‹ Le prince Eugène en 1814Chapitre 45 sur 51 · ANNEXE · texte numérisé non relu

ANNEXE

J'avais joint à ce recueil quelques notes explicatives; mais les lacunes qui existaient dans la première édition se trouvent remplies dans celleci par de nouveaux documents. Ils sont tellement serrés et concluants^ que toute explication devient inutile.

Mais je crois faire plaisir à ceux qui me liront en T'cmplaçant ces notes par quelques pièces relatives à la princesse Auguste. On sait que l'Empereur, l'homme du monde le moins prodigue d'éloges, la nommait la princesse (a plus belle et la plus vertueuse de son temps. On peut ajouter que ces paroles résumaient l'opinion de tous les contemporains.

Le duc de Raguse lui-même s'exprime ainsi k ce sujet (Vol, II, p. 57<) ;

(( Je fus de Ihk Milan, voir Eugène Beauharnais qui » y exerçait les fonctions de vice-roi d'Italie. Il venait » d'épouser une princesse de Bavière de la plus grande -" beauté, modèle de douceur et de vertu. 11 faut être Tob- " jet de la prédilection du ciel pour trouver une pareiiie )) femme, aussi accomplie de toutes manières, lorsqu'on » est marié par des combinaisons de la politique. »

Combinée en effet par la politique^ cette union n'en fut pas moins une des plus heureuses; jamais couple ne fut mieux assorti. Voici quelques lettres que l'Empereur adressa à la jeune vice-reine dans les premières années de son mariage. Les sentiments d'affection et de haute estime qui y sont exprimés expliquent la jalousie qui a toujours animé le reste de la famille contre cette princesse.

L' Empereur à la princesse Augusie, vice-reine d' Italie.

Stuttgard, le 19 janvier 1806.

Ma fille ,

La lettre que vous m'avez écrite est aussi aimable que vous. Les sentiments que je vous ai voués ne feront que s'augmenter tous les jours ; je le sens au plaisir que j'ai de me ressouvenir de toutes vos belles qualités , et au besoin que j'éprouve d'être assuré fréquemment par vous-même que vous êtes contente de tout le monde, et heureuse par votre mari. Au milieu de toutes mes affaires, il n'y en aura jamais pour moi de plus chères que celles qui pourront

assurer le bonheur de mes enfants. Croyez, Auguste, que je vous aime comme un père, et que je compte que vous aurez pour moi toute la tendresse d'une fille. Ménagezvous dans votre voyage ainsi que dans le nouveau climat oii vous arrivez, en prenant tout le repos convenable. Vous avez éprouvé bien du mouvement depuis un mois. Songez bien que je ne veux pas que vous soyez malade (*). Je finis, ma fille, en vous donnant ma bénédiction paternelle.

Napoléon.

Paris, 5 février 1806.

Ma fille ,

J'ai appris avec plaisir que vous êtes arrivée en Italie et assez bien portante pour pouvoir encore faire le voyage de Venise i mais ce qui m'a été tout a fait sensible, c'est de voir dans votre lettre les assurances du bonheur dont vous jouissez. Je prends un intérêt bien grand à tonte votre vie ; vous en êtes persuadée, et je ne me suis point trompé en espérant que vous seriez heureuse avecEugène. Croyez bien que si je n'avais pas eu cette opinion j'aurais, dès le moment que je vous aurais connue, sacrifié mon intérêt politique à vos convenances. Votre lettre, ma bonne et aimable Auguste, est pleine de ces sentiments délicats qui vous sont propres. J'ai ordonné qu'on vous arrangeât une petite bibliothèque; perfectionnez votre éducation en lisant beaucoup de bons livres, afin d'être tout h fait parfaite. J'imagine que madame de Wurmb (") est

(*) La princesse Auguste venait d'épouser le prince Eugène et était en route pour Milan.

(**) Madame de Wurmb était la gouvernante de la princesse Auguste, et ne l'avait point quittée depuis sa plus tendre enfance.

avec vous. J'espère que l'Impératrice vous envoie des modes, el que vous me direz aussi ce que je puis vous envoyer qui vous assure que je m'occupe de vous, et de tout ce qui peut vous être agréable à vous et à Eugène.

Reposez-vous. Il y a ici beaucoup de maladies; je ne sais pas s'il y en a autant en Italie.

Je finis, ma fille, en vous recommandant mon peuple et mes soldats; que votre bourse soit toujours ouverte aux femmes el aux enfants de ces derniers ; vous ne pourrez rien faire qui aille plus a mon cœur.

Recevez, ma fille, etc.

Napoléon.

Saint-Cloud, 2 juin 1806.

Ma fille,

J'ai reçu votre lettre du 26 mai. Je conçois la solitude que vous devez éprouver, vous trouvant toute seule au milieu de la Lombardie ; mais Eugène reviendra bientôt, et l'on ne sent bien que l'on aime que lorsqu'on se revoit ou que l'on est absent. On n'apprécie la santé que lorsqu'on a un peu de migraine ou lorsqu'elle vous quitte. Il est d'ailleurs utile, a beaucoupd'égards, qnevous voyiez un pou de monde et que vous vous dissipiez. Tout ce qui m'est revenu d'Italie m'apprend que vous menez une vie beaucoup trop sage. Je n'entends pas parler de madame de Wurmb; j'imagine qu'elle est auprès de vous et que vous l'aimez toujours. Je reçois toujours avec plaisir de vos nouvelles ; je m'en informe de ceux qui viennent d'Italie, et il m'est bien agréable d'entendre que tout le monde wous trouve parfaite.

Votre bien affectionné père,

NaI'OLÉON.

Saint-Cloud, aoùl 1806.

Ma fille.

J'ai lu avec plaisir voire lettre du 10 août. Je vous remercie de tout ce <|ue vous me dites d'aimable. Vous avez raison de compter entièrement sur tous mes sentiments. Ménagez-vous bien dans votre état actuel, et lâcbez de ne pas nous donner une fille. Je vous dirai la recette pour cela, mais vous n'y croirez pas : c'est de boire tous les jours un peu de vin pur.

Enfin, toutes les affaires du continent s'arrangent, et j'espère vous envoyer avant peu de jours des instructions pour votre voyage avec Eugène, qu'il faut faire bien lentement pour ne point vous fatiguer.

L'impératrice m'a remis la lettre que vous lui avez écrite pour votre grand'mère. J'ai donné les ordres les plus positifs, et j'espère qu'a Ibeure qu'il est elle est satisfaite. Vous aurez appris aussi que nous avons bien traité votre tante. Le prince votre frère se comporte fort bien, il travaille beaucoup. Je crois qu'il veut faire un voyage dans le midi de la France pour voir les ports de la Méditerranée. J'espère que votre arrivée le fera revenir plus tôt qu'il ne pense.

Votre affectionné père ,

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