N" XLIV
VEmpereur au prince Eugène.
Nangis, 18 février 181').
Mon fils,
J'ai reçu votre lettre du 9 février; j'ai vu avec plaisir les avantages que vous avez obtenus ; s'ils avaient été un peu plus décisifs et que rennerai se fût plus compromis, nous aurions pu garder l'Italie. Tascher vous fera connaître l'état des choses ici : j'ai détruit l'armée de Silésie, composée de Russes et de Prussiens ; j'ai commencé hier à battre Schwarzenberg; j'ai, dans ces quatre jours, fait 30 a 40,000 prisonniers, pris une vingtaine de généraux, 5 a 600 officiers, 150 a 200 pièces de canon et une immense quantité de bagages; je n'ai perdu presque personne -, la cavalerie ennemie est à bas, leurs chevaux sont morts de fatigue, ils sont beaucoup diminués; d'ailleurs ils se sont trop étendus.
Il est donc possible, si la fortune continue a nous sourire, que l'ennemi soit rejeté en grand désordre hors de nos frontières et que nous pussions alors conserver l'Italie. Dans cette supposition, le roi de Naples changerait probablement de parti.
Votre père affectionné,
Napoléon.