LA SOTIE
CrTico à Satan, ce jour va coniMor mon espoir.
Dans un des appartements situés au premier étage du castelfleiironné, blasonné, ajusté d'arabesques et contourné de balconnades, appartement dont le luxe correspondait à l'ornementation du dehors, reposait sur un lit oriental un jeune homme, accoudé sur un coussin, dans une attitude méditative. Il regardait mélancoliquement une admirable jeune femme endormie, dans un fauteuil, à quelques pas de lui. Cette jeune femme courait le risque d'une vengeance terrible, tandis que l'heureux vo-
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iiptueux, pour qui elle s'exposait, n'éprouvait >our elle en ce moment que ce que tout lomme, fùt-il don Juan, ressent devant une ;réature vraiment belle, dont tout le corps est m poème pour les sens.
La pensée du rêveur errait au milieu des •uines du manoir de Cauny, dont on distinguait à peine la masse noirâtre sur le sommet ointain, et dont la vieille tour s'estompait sur e bleu clair du ciel, comme un nuage grisâtre.
La beauté de ce jeune homme recevait un ittrait exceptionnel de la tiède et molle trisesse répandue sur sa physionomie, ordinairenent souriante. Implacablement sceptique en imour, il se trouvait maintenant sous le îharme d'un rêve, enfanté parle souvenir de la 'éalité disparue.
Sa barbe et ses cheveux n'avaient pas reçu eur accommodement ordinaire. Lui, si soigneux de sa personne, si attentif au moindre îcart de ses vêtements, à la moindre négli- >ence dans sa parure, n'avait pas songé à sa oilette.
Son front élevé, ses grands yeux, entre .le
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])leii et le vort glauque, d'une douneur cliaimanto el d'une expression presque inconuuf aux fiers cnlanls de l'Occident, avaient un altraii tout-puissant sur les femmes qu'il Iraliissail sans remords, sans ingratitude, persuadé que l'amour n'est qu'un jeu du hasard, patrimoine du plus habile et du plus inconstant. Il avait en beaucoup de maîtresses et n'avait jamais aimé.
Sa taille souple et parfaitement prise annonçait la grâce, la force et l'ardeur. Mais, dans ce moment, la grâce était alanguie, la force vaincue; l'ardeur seule le tordait silencieusement dans un rêve, à la poignante pensée de savoir sa chère Mariette au pouvoir du rude soldat auquel il ne l'avait cédée que pour mieux la reprendre.
Pour la première fois, Louis d'Orléans étail jaloux; — donc il aimait ou était bien près d'aimer.
Sans doute, il ne faudrait pas comparer cet amour à celui d'Abailai^d pour Iléloïse, bien que le savant fût inférieur de beaucoup à la savante; mais, entre Isabeau de Bavière, l'inas-
soiivie et la trop sentimentale Marguerite de Ilainaiit, la repentante Mariette d'Angliuien, gardait ou reprenait la saveur d'une chasteté encore à séduire, et le prince la désirait, comme s'il ne l'eût pas possédée.
D'Orléans, dont l'abandon de Mariette à Aubert Le Flamenc devait être simulé, en ce sens que l'honneur de celle-ci fût sauvé et que l'enfant dont elle serait mère eût un père, était loin de penser à se séparer d'elle pour longtemps, pour un jour. Après l'avoir fait enlever par son sénéchal, il comptait bien la garder pour lui seul, sachant les mesures à prendre pour éloigner au besoin Tex-capitaine de ses arbalestriers du toit conjugal.
Mais la résistance d'Aubert, à main armée, la mise en déroute d'une compagnie d'archers, dont cinq de blessés dangereusement, le tout corroboré par la fuite de Mariette, contrariaient ses plans.
Marguerite lui avait tout révélé, ou croyait lui avoir tout dit, non sans des reproches violents. Aux reproches d'une femme amoureuse il avait répondu par des caresses, et les femmes senti-
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iiicntalcs sonl ciéduics. MargucriLo s'cLaiL apaisée sous les baisers, endormie sous les arguments, et Louis se renversait mélancolique, quand tout à coup un éclair lui traversa l'esprit.
Est-ce que le sénéchal ne lui ménageait pas une surprise?
Est-ce qu'on ne lui avait pas promis de la musique?
L'homme frivole s'éveilla de sa rêverie et réveilla Marguerite de son sommeil. Il la trouva belle et, s'enivrant de son regard, il relégua de nouveau dans un pli de son cœur l'image de madame de Cauny. La duchesse se couvrit d'un long voile, et bientôt les deux amanls, avec l'imprudence de la toute -puissance, entrèrent dans la salle des banquets, changée en salle de spectacle.
Le public, composé de douze à quinze personnes, acclama le couple, et la musique commença.
Elle n'était pas trop discordante, pour une musique du xv' siècle. Elle fut le prélude, et la Gueule d'enfer s'ouvrit pour livrer passage à un enfant bizarrement coslumé.
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— C'est le prologue ! dit le sénéchal.
— Il a belle apparence, repartit le duc. L'assistance eut un « Oh ! » expressif d'admiration.
La porte du cabinet s'entr'ouvrit. Les lêlcs de Mariette et du moine, qu'on ne pouvait voir, puisque les spectateurs leur tournaient le dos, apparurent une seconde.
— Savez-vous qui est celte femme? demanda le regard du moine.
— Non, fit Mariette d'un mouvement de tète.
Madame de Cauny rentra vite dans sa cachette. Le moine resta, et le prologue commença :