‹ Le Prince des sotsChapitre 12 sur 37 · LE DROIT DU SEIGNEUR · texte numérisé non relu

LE DROIT DU SEIGNEUR

« Quand de tels faits sont écrits dans les lois où ils sont qualifiés droits; quand le texte de ces lois est authentique et qu'il est produit, le rôle officieux du la dénégation devient impossible. »

On a toujours pris plaisir à tromper le fisc. Aussi les laquais et le populaire dérobaient-ils autant de vin et de viande qu'ils en livraient et riaient-ils à gorge déployée quand leurs feintes ou leurs cachettes étaient découvertes. Il n'en était que cela ; tout le monde s'amusait.

On ne s'amusait pas dans la salle où Aubert Le Flamenc, tout brave qu'il était, sentait comme des pressentiments lugubres l'assaillir

à l'approche de sa nuitée de noces, où Manette songeait trop au duc d'Orléans à mesure que le moment venait de ne songer qu'à son mari, où le bailli, regardant la mariée et le mari, pensait à certains droits que monseigneur pouvait légalement réclamer, ignorant que monseigneur les avait pris longtemps d'avance.

— Maître bailli, demanda le sire de Cauny, il est impossible de rester ici cette nuit. iN'y a-t-il pas quelque maison à louer jusqu'à demain?

— Impossible, messire. .. Il n'y a que de misérables chaumières.

— Il faudra donc que ces gens restent ici à danser et à se réjouir jusqu'à demain; mais deux nuits sans sommeil, cela est bien pénible, n'est-il pas vrai, madame?

— Je m'y résignerai, messire.

— Mais non pas moi, ma belle épousée; car vous l'êtes, et véritablement je n'ai pas encore eu lieu de m'en apercevoir... Mais, encore un serf de la châtellenie ! qu'a donc oublié l'autre?

Un second envoyé, en effet, portant comme le premier la livrée du duc, s'avançait escorté

114 \a: prince di;s sots

des paysans qui flairaient quelque incident nouveau.

Comme le premier, il déployann parchemin, auquel appendait le sceau de monseigneur d'Oi'léans, et après s'être respectueusement incliné, il lut d'une voix imposante :

(( — De par monseigneur Louis de France, duc d'Orléans, suzerain de la châlellenie de Beauté et dépendances, Aubert Le Flamenc, son feudatairc pour le fief de Cauny, est tenu d'envoyer sur l'heure, au château de Beauté, Mariette d'Anghuien, qu'il a épousée sous les auspices de monseigneur d'Orléans, pour acquitter le droit de prélibation, comme est l'usage. î

— Tête et sang! tu as menti ! s'écria Aubert.

— Je n'ai point menti : j'ai rempli mon message.

Mariette s'était reculée d'effroi.

— Monseigneur n'est point capable d'une telle vilenie, reprit Aubert.

— Permettez, messire, dit le bailli avec un geste magistral, de pareils propos ne conviennent point. Ceci est un usage aussi vieux que la

monarchie, vous avez même droit sur vos vassales... cela se compense.

— Non ! non ! cela ne se peut, et puis le duc n'est pas au château... c'est une infamie du sénéchal.

— Monseigneur n'est pas au château, c'est vrai... mais il doit y être demain, riposta le serf, enhardi par la présence du bailli.

— Et c'est par son ordre que tu viens?

— Par l'ordre de monseigneur; voici son sceau, voici ses armes.

Aubert prit le parchemin, le lacéra, le mordit, le foula aux pieds et frappa le serf au visage.

— Porte lui ceci ! cria-t-il en lui jetant les morceaux à la face.

— 11 vous est aisé de frapper un pauvre serf comme moi, qui fait son devoir : mais messire le sénéchal est sur mes pas ; il a certifier mon dire.

— Par mon saint patron, qu'il vienne. Ne craignez rien, madame.

— Messire, murmura Mariette d'une voix tremblante, n'allez pas vous exposer à un tel

IIG LK l'ni.NCi; DKS SOTS

danger... proineltez... Teignez de consenlir!

— N'ayez crainte, madame !... Vassaux, vous me devez obéissance. Je compte sur vous !

Le populaire, échauffé par le vin, grisé par la belle prestance de son seigneur, répondit avec enthousiasme : « Oui ! oui ! »

— Oh ! oh ! marmotta le bailli, ceci est de hi rébellion !

Il ajouta, après avoir regardé par la fenêtre :

— Messire, croyez-moi, soumettez-vous, il n'est que temps : voici le sénéchal, avec un gros d'archers.

— Me soumettre ! jamais.

En se tournant du côté des vassaux :

— Holà! mes amis, que ceux qui ont du cœur se mettent au service de leur seigneur et maître! Sus au sénéchal! sus au larron d'honneur!

— Oui, oui, hors d'ici le sénéchal! bramèrent quelques voix avinées.

Le plus grand nombre hésitait et se taisait, refroidi par la vue du sénéchal qui pénétrait dans le manoir.

— Çà, mes archers, dit le sénéchal à son

LE I'Kim;e des sots M7

escorte, il n'est besoin ici ni de haches ni de lances, détendez vos arcs et vos lances et frappez du bois seulement ces vilains qui sont ivres, sur ma foi.

A cette injonction soldatesque, on entendit partir du groupe des chevriers, gardeurs de vaches, laboureurs taillables et corvéables :

— Hé! messire sénéchal, je n'en suis pas! Et l'écho de la salle répéta: «Ni moi! ni moi! >)

— Ah! voici votre valeur un peu dégrisée, mes preux. Donc livrez la vassale à l'instant même, selon l'usage.

Aubert entoura la taille de Mariette de son bras gauche, et brandissant son épée, dit au sénéchal :

— Viens la chercher !

— Messire Aubert, c'est trahison bien grande, répondit le sénéchal avec un beau sang-froid, l'époux qui se rebelle contre un droit si ancien et si juste est, selon les anciens us, appréhendé au corps, traîné dans la cour du château seigneurial, attaché à un poteau et livré à la meute de son suzerain, pour être déchiré à belles dents.

118 LK l'IilNr.K DKS SOTS

— El VOUS trouvez cela juste? répliqua furieusement Aubert. Puisque vous vivez, c'est que vous avez passé parla.

Le sénéchal ne répliqua pas; ce fut le bailli qui doctoralemcnt intervint :

— Ce droit est dans la loi depuis les premiers temps de la monarchie, les seigneurs ecclésiastiques peuvent même l'exercer; mais ils s'en abstiennent et reçoivent en échange un don en écus au soleil, qualifié du droit du seigneur Dieu. El lorsqu'un vilain marié se fixe hors de la vilainie d'un (lef, le seigneur, perdant ainsi son droit de noçage, le vassal est tenu de payer à son seigneur trois sols de culaige. Cum villanus marital flliam suam extra viltanagmm, debel très solidos de culagio...

Le bailli menaçait d'égrener le long chapelet des textes; mais la patience du sénéchal était à bout. Ce que voyant, le serf qui avait apporté la seconde missive du duc d'Orléans coupa la parole à l'homme de loi.

— Messire, dit-il au sire de Gauny, je suis le gardeur de la meute de monseigneur... c'est

moi qui serais forcé de la lancer contre vous, épargnez-moi cette douleur.

Un sourire de mépris fut la réponse d'Aubert.

— Allons, rustres, s'écria le sénéchal, c'est le dernier appel. Que l'épouse soit remise par vous, ou j'exerce contre ce village le droit de prise rétabli par monseigneur le duc d'Orléans en votre faveur, et par surcroît je marie quelques-uns d'entre vous avec madame la Hart.

— Le droit de prise ! répétèrent avec terreur les vilains, sensibles surtout à l'amende.

Et comme ils s'étaient précipités pour la défendre, ils se précipitèrent, vers Mariette pour la saisir. Mais l'effroyable moulinet qu'exécutait Aubert avec son épée les fit reculer.

Alors le sénéchal donna l'ordre à ses archers de fondre sur le rebelle. L'un des plus agiles tenta de sauter sur ses épaules pourcompiimer ses mouvements, mais il tomba évcntré. Un second venu à la rescousse reçut un coup sur la tête qui la fendit; un troisième, la gorge entamée, roula sur ses deux compagnons; mais un quatrième parvint à déloger Aubert du

liJO 1J-; l'i; INCE DKS SOTS

chambranle de la cliomince, conirc lequel il était arc-bouté, et le força à se coller au mur. Aubert obligé pendant un éclair de dégager son bras gauche de la taille de Mariette, pour saisir l'archer qu'il menaçait de son épée, Mariette glissa sur le sol et s'évanouit. Aubert l'enjamba et, saisissant l'archer, l'étrangla et le jeta au sénéchal.

Celte résistance superbe faisait tourner une fois de plus l'opinion des manants. Ils aimaient la force, ils n'aimaient pas les archers; peutêtre allaient-ils donner du renfort à leur seigneur et acclamer le sire de Cauny, (juand celui-ci, voulant garantir mieux Mariette, se fendit en avant; par malheur, il glissa dans le sang qui mouillait les dalles, ne put se retenir et, craignant de tomber sur Mariette étendue, se rejeta de côté et s'écroula à côté d'elle.

Une fois à terre, il ne put se relever; entouré, saisi, garrotté dans des liens qui lui coupaient la chair, il ne put que hurler :

— A moi, mes amis! secourez-moi, tuezmoi ! tuez-moi donc!

On emportait Mariette évanouie; les serfs.

LK IMlIiNCE DES SOTS 121

n'osant plus choisir, suivaient les archers, et le bailli, resté presque seul avec les morts, les blessés et le sire de Cauny, lui disait paternellement :

— Messire, je suis confus pour vous. Je ne sais comment monseigneur envisagera votre résistance inqualifiable à un usage immémorial. Vous ne pouvez arguer d'ignorance. En consentant à devenir son feudataire, vous saviez les charges qui devaient peser sur vous, comme vavasseur. C'était à vous de décliner l'offre du fief de Cauny. Le sang a coulé; vous avez blessé plusieurs archers, représentant l'autorité seigneuriale... Tous aurez à répondre de cette rébellion devant le grand bailli de Nogent.

Le sénéchal se tenait sur le seuil, il eut son tour :

— La vassale est en mon pouvoir, dit-il, ma mission est terminée. Quant à vous, vilains qui êtes rentrés dans le devoir, je veux bien vous faire grâce du droit de prise et me contenter d'une taxe de vingt sous d'or. Seulement j'exige que cet or soit à l'effigie de Charles V, l'or de

122 LK l'I'.INCE nr.S SOTS

(•c règne-ci ne valant que moitié, à cause de l'alliage prati({ué sous la minorité de notre sire. J'ai dit.

Il remonta à cheval et s'éloigna.

— Vingt sous d'or ! criaient les paysans en larmoyant. Mais c'est notre ruine.

— Dieu vivant ! vociférait Aubert en appelant ses vassaux, vous n'avez donc pas de femmes, de filles, de sœurs? Qui êtes-vous dono, lâches, (ils des Jacques? Est-ce de l'argent qu'il vous faut? fouillez dans mon escarcelle, prenez pour les frais de la guerre, car nous irons enlever le château de Beauté ! Allons ! déliez-moi; je vous armerai, nous partirons... Hélas! ajouta le sire de Gauny en regardant autour de lui... ils sont partis sans moi; mais ce n'est pas pour me venger!

Désespéré, il se débattait vainement dans ses liens, quand un petit pâtre blotti dans un coin s'approcha avec compassion.

— Tous ne sont pas partis, messire, dit-il à demi-voix.

— Qui es- tu?

— Un de vos bergers.

L K l'I'.IiSCE DES SOTS 123

— As-tu un couteau?

— Oui.

Et l'enfant coupa les liens du colosse. Quand celui-ci fut debout :

— Messire, reprit le pâtre, s'adressant à un ancien pâtre, si j'osais vous donner un conseil...

— Parle.

— Je vous recommanderais de faire à trois reprises un cercle autour de vous et de crier : « — Monseigneur Satan, je vous requiers de venir « à mon aide. » Il viendrait.

Aubert le superstitieux secoua la tête; il trouvait le conseil bon; pourtant il dit dans sa fureur, en tendant le poing fermé :

— Je suis Satan, el je ferai une terrible diablerie.

Le petit pâtre n'attendit pas un remerciement ; il eut peur et s'évada.

M Al TUE C. O.M.N

11 t'St niiiuiit, sorcière. Enfourclie ton balai. Ils sont tous rassembles, là-bas sous le grand or Satan est avec eux, montant son bouc énorme.

Aubert Le Flamenc, remis sur sesjamb( poussa une porte et, après avoir écarté épais rideau de toiles d'araignées, péné dans une salle dont les fenêtres, restées tières, interceptaient Tair qui entrait libre ailleurs et entretenaient une forte odeu moisi. Si les vitres étaient intactes, elles ét;^ couvertes d'une coucbe de poussière qi jour ne pouvait traverser. Aubert, l'ho superstitieux que nous connaissons, se se.

nuil à Taise au milieu d'une obscurité qu'aggravait une odeur suiïocanle. Si brave tout à riieure, le colosse tremblait comme un enfant. Des ombres passaient devant ses yeux effarés, revêtant des formes diverses. Un moment il crut apercevoir Mariette et le sénéchal. Alors il courut pour saisir l'une et frapper l'autre. Mais il ne put atteindre que le vide. Dans sa rage, il fit voler une porte en éclats, et par cette issue il arriva dans une grande salle, l'ancienne salle des vassaux, où il crut respirer une odeur de soufre qui ne pouvait être que l'atmosphère du sabbat.

— Oh ! murmura-t-il avec terreur.

Puis, brusquement, il ajouta :

— Eh bien, si je dois voir Satan, j-^ ^■"' demanderai ma vengeance ! Plus de ces terrt indignes de moi! je donne mon âme pour la vie de ce duc infâme ! Le misérable ! Il pres;se peutêtre dans ses bras ma belle Mariette. Allons! ne reculons pas.

11 traça autour de lui le cercle fatidique avec son épée et prononça d'une voix qui tremblait :

126 Lt: l' Il IN CE Di:S SOTS

— Monseigneur Satan, je vous requiers de venir à mon aide !

Puis il écouta ; ses oreilles bourdonnaient, mais aucun son distinct ne lui répondit.

— Pourtant, murmura-t-il, il est certain que l'enfer entend toutes les imprécations, comme le ciel entend toutes les prières.

Il fit quelques pas, en secouant avec colère ses jambes qui flageolaient, et il répéta d'une voix plus haute :

— Monseigneur Salan, je vous requiers de venir à mon aide !

Tout à coup, ô prodige ! il lui sembla qu'une lumière, un follet, brillait dans le lointain.

— Serait-ce, se dit-il en claquant des dents, le diamant que Satan porte au front ?

Il entendit presque aussitôt un dialogue évidemment infernal :

— La gueule de l'enfer s'ouvre-t-elle toute large ? demanda une voix caverneuse.

— Oui, maître, répondit une autre voix non moins sépulcrale.

— Et la chaudière des damnés?...

— Elle est ardente el profonde, tous le^

maris de l'enfer y entreraient sans la remplir.

Cette allusion à ses malheurs conjugaux aurait pu le mettre en méfiance; mais Aubert ne s'élonna pas que l'enfer connût déjà ses tortures.

Une sueur froide perlait sur son front.

Il vit alors des formes vagues, fantasques, qui cheminaient vers lui. Mais c'étaient vraiment les fantômes hideux, tels que les Lanire, les Leloyer et autres célèbres démonographes du xv siècle dépeignent les conseillers de Satan. Deux cornes au cou, une autre au front, les cheveux hérissés, le visage pâle, les yeux ronds et enflammés, une barbe de bouc, le corps mal bâti , les mains et les pieds semblables, pointus et armés d'ongles ressemblant à la serre d'un oiseau de proie, enfin ' comme complément une queue d'âne : tel était l'aspect des principaux démons apparus.

— Mon sang se glace! se disait tout bas ' Aubert.

Puis s'excitant :

— Pense à ta femme, misérable couard î reprenait-il.

128 LE l'IllNCE DES SOTS

Et la rage lui rcndanL du cœur, il cria encore et à pleins poumons :

— Monseigneur Satan, je vous requiers de venir à mon aide !

Un silence profond se fit d'abord, puis un murmure qui alla en augmentant et qui finit par éclater en un rire sonore, diabolique.

— Voilà un sabbat quelque peu bouffon! se dit Aubert.

Tandis qu'il regardait la bande de Satan, un démon cornu, barbu, qui s'était glissé derrière lui, tourna et se trouva face à face. Il était recroquevillé sur lui-même, en paquet comme un cul-de-jatte, mais peu à peu il se dégagea, se leva, grandit, tout noir, et demanda :

— Qui m'appelle? Est-ce toi, profane?

— C'est moi! répondit Aubert Le Flamenc qui ne bronchait plus.

Le diable parut beaucoup plus étonné que celui qui l'évoquait, car, au risque de se trahir, il murmura avec un petit ricanement':

— Oh ! oh ! la plaisante aventure ! voilà une rencontre qui abrège ma besogne, il n'y a qu'à moi, Gonin, qu^* pareille chose arrive !

— Morbleu ! l'enfer est plus gai qu'on ne dit, à ce que je vois, reprit le pauvre Aubert, agacé par ce ricanement.

Rappelé à la dignité de son rôle, le diable se tint magistralement et dit d'une voix qui paraissait sortir d'un tombeau :

— Tu parles haut, l'ami; donc lu as peur. Flassure-toi. Entre gens cornus, la confiance est demandée. Je suis venu sans tourbillon de flammes, parle-moi comme à un mortel; que veux-tu?

— Ali ! monseigneur, faut-il vous confier ma honte ? Vous-même avez fait allusion...

Aubert toucha son front.

— Oui, oui, je sais. Louis d'Orléans t'a fait épouser une dame de haut rang, pour lequel mariage on a fait un charivari à la cour...

— Oui, oui... il suffit.

— Le même Louis d'Orléans vient de te faire enlever ta femme, pour qu'elle lui tienne compagnie au château de Beauté, qu'il habitera pendant quelques jours. Que veux-tu?

— Je veux ma femme. .

— Bien.

— Je veux me venger, luer le ravisseur; je veux que l'enfer me fasse toutes les avances possibles sur ma future damnation.

— Tu demandes beaucoup pour peu de chose. Ta damnation? dis-tu. J'y perdrais. Le duc d'Orléans fait damner la moitié de la France, j'ai sur lui de plus beaux desseins. Et puis, c'est un prince dévot, bien que licencieux, 11 porte sur lui une côte de saint Denys que sou frère bai a donnée. Je ne peux rien contre cette défense. Terminons. Je te rendrai ta femme.

— Rien que cela ? que voulez-vous en retour ? cela suffit-il pour perdre mon ame?

— Qui te parle de ton âme? Prends ta i femme; je ne pose qu'une condition : tu t'en- \ fuiras avec elle le plus loin que tu pourras, et j prends garde qu'elle revoie jamais le duc d'Orléans.

— Oh ! par la mort! n'en doutez pas; mais le temps presse.

— Ah! oui, pauvre homme, suis-moi donc.

— A pied?

— Non, en chariot avec mes diables, qui sont de bons diables.

— Mais je croyais qu'il vous suffisait d'un mot pour nous transporter là- bas ou pour taire revenir ma femme ici,

— Vieux moyens usés ! l'enfer n'emploie lésormais que des moyens naturels. Suis-moi.

Le sire de Gauny le suivit; mais il se disait mentalement :

— C'est singulier, monseigneur Satan marche comme moi, et il ne sent ni la poix ni le soufre, ^ue m'importe! s'il tient sa promesse.

C'est ainsi que l'incrédulité naît dans les œurs, quand ils sentent la nécessité d'être ^connaissants d'un acte de foi.

Page 1