I.E PRINCE DK LIGNE. 2Î
Bose cju'une boutade oubliée peul-i^tre le leadenaaia^
î pourrailron lui répondre qu'il s'oubliait lui même,
L (|ui prodigua toujours son nécessaire et son superflu,
i il oublia Narbonne, Boufllers et Ségur, le jour
), parlant de Talleyrand qui venait rrarriver à Vienne.
ifécrivit au prince d'Areiiberg « Jugez de son plaisir
feti-e reçu par moi, car il ny a plu-- di? Frant^aîs au
honde que lui, et vous et moi qui lu- le \ommex pas. »
! plaisir de lancer un mot piquant mcl souvoitl des
plli^rcï h l'esprit le plus bienveillant, a cet homme
i éprouve une joie sans mélange à admirer et se
mt tout glorieux si un de ses semblables fait une
grande chose. Mais n'est-ce pas surtout à l'esprit qu'il
faut appliquer cette belle image des fragments d'un
miroir brisé, symbole des vérités incomplètes que nous
Muvrons dans notre ardente et vaine reelierclie de
ibsolii ?
A Bruxelles, où le prince de Ligne égale presque 1 magnificence le vice-roi, il s'eÉforce d'éveiller ses mpatriotes h la vie littéraire. Dans son aimable feidence de Baudour, l'amitié, l'amour, la chasse, la ^ture, les manœuvres de son régiment font de chaque Mimée un mois de bonheur. Il fréquente la cour de larles de Lorraine; une jolie cour, gaie, sûre, feréable, polissonne, buvante et chassante.
28 LE PRINCE DE LIGNE ET SES COtlTEMPORAINS,
Toutefois, le jour où ie duc tient l'appartement et invite les dames, on ne dépasse point les bornes de la gaieté la plus décente, bien qu'au xvnr* siècle l'imperliticncc fiU presque une grâce déplus. Le prince était si bon, que cela paraissait jusque dans ses colères. Un jour, se fâchant contre un groupe de spectateurs qui dérangeaient la cliasse dans les allées de la forêt de Bel-OEil, il leur cria: « Allez à tous les diablesl... messieurs, s'il vous plaît, » ajouta-t-il en leur ôtant son chapeau. — Aimé de ce prince, de Marie-Christine qui lui succéda, Ligne savait aussi se concilier l'alfection des classes moyennes : il est membre de toutes les confréries bourgeoises. Parfois la ville entière, en se réveillant, apprend par des placards qu'elle est conviée aux fêtes qu'il offrait, tantôt dans son hôtel, tantôt au théâtre où H s'amusait à amuser le public. Une fois, il se jette au milieu de la foule ameutée et la sauve de ses propres fureurs; une autrefois, il se met à la tête des marchandes de légumes, les conduit au palais et obtient le redressement de leurs griefs. A Bruxelles, à Bel-OEil, il a une imprimerie qui ne chôme pas, car on y imprime ses œuvres, celles do ses amis, le chevalier de l'Isle, de Legros son secrétaire, et sans doute de ce cher aumônier Pages qui, pour être plus piqvanl encore, disait la messe. — A dire vrai, le prince n'a pas le respect du papier blanc, le démon de l'écritoire le hante sans cesse; improvisateur de comédies médiocres, faiseur
MM
NCE nz LIGNE,
5 vers plus médiocres encore, il ne mérite nulle i a joli complimeot de Boufflers ;
ai In, Ijoau prifiPf et je anis encl4anlé, t ferais après vous des efforls inutiles.
Pour répondre k vo!i vers Taciles Il faut -votre radlilé,
fc Trjp bonnes pour les uns pour d'autres Irop aév ftea Muses ne m'ont point gâté.
E Tendent thei- des vers très ordinaires; l^audia que de très bons ne vous ont rien coûté.
i, dans mon dépit, je raÎË pendre ma lyre ^ la place d'un sabre, au Tond d'un cabinet, Et celte plume, au lieu d'écrire, Sera mise sur mon bonnet.
^ De bons vers du prince de Ligne, je n'en c un; Boufflers renversait les rôles en lui prêtant spirituellement ses propres qualités; de bonne prose, j'en sais un peu et j'en sais même beaucoup, si on pose en prin- ^nipe que la plus grande de toutes les règles consiste & ^Hnire. Point de méthode, aucun art de composer, peu ^^e mesure, un mépris profond de la grammaire, un chaos d'idées disparates, mais nombre de pages étincelantes de coloriai d'entrain et d'élégance, un jugement
souvent juste et prompt, des traits impréTus, hardis, d'amusants coatrasles, de la raison sans raideur, de la négligence sans vulgarité, voilk ce qu'on rencontre dans les quarante volumes de cet écrivain polygraphe. Il habite les dehors de son âme, pense et montre qu'il faut avoir l'espril sérieux pour soi et ne pas le communiquer. U a beaucoup fréquenté Dorai, Pont de Veyle, Gentil-Bernard, Pezai, Robe; quoi d'étonnant si le jargon, les concetti, le cliquetis de l'antithèse déparent ses meilleurs morceaux ? A ses yeux, Fontenelle tient la première place après Voltaire, « et c'est un beau luxe que le luxe de l'esprit ; mais, depuis leur mort, n'aurailH)n pas fait des lois soraptuaires pour levclufe )) ? Plus taid même, se sentant dépaysé au milieu d un monde nouveau qui fait de l'esprit à coups de canon, il se plaignait qu'il n'y eût plus de conversation, quon De sût plus seulement conter une petite lOLchancek. Comment, avec de tels modèles, Ligne . n'aurait-il pas ramé sur les galères du bel esprit, payé tribut au goùl du temps î C'est au point qu'il ne dédaignepas les jeux de mots, les calembours, ces jolis abus qui font rive; ses lettres, ses portraits, ses tableaux d'histoire eux-mêmes en sont émaillés :« Grâce pour vous, pleine de grâces. . . Ce n'est pas une rosière, mais une rose. — Angela ne pouvait être peinte que |)ar Michel-Ange et Raphaël, qui se connaissaient en anges. — Le jeune lord s'en retourne du continent un peu iucomniodé, parce qu'il n'a pas été continent
cou
son
■ LE PAt.VCE I>E LIGNK. 3ll
lui-nK^me. — Calherine H avait plus du Romaîa qu&J (lu rouian. — J'aime mieux les barils que les (on-* iieaua; (allusion aux Du Barry et à Mirabeau-Tonneau, i — Au duc de Saxe-Teschen, qui, battu à Jeiumapes et ^relevant de maladie, lui demande comment il le trouve :
■ Ma foi, monseigneur, je vous trouve pasaiblement Refait I a Du moins peut-on classer ce iternier dans lu
catégorie des jolis abus. Revenons-en toujuui's à celte observation, qu'il faut considérer les écrits du prince comme des conversations autographiéi.'s dans lesquelles verve intarissable saute de sujet en sujet, comme oiseau vole de branche en branche, laissant de câté mille aspects des questions, mais faisant à chaque pas des rencontres heureuses. Madame do Staël a raistyle si gai, qui laisse passer des rayons, est ivent du style parlé, a II faut se représenter l'expresde sa belle physionomie, la gaieté caractérisique de ses contes, la simplicité avec laquelle il s'abandonne à la plaisanlerie, pour aimer jusqu'aux négligences de aa manière d'écrire; ii faut ne pas analyser comme un auteur celui qu'il faut écouter en le lisant, car les défauts môme de son style étaient une grâce dans conversation. Ce qui n'est pas toujours bien clair tmmaticalement, le devient par l'à-propos de la [iversalîon, la finesse du regard, l'inflexion de la Voix, tout ce qui donne enfin à l'art de parler mille fois plus de ressources et de charmes qu'à celui d'écrire, a Pour bien éprouver celte sensation, repassez
dans VOfficiel un beau discours que vous aurez entendu prononcer par quelque grand orateur, ou bien lisez une traduction de I^martine en allemand. Henri Heine comparait une poésie traduite à un clair de lune empaillé ; même différence entre la parole parlée ot la parole écrite.
Leilre à Rousseau. — Les servants de madame du DefTand, — Le
riïalier de l'Isle. — Succès du prince à Versailles, — Bons mois ; présenl vaut mieux que le fulur. — Je parie pour l'esprit. — Jéjtuner pour quatre et à souper pour trois. — Son culte pour reine. — Verlubleu, Vertuchoui et Verlugadin.
En n76, un heureux hasard ramène Ligne à Versailles. M. le comte d'Artois se Irouvant dans une garnison voisine de celle où il inspectait ses troupes, il y va avec une trentaine de ses officiers les mieux tournés ; on boit, on joue, on rit; libre pour la première fois, le comte d'Artois ne savait comment profiter de cette libertii : il exige que Ligne vienne le voira Versailles; sOduit par son bon cœur et sa franchise, celui-ci reparait à la cour, où désormais il passera tous les uns cinq mois prosr|uo de suite.
Auparavant, il avail pUisieurs fois revu Paris, et ^ force de grâce et d'esprit, désarmé les préventions
«INCE DE LIRNE ET SES CONTEMPORAINS.
des plus difficiles. — Madame du Deffand, qui le juge d'abord un (jcu dédaigneusemonl, l'appelle le Gilles de Boufïlers, finit par lui rendre pleine justice. Griiiim lui cherche noise à propos de sa lettre k Jean-Jacques. Ligne avait fait la conniiissance de l'auleur à'Éniile de la manière la plus piquante : il ne savail pas encore, en montant l'escalier, conntient il s'y prendrait pour l'aborder ; mais il se fiait à son instinct. — 11 entre et feint de se troniiHir. « Qu'est-ce que c'est? demande Jean-Jacques, — Monsieur, pardonnez, je cherchais M. Rousseau, do Toulouse, celui qui fonda le Journal encyclopédique de Bouillon. — Je ne suis que Kousseau de Genève. — Ah! oui, ce grand herbnriseur! Je le vois bien. Ah ! mon Dieu ! que d'herbes et de gros livre? I Ils valent mieux qui' tout ce qu'on icrit. Fst-il \Tai que vous soyez si habile à copier la musique? » — Rousseau sourit presque, lui montre sa pervenche, vacherclier des petits livres en long, et dit : « Voyez comme cela est propre! xp El il se met à parler de la difficulté de ce travail, et de son talent en ce genre, comme Sganarelle de celui de faire des fagots. Le malicieux visiteur demande s'il n'a pas pris ces deux genres d'occupations serviles pour éteindre le feu de sa brCilaiito imagination, n Hélas ! répond Rousseau, les autres occupations que je me donnais pour m'instruini et instruire les autres ne m'ont fait que trop de mal.* Et le voilii qui quitte sa musique, sa pervenche et ses lunettes, parcourt toutes les nuances de ses idées avec
uiicjusiessj qu'il perdait ((Uflriucfois dans la solilude, et les entn-niéie de maximes sophistiques lorsque son hiMe s'avise de pousser celle objection : "■ Si cependant M. Hume a été de bonne foi ? »
tfeiHJiidant sa Tilaine femuit) l'inttirrompaiL pur des ijucslioiis saugreuues sur le liuge, oulasoupo; il lui répondait avec douceur et aurait cnnoliii un morceau de l'romagË s'il eu avait parlé. Ëolin, après un silence de vénération, Ligne quitta le galelas, séjour des rais, fûais sanctuaire du génie. Rousseau se leva, le reconduisit avec une sorte d'iritérôt et nu lui demanda pas son nom.
e 11 ne l'aurait jamais su, remarque modestement le grand seigneur, si, dans la société intime du prince de Condé, il n'avait appris qu'(!n voulait inquiéter Jean- Jacques. Aussitôt il lui écrit cette lollre un peu maniérée sans doute, à propos de laquelle Griuim tira un fâcheux horoscope pour sa réputation ; il lui propose un asile dans sa petite souveraineté qu'il a en Empire, et où il n'y a ni parlement, ni archevêque, mais les meilleurs moutons du monde, n J'ai, ajoutait-il, des mouches à miel à l'autre habitation que je vous offre ; si vous lea aimez, je les y laisserai ; si vous ne les aimez pas, je les transporterai ailleurs ; leur république vous traitera mieux que celle de Genève, k qui vous avez fait tant d'honneur et t qui vous auriei! fait tant de bien, a
Rousseau crut voir un piège dans cette proposition
36 LE l'BlSi;!; UE LIGNK et ses CONTEHPOnAinS.
gOnèreiise ; mais comme son premier mouvement était bOD, il vint remercier le prince; celui-ci n'en croyait pas ses yeux, et Louis XIV n'éprouva pas uu sentiment pareil de vauité au recevaut l'ambassade de Siam.
Pendant plusieurs lieures, Jean-Jacques lui débita. Gf s paradoxes sur ses prétendus ennemis, la conspiration de toute l'Europe, l'avantage d'écrire sur la liberté' quand on est enfermé, de peindre le printemps lorsqu'U neige. « Ses yeux étaient comme deux astres, son génie rayonnait dans ses regards, w Ligne lui prouva, sans en avoir l'air, qu'il savait Julie et Saiot-Preux par cœur et finit par lui dire: « Plus vous êtes sauvage, et plus vous devenez un homme public. » Comme Chateaubriand, Rousseau eût liabité une cellule, à condition qu'elle fût sur un théâtre.
Parmi les servants de madame du Deffand, de madame GeotTrin, le prince de Ligne, s.iuf Arnault et Voisenon, distingue peu d'hommes de lettres aimables à son gré : il trouve que le président Hénault, pour tout esprit, se contente de manger comme un diable, que Harmonie! le seconde à merveille, que Crébillon, le grand gargon du grand homme, vit sur sa réputation de boudoir et de canapé ; Saint-Lambert lui parait taciturne, madame de Genlis a mi tour d'épaules dans l'esprit, Laplace est tr^s lourd lorsqu'il veut être plaisant; et ainsi des autres. Il est de toutes les lectures de société, lantàt au palais Bourbon, tantôt chez la comtesse de La Marck, la marquise de Coigny ou la
luarûchaie dt; i.u\eiiibourg, succède k Louis XV auprùsl de la Du Barry, va chez madaiiiu Kavarl, haute presque j toutes les actrices célèbres, dine à l'insu de Voltaire^ chez Frèrou; soupe chez Julie et Sophie Arnouid avec-] Beauvau, I.a\cml)oufg, Coigny, Louis de Narbonne*, ] UouRIers, le duc d'Orlèaus el le chevalier de l'fele ', son correspondant de prédilection, ti W dieu du cou[)let 1 et du style épistolaire, qui, pour faire croire qu'il dînait avec la reine le dimanche chez les Poltgnac, y arrivait le premier .iu sortir de table. Il manquait parfois do tact daus la société, par excès d'Jiuiuour, de familiarité ; 1 mais il écrivait au prince de Liyuo des lettres fort piquantes: dans l'une de celles-ci, il supplie gaiement son ami de ne point sabi-enauder un couplet qu'il a fait l'autre jour pour la reine, en la menaçant do lui 1
^™f. Ligne clnit lié avec If iluc de Nhcrnuis, yrand suigneiir et poète aulanl qu'un duc el pair pouvait l'élrc. Ce duc avait une espèce d'inlendunt qn'tl estimait et qui cLait retenu dans son lit par une maladie mortelle. Voulant savoir où on était ce pauvre diable, it luonlu dans sa diambrc, par une condescendance inouïe et vint personne chercher do ses nouvelles. Le moribond, confus de Thon- 1 neur qu'un lui Taisait, se redressa avec eflbrt suc sou séant, el dit à son malu-e <lu Ion lo plus respectueux : u Ali 1 monsieur le duc, je vous (Jcinande bien pardon de mouiir devant vous... « A quoi le duc ÉiDU, et ne sachant ce qu'il disait, répondit: ■ Ke vooa gênez pas, mon ami. > L'Intendant, prulilanl i)e la permission, expira sans scrupule et lo duc alla à l'Académie.
3. Je prépare sur le chcvalici- de l'Isle un travail d après des documents inédits mis à ma diaposillon par M. Henry de risle.
jouer le tour qu'elle redoute le plus, qui est d'ôlro nommfe au bal de i'Opéra :
Dbds cg Icmple uù l'incogmlo
Règne avec Ih folie, Vous n'élea, gr&ce au domino,
Ni reine ni jolie.
Sous ee double dégniseuent,
Hiant A'&lre ignorée, Jo tons nomme, et publiquement
Vous Hcrei adorée...
A peine Ligne a-t-il paru à Versailles, qu'il devient l'âme du petit cercle intime de la reine, où il jette à' pleines poignées la fantaisie, la gaieté, et communiquit à tous sa bulle humeur contagieuse. On le voit partout: il arrange ou d<?range les jardins, préside aux fêtes et aux illuminations, se trouve au lansquenet de la reine, au cavagnole de Mesdames, au whist de Monsieur, au quinze du prince de Condé, au billard du roi, au pharaon du prince de Conti. Il prend part aux promenades des bois de Boulogne et de Vincennes, tant calomniées depuis, assiste aux bergeries de Trianon, aux fêtes de Fontainebleau. Une fois, il vient de Bel-OEil à Versailles, afin d'y passer une heure pour la dernière couche de la reine, d'autres disentpour un rendez-vous galant. Quoiqu'il pousse la gaieté jusqu'à la folie, il fait passer de tejtips en temps, au bruit du ses grelots, quelque utile et piquante moralité, empoche une injustice, combat une prévention. iNe s'avisc-tr-il pas un
jour de priiseoler à Marie-AnLoiaelte une lettre de madame Du Barry, doolla fortune ùlaiteii mauvais élat. Voilà, s'exclame le roi, une belle ambassade dont vous vous êtes chargé! » Mais lui de répliquer aussitôt : « Sire, c'est que certainement personne autre nii l'aurait osé . » ^ Dans ujie représentation de théâtre de cour, afin de ne pas demander de billets aux gentilshommes de la chambre, dont quelques-uns lui gardaient rancune, il imagine d'installer une planelie entre leur banc et l'orchestre, s'y place en évidence comme sur un strapontin, et applaudit bruyamment en dépit des usages. Louis XVI, avec sa bonhomie brusque, lui dit : s Mais vous êtes no impertinent 1 » — o Ah! .Sire, repart Ligne, ne m'ôtez pas la seule place que je veuille avoir dans votre cœur, » — Ses mots couraienl. la viUe et la cour; un marquis ennuyeux l'aborde en bâillant : — a C'est ce que j'allais vous dire, » s'ôcrie-t-il. — On étalait avant un maria^'e les cadeaux du prétendu à sa iiancée : — « Je trouve, observe-t-il, que le présent vaut mieux que le futur. « — A quelqu'un qui s'étoiinait de le voir faire à un sot force politesses : — o J'ai trop souvent éprouvé que dans ce monde la réputation dépend de ceux qui n'en ont pas. » « X... court après l'esprit. — Je parie pour l'esprit. » Une princesse, sa parente, était fort entichée de noblesse. Ligne s'approche de sa fenêtre, ferme soigneusement les rideaux et répond à ses signes d'interrogation : " • C'est la tune, elle n'a pas quatre quartiers et ne
doit [.las outrer cheit vous. » Ua ami de Versailles lid ' deinandaat d'elle »od témoin et de lui prôler poui' ^é combat sa terre deBul-OKil, il mandii cet ordre à soa iiileudant : — o Faites qu'il y ait à déjeuner pour quatre et h souper pour trois. » — Madame de 8^7, vigne, en écrivant ses fameuses lettres, n'ignorait poîul: qu'elles allaient plus loin et plus haut que ses correspondants : les hommes d'esprit cisèlent volontiers leurs mots pour la galerie et seraient bien fÉLchés <iue personne ne les recueillît : on parie toujours un peu pom" le public du moment on pour ce public plus éloigné qui. s'appelle la postérité: La boutade du priuce de Ligne à' son intendant visait en rôabté Paris et Versailles.
Il fait peu de cas du roi dont il cliercliait cependant' à élever rame par quelque uonversation intéressante, lui reproche ses propos de l'ou et de chasseur, d'aimer beaucoup à « polissonner u . Un jour qu'il menai;^it les amis de la reine de son cordon bleu, qu'il voulait jeter au nez de quelqu'un, le duc de Laval se relira ; n Ne craignez rien, monsieur, dit Louis XVI, cela ne vou« regarde pas. » Une autre fois, il passe au cou de Ligne son cordon bien, le lieurtc contre un meuble, et comme il semblait s'inquiéter si le coup avait porté, leprince l'adjure plaisamment de prononcer les paroles consacrées, lorsque les fils desaintLouis imposaient le» mains aux scrofuleux ; a Le roi le louche. Dieu te' guérisse!.., » Coigny, grand frondeur, lui disait sans ménagement ; « Voulez-vous savoir ce quo c'est que ces
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trois frères (le roi. Monsieur el le comte d'Artois)? Un gros serrurier, un bel rspril de café de province, un faraud des boulevards. » De tout temps, les médisants ont procédé de la même manière : écraser leurs victimes en mettant en relief un défaut, une qualité seconiliiire qui obstruent les vertus réelles, celles qui impriment le sceau de la fçrandeur, ennoblissent une pliysionomie, ilécorenl un caractère.
En revanclie, IJjcne professe pour la reine un vi'Titable culte : — » Tout ce qui vient d'elle, écrit-il, est marqué au coin de la grâce, de la bonté et du goût! Elle sentait un intrigant d'une lieue et détestait les pn;t'.'iilions en toul genre. Qui eût pu la voir sans l'adorer! Je ne m'eu suis bien aperçu que lorsqu'elle me dit: s Ma mère trouve mauvais que vous soyez si « longtemps à Versailles; allez passer quelques jours îi a votre commandement en Belgique ; écrivez de là des " letlres à Vienne pour qu'on sache que vous y êtes, et » revenez. » Cette bonté, cette délicatesse et plus encore l'idée de passer quinze jours sans la voir m'arraclièrent des larmes, que sa jolie étourderic d'alors, qui la tenait à cent lieues de la galanterie, l'empCcha de
Imarqiier*. a 1. Le pr(5(endu luie de la reine iSlait un conte bien ; ellesVmpait si peu de sa loilctle qu'elle se laissa, petnianlplusieursannéee, coiffer on ne pi;ul plus mal par un nommé Larcencur, qu'elle giirdail ponr ne pas lui faire de peine ; il est vrai qu'en sortant de le metlait les aienoes dans ses cheveui pour s'arran-