N" XI
Saint-Cloud , 18 novembre 1813.
Mon fils.
J'ai reçu votre lettre sur la situation des esprits en Italie. J'envoie a Gênes le prince d'Essling avec 3,000 hommes tirés de Toulon. Je vous ai envoyé aujourd'hui un ordre pour la formation de plusieurs sixièmes bataillons. Vous y aurez vu que vous pouvez compter sur un renfort de 15 a 16,000 hommes, et qu'en outre 40,000 hommes seront réunis avant le i" janvier à Turin et h Alexandrie. On fera encore de plus grands
efforts. Dans ce moniciil, loul est ici en mouvement. Ne vous laissez point abattre par le mauvais esprit des Italiens. Il ne faut pas com|)ter sur la reconnaissance des peuples. Le sort de l'Italie ne dépenj pas des Italiens. J'ai déjà 600,000 hommes en mouvement. Je puis employer là-dessus 100,000 hommes pour Fltalie. De votre côté, remuez-vous aussi. Écrivez au prince Borghèse Il me semble que la grande-duchesse et le général Miollis pourraient envoyer des colonnes dans le Rubicon. J'ai envoyé le duc dOlrante à Naples pour éclairer le roi et l'engager à se porter sur le Pô. Si ce prince ne trahit pas ce qu'il doit à la France et h moi, sa marche pourra être d'un grand effet.
Votre afTectlonné [»ère, Napoléon.
W XII L'Empereur au prince Eugène.
Saint-Cloud , 20 novembre 1813.
Mon fils,
Je viens de dicter au général Danthouard ce qu'il doit faire à Turin, Alexandrie, Plaisance etMantoue; il vous fera connaître mes intentions. ,
11 ne faut point quitter l'Adige sans livrer une grande bataille , les grandes batailles se gagnent avec de l'artillerie; ayez beaucoup de pièces de 12. Etant à portée des places fortes, vous pourrez en avoir autant que vous voudrez. Vous n'avez plus rien a craindre d'une diversion sur les derrières, puisque l'artillerie ne passe nulle part. Mettez 200 hommes et six pièces de canon à Brescia, 'a la citadelle. Ayez des barques armées, qui vous rendeoi
alisolumenl inailie du lac île Pcschiera, du lac de Lugano, du lac Majeur et du lac de Côme. Faites construire de bonnes redoutes fraisées et palissadées sur le plateau de Rivoli et qu'elles battent le chemin de Vérone, sur la rive gauche de l'Adige. Faites construire des ouvrages du côlé de Montébello {ce dernier mot est effacé et remplacé de la main de l'Empereur par la Couronne).
Si vous êtes a temps, occupez les hauteurs de Caldiero et faites-y faire des redoutes; coupez les digues de l'Alpon et inondez le bas Adige. Enfin, la grande manœuvre serait d'attaquer l'ennemi en concertant les moyens de passer rapidement, et sans qu'il le sût, par Mestre. Cette manœuvre concertée en secret, et avec les grands moyens que vous avez, pourrait vous donner des avantages considérables.
Votre affectionné père,
Napoléon.
N" Xlll.
Lettre d'envoi du tjénéral Danthouard au prince Eugène.
Sans date.
Monseigneur,
J'ai l'honneur d'adresser a V. A. l. une copie des instructions que l'Empereur m'a dictées et que j'ai écrites a la volée. Je pense que V. A. est déjà au courant de tout cela, mais il y a des articles intéressants. J'ai écrit comme l'Empereur parlait. Tl y a eu ensuite une conversation d'une heure. Il est déjà passé 5,000 conscrits pour Alexandrie, et il yen a 7,000 passés de Piémont en France.
Je n'ose m'exprimer sur ce que je pense des travaux militaires du Mont-Cenis ; il faudra une division pour les
garder si on les acijèvo; mais je [»arie (jn'il en sera jmhu' ce point comme j)Oiir Pescliiera.
V. A. I. verra que je suis encore loin d'elle pour plu-" sieurs jours. Je ne sais comment le prince Borghèse prendra ma mission ; mais s'il la prend bien, je la ferai bien ; s'il la prend mal, je ne pourrai la remplir en entier. L'Empereur m'a dit de lui rendre compte directement et et en même terajts m'a ajouté : « Tout ce que vous allez faire étant pour le vice-roi, vous le préviendrez de tout ce qui sera nécessaire. »
Je prie V. A. I. de m'adresser ses ordres à Turin pour ces premiers jours ; il est probable que je n'irai à Plaisance qu'après Casai, en passant par Milan.
J'ai l'bonneur d'être avec un profond respect, Monseigneur,
De YotreAltesse, le très-bumble et dévoué.
Comte Dantuouard.