DOCUMENTS
Lettre du roi de Bavière, Maximilien- Joseph, au prince Eugène.
Nympheubonrg, le 8 octobre 1818.
Mon bien-aimé fils,
Vous connaissez mieux que personne, mou bien cher ami, la scrupuleuse exactitude avec laquelle j’ai rempli mes engagements avec la France, quelque pénibles et onéreux qu'ils aient été. Les désastres de la dernière campagne ont surpassé tout ce qu'on pouvait craindre ; cependant la Bavière est parvenue à lever une nouvelle armée, avec laquelle elle a tenu en échec jusqu’ici l’armée autrichienne, aux ordres du prince de Reuss. Cette mesure couvrait une partie de ma frontière, mais laissait h découvert toute la ligne qui court le long de la Bohême, depuis Passau jusqu’à Egra, ainsi que toute la frontière de la Franconie, du côté de la Saxe. J’ai attendu d’un moment à l'autre que cette immense lacune du système défensif fût remplie, mais mon attente a été vaine. Les princes voisins, comme le roi de Würtemberg, ont refusé tout secours, sous prétexte qn'ils avaient besoin de leurs forces pour eux-mêmes. L’armée d’observation de Ba-
vière a reçu une autre destination et n‘a jamais suivi aucune espèce de correspondance avec le général de Wrède. On a laissé le temps aux troupes légères ennemies d’occuper sur les derrières de l’armée, tout le pays entre la Saal et l’Elbe, d’y détruire divers corps français et de se rendre redoutable à mes frontières, aux réserves deBenningscn , de gagner la Bohême, d'où elles sont k portée de se jeter, sans trouver d’obstacle ni de résistance, sur mes provinces en Franconie ou dans le Haut-Palatinat, et de lit sur le Danube, opération qui ne laisserait d'autre retraite k Wrède, de son propre aveu, que les gorges du Tyrol, et laisserait h découvert le reste de mes États. Je serais forcé de le3 quitter avec ma famille, dans un moment où il serait le plus dangereux d’en sortir. Dans une situation aussi critique, et presque désespérée, il ne m'est resté d'autre ressource que de me rendre aux instances vives, réitérées et pressantes des cours alliées de conclure avec elles un traité d’alliance. Je crois avoir remarqué k cette occasion, avec assez de certitude pour me croire fondé k vous le dire, que les Autrichiens ne seraient pas éloignés de se prêter du côté de l’Italie k un armistice sur le pied de la ligne du Tagliamento. C’est votre père, et non le roi, qui vous dit ceci, persuadé que vous saurez allier vos intérêts avec ce que vous devez k l’honneur et k vos devoirs.
J’ai, comme bien vous pouvez croire, fait rendre le chiffre de l'armée au ministre de France, sans en prendre copie. Je vous prie de même d'être persuadé que les malades qui sont dans mes hôpitaux seront traités k mes frais et renvoyés libres chez eux. Il en sera de même des individus français et italiens qui se trouveront en Bavière.
J’espère, mon cher Eugène, qne nous n’en serons pas moins attachés l’un k l’autre, et que je serai peut-être k
même de vous prouver par des faits que ma tendre amitié pour vous est toujours la même. Elle durera autant que moi.
Je vous embrasse un million de fois en idée.
Votre bon père.
Max. Joseph.
La reine vous embrasse.