‹ Le prince Eugène en 1814Chapitre 23 sur 51 · N^ XXX · texte numérisé non relu

N^ XXX

Le roi de Naples au prince Eugène.

Bologne, 2 février 1814.

Monsieur mon cher neveu,

J'ai reçu hier sur la route d'Ancône, la lettre deV. A. I. Je vous réitère encore la promesse que vous avez reçue, de ne point commencer les hostilités sans vous en avoir prévenu, et je fais des vœux bien sincères pour que la

paix, si nécessaire au monde, vienne m'épargner la douleur d'en venir aux mains avec les troupes de Y. A. I., avec mes compatriotes.

Mais je ne puis prendre le même engagement pour les troupes du comte de Bellegarde, dont j'ignore entièrement les projets.

Je vous prie d'ajouter foi a tout ce que j'ai dit h votre officier d'ordonnance, sur les sentiments d'amitié que je vous conserve toujours. Je vous prie de présenter mes hommages k S. A. I. la vice-reine.

Votre affectionné oncle et frère, Signé Joaclîim Napoléon.

(P. 5. de la main du roi.)

Soyez assez bon, mon cher Eugène , pour me rappeler au souvenir de V Empereur, et pour lui parler de ma douleur; je verse des larmes en vous écrivant ce peu de mots. Je VOUS' embrasse bien tendrement.

N» XXXI Le prince Eugène au roi de Naples.

Mantoue, 4 février 1814.

Sire,

Mon officier d'ordonnance, le chef d'escadron Corner, me remel h l'instant la lettre que V. M. m'a fait l'honneur de m'écrire le 2 de ce mois. Je m'empresse de la remercier de la promesse qu'elle veut bien me renouveler

de ne point commencer les hostilités sans m'en avoir prévenu d'avance , et j'y compte entièrement.

J'ai vu par la lettre de V. iM., et surtout par le peu de mots qu'elle a ajoutés de sa propre main, combien elle est peinée de la situation dans laquelle elle se trouve. Ces combats, qui s'élèvent dans son âme, ne m'ont point étonné; mais j'en ai lu les expressions avec un attendrissement bien profond. Il était impossible, en effet, que V. M. pût supporter sans douleur la pensée de voir des ennemis dans ces mêmes Français qui se sont toujours honorés de la compter parmi leurs concitoyens! Que V. M. écoute donc la voix de sou cœur, qu'elle repousse des conseils dont les résultats ne seraient que des regrets amers pour elle^ qu'elle temporise encore quelque temps .L'Empereur a quitté F^aris. Dans peu de jours, le temps des dangers ou du moins des incertitudes sera passé, et V. M. pourra trouver la politique d'accord avec les sentiments de son cœur.

V. M. voit que je suis sur le Mincio. Elle doit sentir aisément combien j'ai été peiné d'être obligé d'abandonner l'Adige. La nécessité de ce mouvement , auquel le maréchal Bellegarde n'était point en état de me forcer et les... {un mot illisible dans la minute) de V. iM., m'ont obligé de faire connaître aux peuples d'Italie et à l'armée, par une proclamation , les motifs de la démarche que j'ai dû faire.

J'espère que V. M. sentira que je n'ai pu agir autrement, et qu'elle n'en agréera pas moins l'assurance de mes sentiments pour elle.

Je suis, etc.

EiGÈNE Napoléon.

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