‹ Le Prince impérial, 1856-1879Chapitre 13 sur 42 · LA COUR A FONTAINEBLEAU · texte numérisé non relu

LA COUR A FONTAINEBLEAU

— « Quand écriras-tu aussi bien que cela, Louis ? » demande l'Impératrice.

Alors le Prince, humilié de la remarque, désigne l'auteur de la calligraphie :

— (.( Mais, maman, il a au moins douze ans! »

Le bruit de la visite impériale s'est vite répandu à travers le quartier : les abords de l'école sont encombrés lorsque l'Impératrice se retire avec son fils et M"^ Bouvet. La voiture va s'éloigner, quand une vieille femme toute haletante, qui cherche en vain à fendre la foule, s'écrie : « Mon Dieu I moi qui venais pourvoir le Prince Impérial. »

Sa Majesté l'a entendue; elle donne l'ordre d'arrêter, fait descendre son fils qui se dirige vers la vieille et la salue avec une grâce adorable.

A la suite de la visite faite à Vanves par le Prince, en 1864, le lycée avait pris son nom. Désireuse de perpétuer ce souvenir, l'Impératrice fonde un Prix du Prince Impérial que décerneront maîtres et condisciples à l'élève le plus remarqué par son travail, sa conduite et son progrès. M. Julien Lefèvre en est le premier titulaire.

M. de Rover, ancien garde des Sceaux, qui préside la distribution des prix, termine son discours par une brève peinture de la tâche réservée dans l'avenir à son auditoire :

« ... C'est au jeune Prince, au nom duquel nous couronnerons tout à l'heure celui que vous aurez pro-

LE PRINCE IMPEniAL

chimé le [)lus di^iic, (juil aj){)urtieiidi"a de continuer un jour l'œuvre commencée par le fondateur de la dynastie et si glorieusement reprise par l'empereur Napoléon III. C'est à vous, ses contemporains que la Providence réserve l'honneur de le suivre et de le seconder dans cette vaste tâche et de contribuer à votre tour, dans la mesure de vos forces, à l'abri d'un pouvoir respecté, au développement des institutions impériales el des grands principes qu'elles représentent. Quelle que soit la carrière qui vous attende, préparez-vous dès à présent à porter vaillamment partout le drapeau^du lycée du Prince Impérial. »

De Gliàlonsoù Abd-el-Kader les avait rejoints, assistant avec eux à la messe militaire, les accompagnant à la revue d'honneur, l'Empereur et l'Impératrice gagnent Arenenberg; le Prince rentre à Fontainebleau avec le général de Borelli.

C'est le moment où la flotte anglaise vient à Cherbourg, oîi dans un banquet solennel, le duc de Somerset, lord de l'Amirauté, boit à l'Empereur, « l'élu du j)euj)l(' français ». Quelques jours après, nos navires rendent la visite à Portsmoulli.

L'Angleterre n'est pas la seule puissance qui lionne à témoigner de ses relations cordiales avec l'Empire. La Heine Isabelle, profitant du séjour de la famille impériale à liiarritz, désire La recevoir à Saint-Sébastien.

Le îl se[tlembre, Leurs Majestés et le petit Prince arrivent dans la ville pavoisée aux seules couleurs

françaises, traversent les rues où toute une province s'écrase jusqu'à la Casa Consistorial où Sa Majesté Catholique les attend. Des vociférations enthousiastes s'élèvent sur la place quand les Souverains paraissent au balcon.

La Reine alors, en une pensée charmante, prend le Prince Impérial par la main et le présente au peuple; l'Impératrice aussitôt pousse le Prince des Asturies devant elle et une acclamation formidable salue les héritiers des deux couronnes.

Au dîner intime qui suit le TeDeumk la cathédrale, le petit Prince porte le collier de la Toison d'Or, la Légion d'honneur barre la poitrine du Prince des Asturies.

La même semaine, le Roi et la Reine d'Espagne passaient à la villa Eugénie toute une journée, coupée par une visite à Rayonne, dont la garnison est sous les armes.

Ceux qui approchent ou voient le petit Prince ne sont pas les seuls à l'aimer : une nouvelle et touchante preuve de sa popularité est donnée par un habitant de Condrieu qui lui lègue un Stradivarius et explique ainsi la donation dans son testament :

« En reconnaissance de ce que S. M. Napoléon III, Empereur des Français, alors qu'il était Président de la République, a fait abnégation de sa vie pour sauver la France de l'anarchie dont elle était menacée pour 18')2, je donne et lègue en toute propriété à son auguste fils Napoléon (Eugène-Louis-Jean-Josc[di),

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Prince Impérial, espoir de la France, mon violon n" i, etc.. »

Le retour à Saint-Gloud précédant de bien peu le départ projeté pour Compiègne, allait être le signal des fêtes quand le choléra éclate à Paris.

Soutenir les familles des victimes, consoler les mourants, relever le courage de tous, voilà à quelle tâche se consacrent l'Empereur et l'Impératrice, insoucieux de la contagion.

Ils se partagent les hôpitaux, parcourent les salles, s'arrêtent auprès d.e chaque malade. Pendant que lui est à riIôtel-Dieu, elle est à Beaujon puis à Lariboisière.

Un malade la prend pour une religieuse et l'appelle « ma sœur ». La supérieure veut lui dire son erreur mais l'Impératrice l'arrête d'un geste :

— « Ne le reprenez pas! c'est le plus beau nom qu'il puisse me donner. »

Les femmes du peuple, frappées d'admiration par son mépris de la mort, l'attendent à la sortie de l'hôpital Saint-Antoine, découpent les volants de sa robe et s'en partagent les moindres morceaux en souvenir de son héroïsme.

A M. Pinard, ministre de l'Intérieur, (pii lui disait plus tard l'impression profonde laissée par son courage, elle répondait : « Que voulez-vous? pour nous autres femmes, c'est notre seule manière d'aller au feu' ».

• Krncst Pinarii. Mo» joiiDwL t. I, p. 203.

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