnues des institutions, > (Mignet.) a La liberté de Sieyâs, dit Hicholet, celle qu'il voulait pour lui, pour les antres, c'était cette lilierté passive, inerte, égoïste, qui laisse l'homme i son épicurisme solitaire, la liberté de jouir seul, la liberté de ne rien faire, de rêver DU de dormir, comme un moine dans sa cellole, ou comme unclut mr un coussin. Pour celle libertiMii, il fallait une monarchie. >

riôres des provinces, fait diviser la Franco en départements, prononce pour chaque événement lemotqiti présage, qui détermine ou consacre. Chamfort lui a fourni ■ Ja fameuse formule du tiers état, mais il l'a développée, lancée, comme un brûlot, dans la conscience populaire, s'attachant h prouver ijue, si la noblesse vient de la conquête, le liere état serait noble en devenant conquérant à son tour, qu'en un mot la gloire, comme tout le reste, deviendrait bientôt roturière. Au moment de la scission du clergé et de lanoblesseavec les députés du tiers, il propose découper le câble qui retient encore le vaisseau au rivage, trouve pour ceux-ci le terme d'Ansemblée nationale^ qui tranche le conflit, et les encourage îi revendiquer leurs droits : « Vous êtes, aujourd'hui, leur dit-il le 23 Juin, ce que vous étiez hier, délibérons. » Quand la Constituante abolit la dime sans compensation pour le clergé et le trésor public, il s'écrie: « Ils veulent être libres et ne savent pas iHiv justes = ! » 11 résume sa conduite

1. I Dana presque loiiB les ordres île prëjujçr's, liisail-îl, si des écrivains n'avaient consenti à passer pour fom, le monde en serait aujourd'hui moins loge ? Veut-on attendre pour cerner le Ie<np9 de la récolte? Il n'y en aurait jamais, n

2. • Dans cet ordre d'alignements, dit H pris ni dû mniprendre l'abbé Sleyès ; de loËme, parmi les journauï. Je ne comprendrai paa le Jfoniteur. Par suite d'une loi générale, ie monïemenl dp la terre emporte, soit qu'ils le veaiUeat ou qu'ils ne le veuillent pas, tous les êtres qui sonl à sn surface dans

iitii LE l'ncNCE Di; liii.ne kt srs co.me.hpobain pendant la Terreur d'uu mot, qui, en dépit de âi;s ■tardives protestations, exprime à merveille et son {iropre ëgoïsine et celui de ses iiinombra.bles imitateurs: « J'ai vécu. — Que faire dans une pareille nuit ? se demande-t-il alors. — Attendre le jour, b El

nue (lireelion donnée. -Tell' ilaiis le iiiuuvtmL'nl de la Révolutiuii, It Moniteur a eu pour pi'intipe de se Iniaser emporler de même dans LOules les directions ; il a eu aiit», selon qu'elles se sont succédé, ]C9 teintes monarchique, cunslitulionnulle, girondine. Jacobine, impériale ; il s'c9t placé en fuijon d'homme d'aile qui n'a rien à fairi] que de râpéter les signaui, ou comme un écho qui rend indifiëpemment tous les sona, Sievés a eu pouc piincipe de suivre le même inouvemenl. Se Jetanl, par sa volonté, ilaas la pi'emiêre carême qui s'est trouvée devant lui, il a tonlînué de glisser dans toutes les ravernes qui ont remplacé euccessivetneai la preaiiâi'e;â la dilT^ renée du Monileur, qui a rendu tous les son^, il n'en a rendu suunn. 11 s'est Tait remarquer à l'Assemblée par son silence, comme les autres par leurs discours ; ce silence Tut dénoncé pur Miratiean comme une calamité publique. Ueureui s'il l'avait gardé toujours! i — Dans un portcaitoeritcn 1789, je rencontre ces lignes assez aignifli.'ativea : « La nature, qui partage œfi dons, a rcCusé celui de la parole i l'abbé Sie^ es ; l'orgaoe eat faible, le geste nul, l'eipreasion lardive, la eonceplion difficile, l'eiposè confus; les grands mouvementa ne sont pas à son usage et il prérére la méthode s la cha- Icar... SIpjès prétend que toutes les brocburcs qui ont suivi ne sont ique ses pensées délsjécs et consèquemmenl aiGiibliea. >Iaia j'ai on [Hinchant à croire, ou du moins A soujiçonner que Sîeyès est an homme que le public a fait, c'est-â-dire que, d'après la lecture de -ses diatribes, l'un lui a prêté du génie, l'autre du talent, celui-U tfî courage de l'âme; chacun a mîsonné sur cet cire, moitié réel, moitié fantastique, et, comme dans (ouics Ici révolutions, il fant >^es points où l'on s'accroche, la multitude, à laquelle quelques ■hommes commandent, n été portée ycr» Sicjâs. '

il se renfermait on lui, cl se cachait dans lo Marai;'. A ta fin du Direeloire, lui, le représentant de l'idée, cherche, acclame le représcnlant de la force : « Il me faut une èpée! » D'ailleurs, il se défendait d'avoir dit après le 18 Brumaire: « Messieurs, nous avons un niaitre, ce jeime homme sait lout, peut tout et veut tout. B II aurait dit seulement ù Bonaparte qu'il ne voulait pa'î être consul avec lui : a II ne s'agit pas de consuls, et je ne veux pas être votre aide de camp. » Il prétendit aussi (tout mauvais cas est niable) qu'il n'avait pas formula son vote dans le jugement de Louis XVI par le fameuv : s La mort sans phrases 1 » qu'on lui reprocha, mais qu'il avait voté simplement la mort. En tout cas, il a\'ait pris son parti d'avance, si j'en crois l'anecdote de l'abbé Lajare, son ancien collègue à l'administration provinciale d'Orléans, que M. de Malesherbes avait chaîné d'aller le voir. Quand Sieyès le vit entrer, il lui dit, avant même qu'il eiU ouvert la bouche : a Je vous entends, il est mort, mort; ne parlons plus de cela, b Lo même homme protestait vivement après le 10 .\oilt contre ceux qui s'imaginent qu'affirmer est toujours une lâcheté, que délruir'e est toujours une gloire. . . qui veulent gouverner par des cris et non par des lois ; au fond, très au fond de son cœur, il regrettait les crimes inutiles, et épanchait sa colère dans ses papiers secrets: « ... Ce sont là les hommes chargés de conduire les affaires de la Répubhque !... Brillant de ses suc^i^s, H, de S. ^Hérault de

386 I.E pniNCE DE LIONK ET SES COIt TEHPlIRAIA-S.

Sëcliolles sans doute) ; dans sa distraction, il avait l'air d'un drùle bien heureux qui sourit au coquioismc de ■es pensées. » « Ils no songent plus qu'on a oublié de prouver la mineure, n écrit-il ailleurs. Prouver la mineure ! Sieyès est tout entier dans ce cri à moitié comique qui, chez lui| est le cri du cœur, a Cet homme n'était pas un orateur, observe M. Aulard, mais un syllogisme vivant', o

Lycurgue incompris, désespéré, Solon méconnu, satuni des hommes, il reproche à ces enrants gâtés de vouloir qu'on leur plaise, de ne pas souffrir qu'on les instruise; et supposant cette question qu'on lui adresse si souvent: « Vous vous taisez? » — i Qu'importe, se répond-il à lui-m*?me, qu'importe le tribut de mon verre de vin dans un torrent de rogomme ? w Et, reconnaissant avec Salhisle et Lucain que le crime a force de loi. constatant la poussée irrésistible de la démocratie triomphante, il répète après eux le : Jmquê dalvm sceleri; ruit irrevocabile vulgus...

Pins loin, il imagine qu'on lui adresse ce reproche;

1. On l'appelai' le Chalcas de In lii'volulion . M. Aulard discerne nDflmiMit la Cause lie sa popularilë. o 11 tut populaire, malgré tout parce qu'il eut le culte de la faculté dominante de notre race, B raison ou plutût la logique, n — > La raison, disait-il, est la m» raie de la lèle, comme la justice est la morale du cœur... Les peç sOTiues qui aiment i rcvi^lir d'une image les noliona abstraites ponQ ront se ligurer le gouvernement monarcliique finisiaat en poinM et le gouyernetnent républicain en plaie-forme, o

n Ou abuse de tout. Vous auriez dû voir que les vérilés les plus certaines, que les meilleures idées ouvrent aux fripons et aux coquins de nouveaux moyens d'exercer leurs funestes passions. «

Voici sa réplique :

a Avec le jugement le plus réiléchi, on n'est pas dufj« deux fois, mais on peut l'être une. Cet effet de nouvelles vérités a été frappant et cependant il (Sieyès) l'a aperçu longtemps avaut vous et il a fermé sa main. Vous qui l'accusez, vous avez deux fois plus de torts que lui. Après avoir partagé sa première méprise, l'avoir partagée avoc tout votre pays, vous avez concouru vivement à abuser, à gâter, -à renverser jusqu'aux antipodes les principes offerts ; enfin, vous qui exigez une expérience que vous étiez loin d'avoir vous-mêmes, vous trouvez mauvais aujourd'hui qu'on profile de l'expérience acquise, et qu'on ne veuille pas s'exposer de nouveau à vos reproches.

p) Taisons-nous! »

Nommé ambassadeur h Beriin, et bien qu'il se fût heurté à une société hostile, à un roi nouveau, à un ministre indécis qu'il appelait le minisire des ajourna' ments, il y conquit la réputation d'un observateur habile, d'un diplomate savant, spirituel, pénétré du sentiment de sa dignité. Lui-même revint 1res engoué de la Prusse et ne cessait de dire à ses collègues du

ÎW t.E l'UiNCl: Dl; LIC\E ET SES f.OMEH l'Oll A] \S.

Directoire : « Ce u'estpoinl ainsi qu'on fait en Prusse, — Enseignez-nous donc, demandait-on, comment on Fait en Prusse. — Vous ne m'entendriez pas, reprenait Sieyès; il est inutile que je vous parle; faites comme vous avez coutume de fairi'. o Aussi, pour so Teoger de tant de superbe, insinuail-oii qu'il était vendu k la Prusse.

Un jour qu'il y avait fête k la cour de Berlin, la plupart des ambassadeurs, arrivés avant celui de France, s'Étaient empressés d'occuper les premières places, et le chambellan de service s'apprêtait, non sans quelque embarras, à les déplacer : s Non, monsieur, ne dérangez personne, dit Sieyès à haute voix : la première place sera toujours celle qu'occupera l'ambassadeur de la République fl-ançaise. * Une autre fois, le comte Repnin vantait la supériorité du gouvernement russe sur tous les autres, a Son gouvernement lui parait excellent, interrompit Sieyès. Cependant demain, s'il plaît à son maître, on lui coupera le nez et les oreilles, et on le confinera en Sibérie ; au lieu que, dans noliv république, nous sommes tous dauphins, d Pendant toute la durée de sa mission, il n'adopta pour costume qu'un habit bleu, collet brodé en soie verte, où étaient représentées des branches d'olivier; il disait à ce sujet "qu'il voulait être un mtnistre de paix.

Renirè en France, il ne larda pas h s'apercevoir que la sliuatîon était plus forte que lui, qu'il ne s'agissait

plus de conseils, mais d'actes, de paroles, mais de force, et qu'il fallait écrirel'histoireàcoups d'épée. s La loi c'est le sabre, a avait dit Augereau le 18 Fructidor. n Sieyès, écrivait La Fayette le 26 vendémiaire an VIII, arriva comme la divinité du dénouement et ne dénoua rien. U est peureux, prend de l'humeur, ne sait pas plaire; il ne peut ni parler d'abondance, ni monter à. cheval; c'est un ahbé dans toute la force du terme; de manière qu'avec beaucoup d'esprit, de grandes facultés pour l'intrigue et d'excellentes intentions Jt présent, il est resté au-dessous de l'attente publique. » Il cherchait une épée, il espérait être la tête qui la ferait sortir du fourreau, et grâce à elle, appliquer cette constitution idéale, où il n'avait mis que des ombres, avec son jury constitutionoaire, des pouvoirs qui s'annulaient en s'absorbant, et le grand électeur, ce i-oi fainéant, ce cochon à l'engrais'. Bonaparte et lui commencèrent par l'aversion; à leur première entrevue chez Gohicr, ils ne s'adressèrent pas la parole. " Avez-vous vu ce petit insolent? dit Sieyès, il n'a même pas salué le membre d'un gouvernement qui aurait dû le faire fusiller. » Et Bonaparte, non moins mécon-

1. L'aaluar des Mémoii'm de Coitdorcet le compare à l'architecte Uinocrale, qui proposait à Alexandre île bdtir une ville sur li' mont Albos, et quand celui-ci demanda eommcnt les habilanla se (irocureraleat des vivres et de l'eau, il répondil qa'il n'y avait ])oint songé, Un lionimc d'espi'il disait de Ini : u II vil de haine et lueurt de peur. •

29(1 LE PlU.NCi; UV I-IGNE ET SES COSTBSIl'i

tcnl, de s'écrier : « Qucllo idée a-t-oii eue de mettre ce pnîlre au Directoire? Il est vendu à la Prusse et, l'on D'y prend garde, il vous livrera à elle ! » Mais TOinme il ne faut monlrer que les rancunes utiles ', les deux hommes se rapprochèrenl. Sieyùs, après le coup d'Ëtat, devint uu métaphysicien nanti, combla de dotations, d'honneurs*,etsaconslitulion fut jetâo au ran cart ou plutôt adaptée au goût du vainqueur.

Gallais, dans son Histoire du 18 Brumaire, rapporte que parlant un soir deson projet d'aller habiter les Tuileries, Bonaparte demanda à Sieyès ce qu'il on pensait :

Je craindrais, répondit celui-ci, que le souvenir du 10 Août ne vous y poursuivit.

— Si j'avaisétc roi au 10 Aoùl, reprit l'autre, je li serais encore aujourd'hui, et je voudrais encore dire la messe si j'avais été prêtre en 1789. »

Et le lendemain tous les portraits de Siey6s comme député, comme directeur, disparaissaient des boutitiques de marchands d'estampes, et l'on ne vit plus ; la place que des Sieyès en costume d'abbé.

Sicyés retombait dans lo silence phiiosophique et

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