PRÉFACE U
mettant au jour ce livre très curieux, très pittoresque, très remarquable, un des plus forts qu'il ait écrits.
Je le répète, le Prince des Sots fat composé sous l'émotion qu'inspira Notre-Dame de Paris. Le moyen âge, si glorieusement évoqué par Victor Hugo, enivra toute la génération. Gérard de Nerval voulut, lui aussi, en disciple fervent, reconstituer la partie du vieux Paris que le maître n'avait pas mise en lumière.
Le roman commence par une séance de la Cour d'amour à l'hôtel Saint-Pol, et se termine rue Barbette, par le meurtre dont Jean Petit, un des personnages du roman et de l'histoire, fit l'apologie.
Une grande variété d'épisodes, de détails sur les mœurs, les coutumes, les costumes, l'ameublement, une- science prodigieuse, une vision en arrière, très nette, de l'esprit très fin, des trouvailles de mots, à travers un style simple et une intrigue émouvante, de la gaieté, delà fantaisie, de la passion; telles sont les qualités essentielles de ce livre.
11 est dans la poétique rigoureuse et vigoureuse de 1830. Gérard sait l'histoire. Tous ses héros ont un nom dans les chroniques; mais sa
X l'RÉl'ACI':
familiarité avec l'iiistoirc l'aulorisc à des substitutions des rôles, souvent vraisemblables, (juelquefois bien audacieuses.
L'éloge que Théophile Gautier adressait au mystère de la Gueule d" enfer pout s'étendre au roman tout entier. L'archaïsme en est saisissant. Toutefois, Gérard de Nerval avait écrit ou commencé d'écrire celte œuvre, quand il était tiède encore de son embrasement de bousingot. L'ennemi des bourgeois, en 1830, reste sympathique aux truands, aux lils des Jacques et des Maillotins ; on s'étonne d'entendre vibrer certaines notes de revendications sociales, qui, je dois me hâter de le dire, ne dénaturent pas le sujet et n'en changent pas la date historique.
Ce qu'il y a de particulièrement remarquable, au contraire, dans cette étude, c'est le sentiment juste, l'intelligence exacte du moyen âge. En 1830, le goût du gothique avait précédé la connaissance et la science de cet art. Gérard de Nerval s'y appliqua. J'ai été émerveillé de la quantité de lectures, de recherches, d'observations, d'induelions nécessaires pour écrire ce roman très compliqué, très érudit, très amusant. J'ai songé aussi avec mélancolie à son inutilité pour la gloire et pour la vie de ce pauvre Gérard,