LA COUR A SA1NT-CL0UD
Majestés se rendent à la salle de spectacle où PsycJié, avecla musique de Lulli, estinterprétée parM"Tavart, M. Delaunay et la Comédie-Française, dansée par M'" MourawiefT et le ballet de l'Opéra.
L'Impératrice porte une robe de tulle blanc, garnie de roses-thé; de ses épaules tombe un long manteau de cachemire rouge, brodé de soutaches d'or avec des pampilles au centre. Quand éclatent les premières fusées du feu d'artifice qui suit le spectacle , elle désire, au bras du Roi d'Espagne, quitter la terrasse où la cour est réunie, aller en pleine foule, suivie seulement d'une dame d'honneur et du duc de Mouchy. Si pressé est le flot de ceux qui veulent l'acclamer et l'admirer que son manteau est en lambeaux quand elle regagne le Palais, où le souper est servi dans la galerie des Glaces.
Les enfants de troupe sont familiers du château, les jeunes sociétaires des œuvres charitables y ont été admis ; c'est au tour des lycéens d'être appelés aux Tuileries. Cent trente élèves de Paris et de "Versailles choisis parmi les premiers de la classe de septième, dont le prince suit le programme, sont reçus le 25 janvier 1865, jour de la Saint-Charlemagne, par l'Impératrice et le petit Prince.
Après un dialogue de circonstance dit par des élèves de Louis-le-Grand, les rideaux d'une scène dressée dans la salle du Premier Consul s'écartent et Robin, le fameux physicien, commence ses tours les plus
LE PRINCE IMPEIllAf.
inerveilicux. A la prcslidi^^ilalion succède une splen- (lidc collation couronnée de toasts. — « A mes jeunes camarades ! Aux enfants de la France ! » répond le I*i"ince, en levant son verre.
L'anniversaire du IG mars n'avait encore été fôté (|ue dans l'intimité du cliàteau. M'"" la Princesse Matliilde veut, elle aussi, célébrer la naissance de son cousin et donne, en son honneur, une représentation extraordinaire sur « le tliéàtre impérial de la rue de Courcelles ». Le Maître d'école, de Lockroy, y est joué par «une troupe de jeunes artistes n'ayant encore paru sur aucune scène ».
L'auteur a dirigé les études, fait répéter chaque jour les débutants qui ont noms : Joseph et Louis Primoli, Jules Espinasse, Marguerite et Léonie du Sommerdrd, Maurice Bouquet, Emmanuel Jadin. Les figurants sont choisis parmi les enfants de troupe du r'" Grenadiers.
Les jeunes artistes se retrouvent le lendemain au banquet qui réunit trois cents amis du Prince Impérial dans la galerie de Diane. A la même heure, des gâteaux sont distribués à travers les salles d'asile.
Ce jour-là encore, le roi de Danemark, désireux d'affirmer ses sympathies pour la France, fait remettre à Ihérilior de la couronne le grand cordon de l'Eléphant.
L'Empereur, en (Quittant Paris pour ce triomphal voyage d'Algérie qu'on baptisa « une conquête paci-
LES TUILERIES, 18G5 \0:i
lique », remet le pouvoir à l'Impératrice. Pendant les six semaines que dure l'absence, la Régente et son fils demeurent aux Tuileries.
Chaque jour, Son Altesse pose une heure ou deux devant Carpeaux, pour la statue si connue qui le représente debout auprès de Néro, le chien favori de son père.
Le Prince témoignait d'un goût surprenant pour le dessin. Dès que ses petits doigts avaient eu la force de guider un crayon, la moindre feuille de papier lui devenait un aimant irrésistible. Ses esquisses, loin d'être d'informes et enfantines ébauches, prouvaient une originalité vraie ; en des mille riens tracés au hasard, avidement recueillis par son entourage, un tempérament d'une rare sincérité se révélait. Militaires et chevaux en étaient les sujets préférés, variés à l'infini, bivouaquant, manœuvrant, caracolant.
En voyant Carpeaux manier chaque jour la glaise devant lui, le petit prince voulut tenter de la pétrir. Après quelques essais il parvenait à camper un grenadier tenant le drapeau, bien crâne d'allure, surprenant d'attitude.
On demandait ensuite au maître de le retoucher : il eut la sagesse de s'y refuser et de laisser à la tentative sa jolie inexpérience, son attrayante naïveté.
Aussitôt le retour de l'Empereur (10 juin), le voyage ;i Fontainebleau était fixé aux derniers jours du mois. La surprise fut donc grande quand on vit le drapeau
un LE PRINCE IMPERIAL
tricolore conliiuier à llollcr sur le pavillon de l'Horloge; puis vint rincjuiétude, en constatantque le Prince n'était i>as sorti du château depuis une longue semaine. Enfin une note au Moniteur du dG juillet jetait l'alarme dans l'aris : « Le départ de l'Empereur et de l'Impératrice est retardé de quelques jours à cause d'une léi^ère indisposition du Prince Impérial. » Heureusement des bulletins rassurants parurent le IciKlomain, calmant les craintes déjà répandues.
Un après-midi de juillet, deux dames accompagnées d'un enfant, se présentent à l'école de la Maison-Blanche, demandent à visiter l'établissement. Comme elles affirment connaître le directeur, le concierge les laisse passer : elles traversent la cour et entrent dans la première classe rencontrée sur leur chemin.
Surpris, le professeur interrompt une dictée, s'avance vers les dames et les interroge du regard, quand l'i'nfant qui les accompagne salue et dit : « Je suis le Prince Impérial. »
L'émotion est grande dans toutes les classes; elle s'accroit encore quand le petit Prince commence à interroger les élèves, demande ,à l'un ce que fait son père, s'informe auprès de l'autre de la quantité de ses bons points, allant do [)référence aux plus timides et aux plus pauvres.
Il prend sur un pupitre une page de la dictée commencée et la porte à sa mère :