‹ Le Prince des sotsChapitre 27 sur 37 · I.r, l' RINCE I)i;S SOTS · texte numérisé non relu

I.r, l' RINCE I)i;S SOTS

— Oh! oh! lit le moine qui s'élait exécuté, un sou parisis.

— Ce n'est pas tout, tendez encore la main !

— Ilum ! hum ! Quatre écus au porc-épic, non rognés!

— Tendez toujours.

— Trois francs à cheval! Aii ! voilà de quoi vous alléger de bien des péchés.

— Passés et à venir?... Alors prenez tout sans compter, car j'en ai gros sur la conscience, et je ne suis pas au bout.

Le moine ne pouvant plus suffire avec ses mains avait relevé sa robe pour recueillir les libéralités du prince des sots; mais quand il voulut les introduire dans son escarcelle, il ne la trouva plus.

— Je vois ce qui vous manque, reprit Gonin, et je ne veux pas faire les choses à demi, Yoilà l'escarcelle désirée.

— Ah ! maître fourbe, vous m'avez joué.

— Je vous avais prévenu, mon père.

— Avec de pareils tours on va droit à l'édifice que voilà.

— Le pilori est un théâtre comme un autre,

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lo plus Id'Mii ( adrc à grimaces qu'on puisse imaginer. Les tèlesen saillie sont d'un effet grotesque, qui a doiini'; à nos architectes l'idée des iiiascaroiis. Mais la mienne ne s'y montrera jamais.

■ — Corbleu ! s'écria le moine, — puis réprimant ce juron qui pouvait trahir des antécédents militaires : — Corps de Dieu saint! Vous méritez pourtant ])ien ce cadre-là? mais la protection de madame la reine retarde votre gambade suprême à la potence.

— De comédien devenir pantin, ce serait déchoir.

— Bah ! qu'importe, quand on meurt, de mourir perpendiculairement ou horizontalement?

— Vous prenez la chose avec philosophie, mon père, ce n'est pas là un propos de moine; quel est votre nom ?

— Mon nom de religion ?

— Oui, votre nom de théâtre?

— Frère Sachet, de l'ordre des capucins.

— Et moi prince des sots, je me nomme Gonin, et vous?

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— Jean Pelit.

— Jean Pelit! Je m'en doutais. Farouche à la ciiaiie, au l'ond un orateur d'esprit. Pourquoi farouche ?

— Parce que je vis pour haïr, et que je veux communiquer la haine à mes auditeurs.

Jean Petit avait rejeté en arrière sa cagoule et montrait une face crevassée, illuminé d'yeux étincelants.

— Oui, oui, je le sais, vous détestez profondément d'Orléans, repartit Gonin.

Il ajouta, à part lui :

— En voilà un que la nature a grimé de la belle façon. (Jiiel masque à emprunter pour un de nos mystères !

Gonin changeait quatre fois de masque dans certains mystères, d'où 'est venu le dicton de diable à quatre.

— Adieu, mon père, reprit-il tout haut, je suis obligé de vous quitter pour préparer la représentation de ce soir.

— Mais moi je ne vous quille pas, mon frère, reprit le moine gravissant Pcscalier derrière Gonin; j'ai encore à vous parler.

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(Jii;iii(l l(i Iraiicisraiii iH le piiiicL' des sols se liouvèiont face à face sur le lliéâlre, les yeux des suppliciés qui étaient au pilori comme à une première place s'écaïquillrreiil deslupél'aclion devant ce spectacle imprévu; la loue était précisément en rotation.

— Compère, levez les yeux du i'ot(' du piluii, dit le moine. Ilegardez cette tète blonde surmontée d'un écriteau i)ortant ce nom Richard Carpalin.

— Parfaitement, répondit Gonin. Carpalin ! je me rappelle ce nom. Est-ce que ce serait le [ils de ce grotesque personnage qui aurait eu tant de succès sur mon théâtre et à qui le duc d'Orléans avait enlevé sa femme? Voilà la progéniture de l'ex-sire de Cauny bien lotie, ce jeune homme ne doit pas avoir plus de quinze ans. Qui l'a amené là?

— La vengeance! dit le moine d'une voix sourde. Le Carpalin que vous avez connu est mort. Sa femme lui avait été enlevée une seconde fois. Il voulait la chasser, pour lui avoir donné un enfant qui ne pouvait être de lui. Mais il s'était ravisé, et cet homme simple,

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inspiré par l'esprit de vengeance, avait élevé l'enfant, le bâtard de d'Orléans, dans la haine de ce dernier... N'est-ce pas une bonne comédie, prince des sots, le fils armé contre le père! Pierre Carpalin n'a en eftet qu'une quinzaine d'années; mais il a été élevé durement et vaut un homme pour la force et la décision. Seulement il n'a pas su se contenir... assez, il n'est condamné que pour outrages au frère du roi... Patientons !

— Mon père, je comprends vos regrets de le voir tant puni, pour si peu; mais je me demande ce que vous pouvez souhaiter de moi.

— Voici ; je sais quel est votre crédit auprès de madame la reine et de monseigneur de Bourgogne, ce qui paraît inconciliable, mais ce qui est. Il s'agit uniquement à cette heure de la protection de madame la reine, pour tirer ce jeune homme des mains de messire le prévôt, afin qu'il puisse remplir la mission sacrée dont son père l'a chargée... celui qu'il croit être son père.

— Mais c'est un pacte avec le diable, — car je suis le diable, — que vous me proposez?

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— Jt' le suis.

— l'.oiiiiiie lui j'ai besoin d'àmes.

— Je le sais, repartit le moine avec énergie.

— Soit, je vous servirai, mon père. Seulement un ordre de la reine arriverait trop tard, pour épargner la fustigation.

— Uli ! il ne faudrait pas qu'il arrivât avant. Le fouet est un merveilleux stimulant.

— Yoilà de la charité chrétienne.

— Puis-je compter sur vous, prince des sots?

— Certes oui, puisquej'aurai besoin de vous.

— C'est dit, adieu, mon frère.

— Adieu, mon compère.

Gonin entra dans ses arcanes et le moine descendit les degrés. Après avoir rabattu sa cagoule, il traversa une masse de curieux qui avaient quitté le pilori pour les tréteaux et pour jouir de ce prologue original d'un franciscain dialoguant avec le prince des sots sur le devant du théâtre des Enfants sans souci.

Coquillart le boutïon, qui s'était assis discrètement à l'écart, se leva pour exécuter son boniment :

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11 commença par cette chanson :

Lorsque je bois ce vin bcaunois Si vous saviez ce que je vois, Si vous saviez ce que je crois...

Paris et ses blanches maisons Me semble un troupeau de moutons Et les clochers sont les bergers Qui les conduisent par la plaine

Boire à la Seine.

Mais auprès de l'eau, quel danger !

Trois loups sont là pour les gruger, Trois loups sont là pour les manger.

Dans l'île au milieu le Palais, Aux deux bords les deux Chàtclets.

— Elle est bonne, la chanson! ditGuérin- Bûisson, qui badaudait devant les tréteaux.

— On sait ce que cela signifie! ajouta Bournichon.

— Moi, dit Lescalopier, je crois que c'est vous deux qui y mettez malice.

Un autre assistant, qui avait la mine d'un provincial, marmotta timidement :

— Je ne comprends pas ; qu'est-ce qu'il veut dire avec sa chanson !

— il est de la Beauce, celui-là! ghipit un amin, roule ta bosse.

La fuulc accueillit ce lazzi par dos rires bruyants.

— Silence! fit loul à coup Coquillait. Le I)rince des sots va parler lui-iuênie.

En effet le l'ou du peuple, non du roi, s'apprêtait à se faire entendre.

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