LE VOYAGE EN LORRALNE
et ce jeune Prince, dont la France salue les premiers pas avec tant de confiance. »
M"" Marie Papelard, nièce de M. Perrier, en présentant des fleurs à Sa Majesté, lui exprime Famour et l'admiration de la cité. Le jeune Dubois, à la tête de la députation des écoles, offre au Prince un panier miniature devin de Champagne.
Puis le cortège impérial gagne l'estrade élevée sur la place voisine qu'entourent des gradins; sous un soleil ardent les députations se succèdent durant une heure.
Au nombre des magistrats qui eurent, ce jour-là, l'honneur d'être présentés à l'Impératrice, se trouvait un jeune substitut qui devait plus tard consacrer toute sa vaillance et son autorité à la cause de l'Empire : le baron Legoiix.
On quitte Epernay pour Ghàlons où attendent le prince Murât, le maréchal Regnaud de Saint-Jeand'Angely, le duc de Montebello,
Après que le colonel Philippe a présente les clefs de la ville, les voitures de la cour envoyées de Paris, précédées et suivies d'un détachement de Cent-Gardes traversent la cité enguirlandée jusqu'à la cathédrale, au seuil de laquelle est M^' Meignan :
« ... Que le ciel environne de sa protection le Prince Impérial, héritier de tant de gloires et de tant de vertus ! dit l'évêque. Son sourire et sa grâce embelliront cette fête et sa vue remplira les cœurs des plus consolantes espérances » .
us LE PRINCE IMPERIAL
A l'hôtel (le ville, on présente au petit Prince huit enfants nés le même jour que lui, filleuls de l'Empereur et (le rimpératrice. La députation des garçons vient ensuite, précédée d'une énorme boîte de bonbons et (l'une histoire de Chàlons, superbement reliée.
M. Henry JoUy, chargé d'offrir ce présent où l'agréable l'ait passer l'utile, l'accompagne d'un petit discours aimablement tourné :
« Aujourd'hui, comme vous, Monseigneur, nous travaillons, nous nous instruisons. Vous apprenez à devenir un grand prince ; nous, chacun dans notre sphère, cherchons à devenir des hommes dignes d'un grand siècle. »
Avant de se rendre au bal qui terminera la première journée du voyage, l'Impératrice et son fils reçoivent les enfants des salles d'asile qui leur remettent un bouquet, un drapeau et récitent des strophes de reconnaissance écrites par M. Pcrrot de Chezelles.
Halte à Yitry, le lendemain. Dans la station transformée en une immense tribune ornée de drapeaux et de verdure, le Prince Impérial monte sur un fauteuil pour saluer la foule qui s'écrase autour de lui ' ; puis le liaiii re|)rend sa marche vers Bar-lc-Duc où les salves d'artillerie annoncent son arrivée.
Le maire, M. Millon, harangue l'Impératrice puis s'adresse à l'héritier de la couronne :
' Hiheyre. \'oijaije de S. M. l'Impératrice, en Lorraine.
LE YOYAf.E EN LORRAINE, ISGii 110
« Monseigneur,
« Votre première visite officielle est pour les tlépartements qui composaient autrefois les duchés de Lorraine et de Bar. Vous les trouverez, gardant religieusement les souvenirs glorieux de leur vieille histoire, mais en même temps heureux et flers, aujourd'hui surtout, d'être membres de la grande famille française.
« Ils n'oublieront pas l'honneur que vous leur faites et ils vous seront un jour fidèles comme ils l'ont été à votre grand-oncle devant l'ennemi en 1814 et en 1815, et à votre père dans les comices électoraux en 1848 et en 1852, »
Sous des arcs de triomphe élevés par les cultivateurs et les ouvriers des forges, à travers des rues qui sont autant d'allées de fleurs et de feuillages, les voitures à la Daumont arrivent à la préfecture.
M. Thouvenel, président du conseil général, déjà frappé par la maladie qui allait bientôt l'enlever, a prié M. Bazoche de souhaiter, à sa place, la bienvenue au fils de Napoléon III.
Le préfet, M. Relurgey de Grandville, présente à l'Impératrice les délégations des dames de Bar, de Verdun et de Gommercy; M™" Develle et les jeunes filles olTrent au Prince une caisse de confitures, des corbeilles de dragées et de madeleines. « Ses goûters, écrit le correspondant du Monde Illuslré, sont assurés pour plus de trois mois. »
Toul. — Sur le quai de la g^are un bataillon serré (le (lépulalions, d'élèves des lycées, de délégués des écoles, les uns avec des lleurs, les autres avec des compliments.
En face, dans un champ labouré, les habitants des villages environnants cherchent à apercevoir l'héritier impérial perdu au milieu de toutes ces bannières, parmi ces uniformes, ces toilettes de fête.
L'Impératrice devine leur mécompte : elle prend le Prince par la main et, s'engageant dans les sillons, tous deux vont sourire aux acclamations des paysans.
Maintenant les voilà à Nancy. L'enthousiasme, qui a été grandissant tout le long de la route, atteint ici des proportions inouïes : cent cinquante mille curieux, venus des départements voisins, se sont abattus sur la ville, ont envahi les hôtels, se sont disputé les logements les jilus humbles.
Sa Majesté porte une des toilettes garnies de broderies du pays qu'elle a fait commander à Nancy dès (jue la visite dans l'Est fut décidée, et on lui sait gré de cette pensée charmante.
u Vous êtes notre espérance, ditau Prince le baron liuquet, maire de la capitale lorraine ; nos enfants, devenus hommes, vous serviront comme nous servons votre auguste père, comme nos pères ont servi votre grand-oncle. Servir l'Empereur, c'est se dévouer à la France. »