N° XXVI
Le prince Rugrne à ta princesse yiuguste.
Vérone, 28 janvier 1814,
Giftlinga est revenu aujourd'hui de Naples. Le roi est décidément contre nous, et il sera à Bologne d'ici à quelques jours-, je vais donc me préparer a un mouvement sur le Mincio, pour être de là plus a portée de passer le Pô, et donner sur le nez des Napolitains, si l'occasion s'en présente.
Il faut penser sérieusement a ton voyage, quoique je sois certain de pouvoir toujours te prévenir. Rien ne peut t'empêcher de passer par Turin, le col de Tende et Nice pour aller a Marseille; la route de Gênes serait peut-être moins sûre, à cause des Anglais, qui sont toujours lelong des côtes.
Tu feras bien de dire à Triaire de faire j)artir pour Ai.v ou pour Marseille mes caisses de livres et de cartes topographiques.
Adieu, ma bonne Auguste.
Eugène.
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iV XXVÎl
Le prince Eugène à l' Empereur .
Vérone, 29 janvier 1814.
Sire,
Les mauvaises intentions du roi de Naples étant tout à fait déclarées, j'ai l'honneur d'informer Votre Majesté qu'il me devient impossible de conserver ma position sur TAdige. Il n'a pas encore commencé les hostilités, il attend pour cela la ratificailon de son traité-, mais ce traité est signé, et les vedettes napolitaines sont placées sur le Pô et sur l'Enza, comme si l'attaque devait commencer d'un jour a l'autre. Votre Majesté voit donc que ma droite est déjà dépassée ; ainsi dans trois ou quatre jours je serai obligé de me porter sur le Mincio. Si les Napolitains font un mouvement rapide sur Plaisance, ce mouvement devant être combiné avec une attaque de front, je serai forcé d'abandonner le Mincio et de me retirer a Alexandrie. Je ne puis me dispenser de laisser 8,000 hommes h Mantoue, 3,000 a Peschiera, et 2,000 a Legnago Ainsi, des 36,000 hommes d'infanterie que j'ai maintenant, il ne m'en restera pas 25,000 quand je serai à Alexandrie, et je ne crois pas exagérer quand je dirai a Votre Majesté qu'environ la moitié de ces hommes est de Rome, de Toscane, de Gênes ou du Piémont, gens sur lesquels il est impossible de compter.
Votre Majesté m'a ordonné de me retirer, en cas de besoin, sur les Alpes ; j'ose la prier de vouloir bien préciser davantage cette instruction, dans le cas où je devrais repasser ces montagnes ou en défendre les passages. De-
pois la Bochetla jusqu'au Monl-Cenis, un grand nombre de routes Iraversenl les Alpes, el si je devais en défendre lous les débouchés, je serais obligé de l'aire beaucoup de petits détachements, et je n'aurais pins d'armée. // peut cependant entrer dans les vues de Votre Majesté que je me porte en France avec le peu de troupes que j'aurais conservées. Dans cette supposition je [)rélV'rerais suivre la route de Grenoble plutôt que celles qui conduisent à Nice ; car, en me portant sur cette dernière ville, je m'éloignerais davantage de Votre Majesté; je m'exposerais!» trouver Nice et les passages qui y conduisent, occupés par des troupes qui auraient pu débarquer dans ces parages, el d'ailleurs l'armée ennemie qui m'aurait suivi pourrait, en forçant le Mont-Ceuis, qui est peu susceptible de résistance, arriver a Grenoble en même temps (jue j'arriverais a Nice, et me couper bientôt toute communication avec Votre Majesté. Je (a supplie donc de me faire connaître, le plus tôt possible, ses ordres très-précis, el elle peut être sûre que je les exéculerai ponctuellement.
Signé Eugène Napoléon.
N"XXVIIl.
Proclamation aux peuples d' Italie (*).
Peuples du royaume d'Italie.
Depuis trois mois nous avons été assez heureux pour
(*) Ces deux proclamations sont copiées sur les originaux envoyés par la reine de Suède. Elles diffèrent dans quelques expressions de celles qu'on trouve dans l'ouvrage de M. Vaudoncourt qui a dû les retraduire d'après une traduction anglaise , ainsi qu'il le dit lui-même.
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j)véscïver d'une invasion ennemie la plus grande partie de votre territoire.
Depuis près de trois mois les Napolitains nous ont solennellement promis leur secours. El comment aurionsnous osé nous défier de leurs promesses? Leur souverain est uni par les liens du sang au grand homme auquel , lui et moi, nous devons tout, et ce grand homme est aujourd'hui moins heureux!
Confiants dans la parole des Napolitains, il nous a donc été permis d'espérer que les efforts que nous avons faits jusqu'à ce moment ne seraient pas perdus, et que l'ennemi serait bientôt obligé de se retirer au delà de notre frontière.
Peuples du royaume d'Italie, le croiriez-vous ? les Napolitains, eux aussi, trompent aujourd'hui tous nos vœux et toutes nos espérances !
Cependant c'est en se présentant comme alliés qu'ils ont pénétré sur notre territoire, et qu'il leur a été libre d'occuper plusieurs de nos départements !
Cependant nous les avons accueillis comme des frères ; nous leur avons ouvert avec empressement et nos magasins, et nos caisses publiques, et nos arsenaux, et nos places.
Et pour prix de cette confiance, pour prix de nos sacrifices, c'est sur la ligne même oii leurs armes devaient s'unir aux nôtres qu'ils tendent la main à l'étranger, et lèvent contre nous leurs étendards !
L'inexorable histoire dira sans doute un jour toutes les intrigues, tous les ressorts qu'il aura été indispensable de faire mouvoir pour égarer a ce point un souverain déjà trop distingué par sa vaillance pour ne pas posséder aussi toutes les autres vertus d'un soldat.
Peuples du royaume d'ilalie, nous ne le dissimulons point, la défection des Na()olitains a cruellement augmenté les diffîeultés de notre situation ^ mais nous ne craignons pas de le dire aussi : plus notre situation est <lifïicile, et plus notre courage doit s'agrandir.
Vous vous rallierez donc autour du fils de votre souverain ; vous vous confierez dans la justice et la sainteté de votre cause ^ vous marcherez à la voix de celui qui vous porte tous dans son cœur, et qui n'a jamais eu d'autre ambition, vous le savez, que de concourir de tous ses moyens à l'accroissement de votre gloire et à l'affermissement de votre prospérité.
Italiens! seuls ils sont immortels, même dans l'estime et dans les annales des nations étrangères, ceux qui savent vivre et mourir fidèles a leur souverain et à leur patrie , fidèles à leurs devoirs et à leurs serments, fidèles à la reconnaissance et à l'honneur.
Donné à notre quartier général , à Vérone, le 1" février 181/i.
Eugène Napoléon.