‹ Le prince Eugène en 1814Chapitre 44 sur 51 · N» LXVI · texte numérisé non relu

N» LXVI

Copie d'une lettre du prince Eugène au roi de Naples [incluse dans la précédente).

Mantoue, 23 mars 1814.

Sire,

V. M. aura su le résultat de la conférence quia eu lieu entre ses commissaires et le général Zucchi au sujet de la proposition que l'Empereur m'avait autorisé a lui faire, d'après ses propres ouvertures. Les commissaires de V. M. ^n\ paru d'abord être arrêtés par l'idée que les pouvoirs

dont j'avais investi le général Zucchi étaient insuflisants;, ils étaient cependant aussi étendus que ceux que j'avais reçus moi-même. Mais comme ces mêmes pouvoirs que l'Empereur m'a donnés sont sous la forme d'une simple instruction, et que vos commissaires ont exprimé le désir qu'ils fussent contenus dans un instrument spécial, ostensible et signé par l'Empereur, je prends de suite a cet égard les ordres de S. M.

En attendant la réponse de l'Empereur, V. M. jugera sans doute convenable de suspendre tacitement de part et d'autre toute opération. Mais avant de donner moi-même aucun ordre, j'attendrai la réponse qu'elle voudra bien elle-même me faire a ce sujet. Je ne puis terminer cette lettre sans témoigner a V. M. combien il m'a été sensible et pénible de voir une différence aussi grande entre les propositions de vos commissaires et les assurances que vous vous plaisiez h donner à l'Empereur de votre attachement à sa personne.

Je suis, etc.

Eugène Napoléon.

N» LXVÏI. Le prince Eugène d la princesse Auguste,

Mantoue, 23 mars.

Je le répondrai demain sur tes idées de rester a Alexandrie ou a Mantoue pour tes couches. Cette dernière idée me sourit beaucoup au premier abord. Il y aurait pourtant de terrible l'idée de le laisser sans aucune espèce de communication si je me retirais. Ce matin je suis très-occupé, car j'ai a rendre compte a l'Empereur des tentatives faites auprès du roi de Naples.

Après avoir donné les plus grandes protestalions d'amitié et d'attachement a l'Empereur, il prétend m'obligea à faire passer les Alpes a toutes les troupes françaises, et alors, dit-il, il s'entendra avec nnoi. Comme je connais l'homme, tu sens bien que je ne me mettrai jamais eu position d'être à sa disposition.

Quel épouvantable traître !

Même date, au soir (*),

Tu es bien certainement la plus admirable des femmes l

Plus j'ai pensé a ton idée de rester a Mantoue, et plus je trouve cela convenable et sublime.

Nous causerons de tout en détail ensemble, et il me tarde tant de t'embrasser que je t'envoie demain Triaire. Tu pourrais partir dimanche.

Ton idée était admirable, mais jamais je n'aurais osé te pro|)oser celai

Je t'attends avec impatience.

Eugène-

rs" Lxvm.

Le prince Eugène à F Empereur (**).

Mantoue, 8 avriU814.

Sire, D'après les dernières nouvelles de France, je crois devoir dépécher auprès de V. M. l'un de mes aides de camp. Je le charge de faire connaître à V. M. la position

(*) La vice-reine étant venue le surlendemain s'enfermer dans Mantoue pour y faire ses couches, la correspondance entre les deux époux s'arrête à cette date.

(**) Cette lettre n'arriva à Paris qu'aprPs l'abdication de l'Env pereur.

do son armée dîlalie, et de rapporter les inslruelions qu'elle aurait a me donner. Malgré les forces très-supérieures de lennemi (puisque le marcclial Bdlegarde a une armée de 70,000 hommes, le roi de Naples 24,000, et les Anglo-Siciliens 8,000), l'armée de V. M. en Italie occupe toujours la ligne du Mincio et celle du Taro, et les troupes chargées de la défense de Gênes ont leurs postes en delà de Sestri-de-Levante. Les principales forces de l'armée sont sur le Mincio. Mon aide de camp le général Gifilinga est chargé de faire connaître verbalement à V. M. le détail de nos positions et mes projets d après les différents mouvements que l'ennemi pourrait faire.

Je suis, etc.

EiJGÈïNE Napoléon.

N" LXîX

Le roi de Bavière au prince Eugène.

Munich, le li avril 1814.

Mon bien-aimé fils,

Jusqu'ici je n'ai pu qu'approuver, mon cher ami, la loyauté de votre conduite; je dis plus, elle m'a rendu fier d'avoir un tel fils. Actuellement que tout a changé de face, comme vous le verrez par l'imprimé ci-joint, vous pouvez quitter la partie sans vous déshonorer. Vous le devez a votre femme et à vos enfants.

Un courrier, qui m'est arrivé cette nuit, m'a apporté la nouvellequeMarmonta passécheznousavec6,000hommcs d'infanterie, 2,000 che\au\, toute vieille troupe, et vingt

pièces de canon. Les maréchaux ont forcé l'Enopereur, qui est k Fontainebleau, d'abdiquer en lui déclarant queson armée ne voulait plus lui obéir. Il s'est décidé à condition que l'impératrice serait régente et le roi de Rome empereur; Ney, Macdonall et Caulaincourl sont arrivés h Paris avec cette proposition au nom de l'armée. On attendait l'arrivée de l'empereur d'Autriche pour leur donner une réponse ; elle sera, je crois, négative, vu qu'on s'est déjà trop prononcé pour les Bourbons.

Les alliés vous veulent lous du bien, mon cher Eugène, profitez de leur bonne volonté, et songez a votre famille.

Une plus longue retenue serait impardonnable.

Adieu , mon cher fils, je vous embrasse avec Auguste et vos enfants. La reine en fait autant.

Votre bon père ,

Max. Joseph.

L'impératrice Joséphine est partie le 29 pour Navarre.

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