N° XXIX
Proclamation à r armée,
Soldats de l'armée d'Italie,
Depuis l'ouverture de la campagne, vous avez supporté de grandes fatigues, vous avez donné à l'ennemi de grandes preuves de votre valeur, et à votre souverain de grandes preuves de fidélité.
Mais combien ils sont glorieux les prix (jue vous avez
déjà reçus de vos généreux efforts ! Vous avez conquis l'estime de l'ennemi, vous avez obtenu les récompenses de l'Empereur, et vous pouvez vous enorgueillir au fond de vos âmes d'avoir longtemps préservé de toute invasion ennemie la plus grande partie du territoire italien et un grand nombre de départements français.
Soldats , des espérances d'une paix solide et prochaine s'élèvent de toutes parts. Je les crois fondées.
Cependant le jour du repos ne s'est pas encore levé pour vous.
Un nouvel ennemi se présente.
Quel est cet ennemi? — Quand je vous l'aurai fait connaître, vous refuserez d'ajouter foi à mes paroles -, et votre incrédulité, que j'ai longtemps partagée, sera pour vous un nouveau titre de gloire.
Les Napolitains nous avaient solennellement promis leur alliance. Sur la foi de leurs promesses, ils ont été reçus dans le royaume comme des frères ; ils ont été admis, non-seulement à occuper plusieurs de nos départements, mais même a partager avec vous toutes nos ressources.
Ils sont entrés comme frères, et ils étaient nos ennemis ! Ils sont entrés comme frères, et c'est pourtant
contre nous qu'ils avaient préparé leurs armes!....
Soldats, je lis dans vos âmes toute votre indignation, et je sais ce qu'un sentiment d'indignation dont la cause est si noble, peut ajouter à votre noble vaillance.
Les Napolitains ne sont pas non plus invincibles ! Peutêtre même compterons-nous des amis dans leurs propres rangs. Certes si le sentiment de la loyauté peut-être égaré, qui doute qu'un instant de réflexion ne suffise pour le rallumer et lui rendre tout son empire?
ïl est dans les iroupes napolitaines un grand nombre ■de Français : ils abandonneront bientôt des drapeaux <|u'eux aussi ont crus fidèles à leur souverain et h leur patrie; ils se réuniront à vous, ils trouveront au milieu de vous les mêmes grades qu'ils ont acquis par leurs services : vous les recevrez comme des amis-, vous les consolerez par votre accueil de la déplorable défection dont ils n'ont pas mérité d'être victimes.
Français! Italiens! je compte sur vaus. Comptez sur moi. Vous me trouverez partout où votre intérêt et votre gloire auront marqué ma place.
Soldats, voici ma devise : Honneur et fidélité.
Que cette devise soit aussi la vôtre; avec elle, et à l'aide de Dieu, nous triompherons encore de tous nos ennemis.
Donné à notre quartier général , à Vérone, le 1" février 1814.
Eugène Napoléon.