LA COUR A COMPIÈGNE
Dans la crainte d'effrayer la population, Leurs Majestés se sont refusées à éloigner le petit Prince de Saint-Cloud et retardent le départ pour Compiègne jusqu'au complet ralentissement de l'épidémie.
S'il a été beaucoup parlé au commencement de l'année de la Vie de César, la savante étude écrite par l'Empereur, le nom du conquérant romain reparaît encore dans les chroniques de novembre : c'est lui que le marquis de Massa a choisi comme parrain de sa revue jouée à Compiègne.
Les étoiles qui l'interprètent s'appellent la princesse de Metternich, la comtesse de Pourtalès, la baronne de Poilly, la marquise de Galliffet. Parmi les acteurs on peut citer le général Mellinet, le marquis de Caux, le baron Lambert, le vicomte d'Espeuilles, Louis Conneau et le Prince Impérial.
Pour les Commentaires de César, Marcelin a composé des costumes merveilleux (entre autres, celui de la France porté par M""" de Pourtalès), dont la Vie parisienne nous a conservé les dessins. Le prince de Metternich est au piano, YioUet-le-Duc dans le trou du souftleur.
Le petit Prince, en uniforme de grenadier, personnifie l'Avenir. C'est lui qui chante le couplet final, sur l'air : Ten souviens-tu ?
A des lauriers si je ne puis prétendre.
Et demander à vos mains d'applaudir.
C'est qu'aujourd'hui mou nom me dit d'attendre.
Car vous savez qu'on m'appelle avenir.
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LE l'ni.NCi: IMI'KHIAL
Puis il se tourne vers le général Mellinel qui, costumé on iiivaliJe, représente le Passé :
Mais en voyant le noble visa^'c Du vieux solJal et son front sillonné, J'aime à penser aussi qu'à mon courage Pareil lioiini-ur un jour sera donné.
Entraîné par l'émotion, le général oublie et l'assistance et son rôle; il enlève le Prince Impérial ilans ses bras et l'embrasse.
Le 22 janvier 1866, à l'ouverture de la session législative, le Prince n'est plus dans la tribune de sa mère, mais à la droite du trône. Yôtu de noir, avec le grand cordon de la Légion d'honneur, il est sorti des Tuileries aux côtés de l'Empereur, a été reçu à l'entrée du pavillon Denon j)ar le Prince Napoléon et les princes de la famille.
Comme pour affirmer davantage celle e.xislence nouvelle qui donne une sorte d'indépendance à l'hérilier do l'Empire, c'est en son nom que 89 prix seront, chaque lo août, distribués aux instituteurs communaux et aux directeurs des classes d'adultes. Il est, après l'Empereur, sur la liste des fondateurs de la Société hippique française, suivi du Prince Napoléon, du prince Joachim Murât, du mar(|uis de Mornay, de M. Mackenzie-Grieves, du duc de Lesparro, etc.
Enfin, un décret paru le 23 février au Moniteur. achève de le mettre en pleine lumière :
LES TUILERIES, 18GG lU
Napoléon ,
Par la grâce de Dieu et la volonlé nationale, Empereur des Français.
A tous présents et à venir, salut :
Sur le rapport de notre Ministre de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publics, et du Ministre de notre Maison et des Beaux-Arts,
Avons décrété et décrétons ce qui suit :
Article premier. — S. A. I. le prince Napoléon- Eugène-Louis, Prince Impérial, notre Fils bien-aimé, est nommé président d'honneur de la Commission impériale de l'Exposition universelle de 1867, etc.
Quand les membres de la commission arrivent au château pour remercier Sa Majesté de la haute bienveillance dont cette nomination est la preuve, le petit Prince, présent à l'audience, tend gracieusement la main à chacun d'eux.
« Si mon fils est encore trop jeune pour prendre une part active à vos délibérations, leur dit l'Empereur, il aura du moins l'occasion d'apprendre de bonne heure à honorer les travaux qui assurent la prospérité et la splendeur de l'Elat. »
Napoléon III qui, hanté par la crainte de voir surmener son fils, redoutait pour lui tout travail prolongé, veut maintenant que ses études soient minutieusement réglées, que rien, dans sa journée, ne soit laissé à l'imprévu.
LE PrUXCI-: IMl'ÉHIAL
Le Prince se lève à 7 heures, va clans les appartemenls de son père, puis auprès de sa mère. Une courte promenade précède le travail qui se prolonge jusqu'à 11 heures et demie.
Après le déjeuner, c'est la leçon de gymnastique avec Foucart ou Lien l'exercice militaire dans le jardin réserve. Un sergent instructeur du 1" Grenadiers y conduit un peloton d'enfants de troupe; le Pi'ince se place à la droite du premier rang, dans lecjuel figurent d'ordinaire ses camarades Conneau, Gorvisart, Espinasse, de Bourgoing, Fleury, de Persigny, Frossard.
Au cours de la promenade qui suit la reprise du travail, M. Monnier trouve dans tout ce qui frappe la curiosité de son élève prétexte à une sorte de leçon causée.
L'esprit du petit Prince est sans cesse en éveil : les questions les plus sérieuses l'intéressent, et la bibliothèque de son père, dont un couloir seulement le sépare, exerce sur lui une attraction puissante.
Un jour, l'Empereur en parcourant un volume, a été surpris d'y trouver certaines pages comme froissées par le contact de l'eau. A plusieurs reprises il constate les mêmes marques dans d'autres ouvrages, s'en étonne, interroge.
Craignant que les soupçons s'égarent sur des innocents, le Prince, un peu confus, avoue sa faute. Profitant de l'absence de son père, il entrait doucement
dans le cabinet, s'emparait d'un volume au hasard. Il attendait impatiemment le départ de son précepteur pour l'ouvrir et sa toilette môme n'en suspendait pas la lecture. L'eau jaillissait souvent jusque sur le livre et y laissait les marques qui avaient tant intrigué l'Empereur.
Le Prince Lupérial parle admirablement l'anglais ; son penchant est grand vers les arts. Il aime la musique, mais l'Impératrice frappée des ridicules de certains princes allemands, tournant presque au kapellmeister, veut éviter les mêmes travers à son fils et encouragera plutôt sa passion pour le dessin.
Faisant chaque jour plusieurs reprises aux écuries du quai d'Orsay, il est déjà un cavalier remarquable. « Au moment de la formation de la garde montante à l'École Militaire, écrit M. de Baillehache, on voyait arriver des écuries de l'Empereur, situées quai d'Orsay, une douzaine de charmants petits chevaux montés par des grooms portant la livrée verte. Ils venaient se ranger dans la cour d'honneur face à la musique. Ces chevaux destinés au jeune Prince, devaient, pour que leur dressage fût complet, être habitués aux bruits militaires de toutes sortes '. »
Un soir de février la permission est donnée au petit Prince d'assister au bal costumé des Tuileries. Il danse un quadrille avec une jeune fille dont la pâleur frappe tous les yeux. Malade depuis plusieurs
1 M. de Ltailleliaclie. Souvenirs d'un lanciur de la <javdc imjiériale.
jours, elle n'a pas voulu avouer ses soulTrances, craignant d'ôlre privée de celte fête qui la ravit.
Deux jours plus tard elle succombait à la rougeole, et presque en même temps le Prince Impérial ressentait les premières atteintes du mal.
M™' Caretle, dans ses Souvenirs intimes de la Cour des Tuileries, nous montre l'Impératrice tremblante à la pensée d'une aggravation possible, passant les nuits au chevet de son fils, alors que le Moniteur, pour couper court aux bruits alarmistes, annonce simplement qu' « à cause de l'indisposition du Prince Impérial, le concert du château fixé au p mars est remis au 12 ».
Si Son Altesse ne sort pas des Tuileries le jour de son anniversaire, les nouvelles les plus inquiétantes prendront leur vol. Aussi le D'' Barthez, jugeant la convalescence assez avancée, autorise une promenade en voiture le 16; mais le froid très vif saisit le Prince et la lièvre le reprend la nuit même.
La privation de revues est le gros chagrin du malade : de ses fenêtres il regarde tristement les escadrons qui traversent le Carrousel, les bataillons manœuvrant dans la cour des Tuileries — et dès que toute crainte de contagion est écartée, il réclame ses camarades, joue aux soldats avec eux, insiste pour que le sergent Maury, son instructeur habituel, vienne lui parler de ses campagnes. Même il le fait asseoir à sa table un soir que l'heure du dîner allait interrompre le récit.
LES TUILERIES, 1866 Hb
Drapeaux aux fenêtres, arcs de triomphe à l'entrée de la chaussée du Maine, dans la rue de l'Ouest et la rue Saint-Médard, tout Plaisance est en fête le 14 juin. L'Impératrice et le Prince ont accepté d'être marraine et parrain de la nouvelle cloche et Napoléon m vient avec eux. C'est la première fois depuis le baptême de leur fils, que les Souverains se rendent officiellement dans une église de Paris ; aussi le portail de Notre-Dame de Plaisance est tendu de tapisseries, un trône dressé devant l'autel.
Par ordre de l'Empereur, tous les menus objets sont dégagés du mont-de-piété, des faveurs nombreuses accordées à l'arrondissement en souvenir de cette journée.
La semaine suivante, le petit Prince accompagne sa mère à la Banque de France. Reçus par MM. Rouland, Andouillé, Cuvier, ils visitent la serre des dépôts, la galerie des recettes, l'imprimerie des billets, les caves de réserve, décorent le comt Pillet-Will et M. Mallet.
En témoignage de reconnaissance, le Conseil prie Sa Majesté d'agréer une des quatre médailles d'or frappées en 1809, à l'organisation de la Banque,
Le choléra, qui a tant effrayé Paris l'année précédente, vient de s'abattre sur Amiens, frappant quatrevingt-quatre victimes dans la seule journée du 2 juillet. Aussitôt l'Impératrice quitte les Tuileries et suivie seulement de la comtesse de Lourmel et du
marquis de Tiennes, vu dans les hôpitaux de lu malheureuse ville, s'arrête au chevet de chaque malade, admirée, accablée de bénédictions auxquelles le nom de son fils est partout mêlé.
Depuis le commencement de l'année, on parlait d'un voyage projeté de l'Empereur dans les déparlements de l'Est. Tour à tour démentie et confirmée, la nouvelle devenait officielle vers les derniers jours de juin; mais Napoléon III, comme pour affirmer davantage le rôle qu'il entendait donner désormais à son fils, décidait de rester à Paris pendant que l'Impératrice et le Prince visiteraient la Lorraine.
Le départ a lieu le samedi 14 juillet. Les généraux" Fleury et Frossard, le comte de Lignéville, officier d'ordonnance de l'Empereur, le baron de Bourgoing, écuyer, le baron Corvisart, le baron de Pierres et le commandant Oppermann, M'"" de la Poëze, de Rayneval et de Lourmel accompagnent Sa Majesté ; à la personne du petit Prince sont attachés le capitaine Lamey, le D'" Barthez, MM. Bachon et Monnier.
A Épernay, |)remier arrêt du train.
M. Amelin, préfet de la Marne, le sous -préfet, M. de Latour, le général de Linière sont sur le quai avec M. Perrier, maire de la ville, (jui adresse le com|>linienl tic bienvenue :
"... (Jui de nous ne compterait sur l'avenir en contemplant l'héroïque et courageuse Impératrice dont tous les jours sont marqués par des bienfaits.