‹ Le prince Eugène en 1814Chapitre 12 sur 51 · N" XIV · texte numérisé non relu

N" XIV

Ordres el instructions dictés par l'Empereur, le 20 novembre 1813, à onze heures du matin [*].

Danlbouard m'écrira du Monl-Cenis oii en est la forteresse, si on peut l'armer, si elle est a l'abri d'un coup de main, etc.

II verra le prince Borgbèse qui doit avoir reçu la copie de l'ordre que j'ai signé hier, ayant deux buts, ou qui la lui fera voir.

Premier but. — 1" L'envoi de 18,000 hommes de renforts à l'armée d'Italie sur la conscription des 120,000 hommes. Ces 18,000 hommes sont fournis aux 0 corps

(*) Ce sont les ordres prétendus tirûiés à Munich. "

qui forment larmée d'Italie, à raison de 700 iiommes ^• total, 4,200 hommes. Plus, 800 hommes à prendre au dépôt du lo6* pour le 92* ; en tout, 5,000 hommes, et en 7,000 hommes qui font partie des régiments qui sont îj l'armée d'Italie et dépôts au delà des Alpes. Enfin, en 600 hommes du dépôt du lo6" régiment pour le 36" léger, OOOhommes pour le 1 33% 600 hommes pour le 232% etc. ; total, 16,000 hommes.

Au reste, le prince Borghèse lui remettra le décret qui est Irès-détaillé afin qu'il en ait pleine connaissance pour l'exécution de ses ordres.

Il reconnaîtra : 1" si les conscrits sont beaux hommes et forts, s'assurera de la quantité, si la désertion a occasionné des pertes, et combien, etc.

2° Il s'informera du directeur de l'artillerie s'il a les armes pour ces 16,000 hommes.

3° Il s'assurera si l'habillement, grand et petit équipement, sont prêts, ou quand ils le seront, etc.

4° Ces 16,000 hommes sont destinés aux l*"" et 2*= bataillons de l'armée d'Italie; mais j'ai en outre une armée de réserve de 30,000 hommes par décret d'hier (19 novembre), et à prendre sur la levée des 300,000 hommes. Ces 30,000 hommes se lèveront en Provence, en Dauphiné, Lyonnais, et seront réunis à Alexandrie h la fin de décembre.

Il faut voir si les armes sont prêtes ainsi que l'habillement ou bien si les mesures sont prises pour cela, pour ces 30,000 hommes. Ces 30,000 hommes formants divisions seront incorporés, pour la 1"' division, dans les 4* et 6*^ bataillons de l'armée d'Italie, le 4' bataillon existant a Alexandrie. Le vice-roi fera former lescadresdes 6 bataillons et les enverra de suite ;i Alexandrie. 2° La 2' division sera formée dos bataillons qui ont

leur dépôt en Piémont. Plusieurs retournent h la grande armée, en sorte qu'il ne faut compter que sur la moitié; il faut donc former les cadres en remplacement et les diriger sur ces dépôts.

3° La 3"= division sera formée de 11 a 12 cinquièmes bataillons, dont les 27* et 28^ divisions militaires.

La 1" division recevra 9,000 )

La 2^ division recevra 7,500 j 22,000 hommes.

La 3^ division recevra 5,500 )

Indépendamment de ces trois divisions, je forme une réserve en Toscane des 3^, -4% 5* bataillons du 112'' régiment, des 4*, 5^ bataillons du 35^ léger, qui reçoivent 2,500 hommes sur la levée des 300,000 hommes.

Plus, je forme une réserve a Rome des 3% 4^ bataillons du 22^ léger, des 4% 5'' bataillons du 4' léger, des 4% 5'' bataillons du 6"= de ligne, qui recevront 3,000 hommes sur les 300,000 hommes, non compris ce qu'ils reçoivent des 120,000 hommes; total, 28,000 hommes.

Il reste 2,000 hommes pour Tartillerie d'Alexandrie,

Turin, pour les sapeurs, les équipages Je veux une

artillerie pour l'armée de réserve.

J'ai envoyé le prince d'Essling a Gênes avec 3,000 hommes de gardes nationales levées depuis un an a Toulon. Il est possible que je lui confie le commandement de l'armée de réserve; mais s'il est totalement hors d'état de le remplir a cause de sa poitrine, j'y enverrai probablement le général Caffarelli.

Ainsi donc, avant le l*"" janvier, le vice-roi recevra 16,000 hommes des 120,000 hommes pour recruter les trois premiers bataillons des régiments, tout cela de l'ancienne France; il n'y aura ni Piémontais, ni Italiens, ni Belges ; plus 30,000 hommes de l'armée de réserve ; total, 46,000 hommes réunis d'ici au mois de février.

tous vieux Français el âgés de 23, 24, 25, 26, 27, 28, 2i?, 30, 31, 32 ans.

Le principal soin doit être de former les 6" bataillons el de tirer des corps pour former les cadres dont nous manquons et qu'on ne peut créer.

Le roi de Naples m'a écrit qu'il marche avec 30,000 hommes. S'il exécute le mouvement, l'Italie est sauvée^ car les troupes autrichiennes ne valent pas les Napolitains.

Le roi est un homme très brave, il mérite de la considération: il ne peut diriger des opérations, mais il est brave, il anime, il enlève et mérite des égards. Il ne peut donner de l'ombrage au vice-roi; son rôle est à Naples, il n'en peut sortir.

Danlhouard me rendra compte de l'état dans lequel se trouve la citadelle de Turin, son armement, ses magasins de guerre et de bouche, son commandement, les olïiciers du génie, de l'étal-major, etc., etc.

il me rendra le même compte sur Alexandrie, en joignant le calque des ouvrages; il me fera rapport sur les olficiers, l'état-major, etc.

Même rapport sur la citadelle de Plaisance. On me parle de la citadelle de Casai ; il s'y rendra, et me rendra compte si cela vaut la peine d'être armé et approvisionné Si le vice-roi avait enfermé dans les places les fonds de dépôts comme quartiers-maîtres, ouvriers, etc., il faut les retirer, il faut même évacuer tout ce qui, dans ce genre se trouve a Mantoue; on y a même enfermé le 5' bataillon en dépôt du 'S^ léger-, j'ai donné des ordres pour que ce dépôt reçoive 000 conscrits a Alexandrie ; Danlhouard se fera rendre compte où cela en est, el que cela soit dirigé d'Alexandrie; ensuite que le dépôt major, ouvriers, si)ieni h Plaisance juyur recevoir ce qui revient de la

grande armée et orgtiniscr un bataillon. Daiithouaid Uouvera a Alexandrie 700 hommes |»our le !3' de ligne. Le vice-roi a enfermé le dépôt à Palma-Nova; ces 700 hommes vont se trouver seuls. J'ai ordonné d'en former le 6'^ bataillon. Il faut que le vice-roi fournisse quelques oHîciers, et le prince Borghèse formera le cadre. J'ai ordonné qu'un demi-cadre du 13*= soit envoyé de Mayence, mais jusqu'à l'arrivée, il faut pourvoir a la réception, organisation, instruction, et mettre ce bataillon à la citadelle d'Alexandrie. Danlhouard trouvera à Plaisance le dépôt du 1)*= bataillon des équipages militaires. Il faut diriger tout l'atelier, lematériel, les magasins sur Alexandrie, qui est une place sûre.

Si les approvisionnements des citadelles de Turin et d'Alexandrie n'étaient pas complets, il faudrait en rendre compte au prince Borghèse, pour qu'il y pourvoie de suite.

Danthouard donnera des ordres en forme d'avis pour tout ce qu'il croira nécessaire d'après mes intentions, et me rendra compte des ordre qu'il aura donnés.

il faut que les fortilications soient en état, fermer les gorges en palissades, voir ce qui est nécessaire pour les parapets et banquettes 'a rétablir, etc., etc., porter une grande attention sur les inondations. Comi)le-t-on dans le pays sur l'inondation du Tanaro, et la résistance du pont écluse?

Un régiment croate de 1,300 hommes et GOO chevaux à Lyon. Je donne ordre à Corbineau de faire mettre pied à terre et d'envoyer cette canaille sur la Loire, et de donner 300 chevaux a chacun des deux régiments 1" hussards et 31' chasseurs.

Je vais m'occuper de la cavalerie pour 1 armée d'Italie: r J'envoie a Milan tout ce qui appartient au 1 -' de hus-

— QG —

sards el 31' de chasseurs; 2" je vais y envoyer deux bons régiments de dragons d'Espagne et 1,200 chevaux chacun.

J'ai ordonné que toutes !es troupes italiennes de la grande armée se rendent à Milan ; il y a 4,000 hommes. Même ordre pour les mêmes qui sont en Aragon et en Espagne; il y a 6,000 hommes, tout cela est en marche. J'ai ordonné a Grouchy de se rendre a l'armée d'Italie. Il est un peu susceptible, mais le vice-roi fera pour le mieux. Le vice-roi peut avoir grande confiance en Zucchi ; j'en ai été très-content.

Il ne faut pas donner du crédit a Pino, il faut élever en crédit Palombini et Zucchi et soutenir Fonlanelli. L'expérience m'a prouvé que l'ennemi s'occupe particulièrement de gagner les généraux étrangers que nous portons en avant et leur accorder crédit et confiance. Ainsi de Wrède pour qui j'ai tout fait a été tourné contre moi, mais il est mort ('). Les trois généraux que j'indique peuvent être mis en avant en ce moment et annuler Pino.

Il faut que les approvisionnements des places soient pour six mois. Je désire que Danthouard examine Saint- Georges et me dise sur quoi je puis compter.

Opcraliovs.

Le vice-roi ne doit pas quitter l'Adige sans une bataille. Il doit avoir de la confiance; il a 40,000 hommes, il peut avoir 120 pièces de canon, il est sûr du succès. Quitter l'Adige sans se battre est un déshonneur. Il vaut mieux être battu.

Il faut qu'il y ait beaucoup d'artillerie, il ne doit pas en

(*) On croyait alors en France que le prince de Wrède était mort des suites de sa blessure à la bataille d'IIanau.

manquer à Manloue et Pavie, Il n'y a que les attelages qui pourraient manquer; mais les dépôts sont trop voisins pour que l'on ait besoin de traîner beaucoup de caissons. Ce n'est pas comme l'armée attaquante qui est obligée a avoir avec soi ses deux approvisionnements. II faut une réserve de 18 pièces de 12 pour un moment décisif. L'attelage bien nécessaire est celui de la pièce et d'un caisson et demi, il n'est pas nécessaire d'attelages réguliers pour les affûts, les forges, les rechanges, etc., lorsque l'on est aussi prêt de ses places et dépôts.

Lorsqu'il verra venir la bataille, il doit avoir 150 à !200 pièces. Je n'attache pas d'importance à la perte des canons, si les chances de prises peuvent être compensées par les chances de succès.

Je suppose que la demi-lune de la porte de Vérone à Caldiero est établie et armée-, en cas contraire, il faut l'établir sur-le-champ et l'armer avec du 8 et du 12 en fer ou mauvais aloi à tirer de places, puisque l'on n'a pas occupé Caldiero, qui était la véritable position. J'avais dans le temps fait établir cette demi-lune.

L'occupation des hauteurs de Caldiero, couvertes d'ouvrages de campagne, ne peut être forcée TAlpon en avant. On doit y être sans inquiétude. La Rocca-d'Anfo barre le seul chemin par où l'on puisse venir avec de lartillerie. Il y faut deux chaloupes armées pour le lac-, il faut deux ou trois barques armées pour le lac de Como. Il faut tirer des marins de la côte pour ce service, et s'il y en a pas en demander au prince Borghèse, de Gênes, oii il se trouve des marins de l'ancienne France. Il faut 3 à iOO hommes dans la citadelle de Bergame et de Brescia Quelques poignées d'hommes de gardes nationales pour l'intérieur de la ville et deux mauvaises [)ièces a la citadélie.

ï\ faut lies bateaux armés pour les lacs de Mauloue, cl iju il y ail un lieutenant de vaisseau de le vieille France pour chef ; il faut rester maître de tous les points des lacs.

11 faut se maintenir en communication avec Brondolo par la rive droite de l'Adige. Il faut a Rivoli une bonne redoute palissadée, armée de canons, ce qui rend impraticable la grande route de Vérone.

Il faut occuper le Montebaido, et un ouvrage a la Corona.

Il faut alors que l'ennemi passe l'Adige, et je ne vois pasdediffîcultés à couper les digues de l'Alpon et même les digues de l'Adige sous Legnago a Chiavari (en batardeau). Il faut des bateaux armés sur le lac Majeur et sur le lac de Lugano, sans violer les Suisses. Il y a un point au royaume d'Italie. Dans ces situations inforçables, il ne faut pas quitter sans une bataille; une manœuvre que j'indique, que je ne conseille pas, que je ferais, serait de passer par Brondolo-sur-Mestre, et de forcer sur Trévise ou la Piave avec 30,000 hommes-, il ne manque pas de moyens de transports a Venise. Je la ferais, mais je ne conseille pas, si on ne me comprend pas. On obtiendrait des résultats incalculables. L'ennemi opère par Conégliano et Trévise ; on le coupe, on le disperse, on le détruit, et s'il faut se retirer, on le fait sur Malghera et l'Adige. Mais je ne conseille pas cette manœuvre hardie; c'est la ma manière, mais il faut comprendre et saisir tous les détails et moyens d'exécution, le buta remplir, les coups

a porter, etc., etc L'armée serait {S. M. en est

restée là court) .

Si le vice-roi perdait la bataille et abandonnait l'Adige, il a la ligne du Mincio qui n'est pas bonne, mais qu'il faut préparer d'avance pour s'en servir pour un premier moment de retraite et voir venir; ensuite l'Adda. le Tes-

sin, elc. , etc. Je pense que forcé sur le Tessin. li doit se jeter sur Alexandrie el la Boquelle. 11 serait h Alexandrie renforcé par l'armée de réserve, sa ligne d'opération serait par Gênes.

Je préfère défendre Gênes au Monl-Cenis jjarce que d'Alexandie cl Gênes il protège davantage la Toscane. Au cas de retraite il faudra prévenir les garnisons de Turin el du Mont-Cenis, el celle du Simplon qui doit se retirer sur Genève que je fais mettre en défense.

Quand bien même le vice-roi quitterait le Mincio et TAdda, la grande-duchesse doit restera Florence; l'ennemi ne peut y envoyer un délachement de son armée. D'ailleurs si la Grande-Duchesse était forcée, elle se replierait sur Naples.

La présence du prince d'EssIing avec 3,000 hommes a Gênes, où les dépôts se forment, et les marins assurent la place. D'ailleurs les Génois ne sont pas Autrichiens.

Il n'y arien a craindre des Suisses; s'ils étaient contre nous ils seraient perdus. Ils sont bien loin de se déclarer aujourd'hui quoi qu'on dise. Enfin, passé février, je serai en mesure, et j'enverrai d'autres lenforts. J'ai en ce moment 800,000 hommes en mouvement, etc. L'argent ne me manque pas.

Si les autorités italiennes étaient obligées d'évacuer Milan, elles se retireraient a Gênes.

Dans tout ceci, j'ai fait abstraction du roi de Naples, car s'il est fidèle à moi, a la France el a l'honneur, il doit être avec 25,000 hommes sur le Pô. Alors beaucoup de dispositions sont changées.

Je connais parfaitement les positions-, je ne vois [)as comment l'ennemi passerait l'Adige. Quand bien même l'ennemi se porterait d'Ala sur Monlebaido, il ne peut y

conduire d'ailillerie sur la Corona. Il y a de superbes positions où j'ai donné ma bataille de Rivoli.

L'infanterie autricbienne est méprisable; la seule qui vaille quelque chose est Tinfanterie prussienne. A Leipzick, ils étaient 500,000 hommes, et je n'en avais que 1 10,000^ je les ai battus deux jours de suite, etc., etc.

Il faut un pont sur le Pô au-dessous de Pavie vers Slradella. Il faut faire travaillera la citadelle de Plaisance.

Si j'avais su sur quoi compter pour l'artillerie , j'aurais vu si je devais aller en Italie; dans tous les cas, on peut laisser ébruiter que j'irai en Italie, etc., etc.

Page 1