LA MORT DE L'EMPEREUR
yeux les premières personnes qui se présentent. — Devant ces visages consternés, devant ces larmes, il chancelle; puis, se redressant, court à l'escalier, le franchit en quelques bonds et se trouve devant sa mère qui sort en pleurant de l'appartement de FEmpereur.
— « La vérité ? Je veux la savoir. »
Les sanglots étoiilTent l'Impératrice qui ne peut répondre qu'en lui ouvrant les bras.
Le Prince se précipite dans la chambre de son père, tombe à genoux devant le lit de fer sur lequel le corps est étendu. Il commence à réciter le Pater puis se relève brusquement et s'enfuit en disant : « Je ne peux pas ! je ne peux pas! »
L'Empereur n'était plus! En celui que beaucoup, hier encore, appelaient « le petit Prince ^), s'incarnaient à présent toutes les espérances du parti de l'Appel au Peuple.
En France, l'émotion causée par la mort de Napoléon III fut foudroyante. A la première nouvelle parvenue à Paris, tandis que de véritables pèlerinages s'organisent, qu'une armée de fidèles s'apprête non seulement à aller rendre un suprême hommage à l'Empereur, mais aussi à affirmer sa foi au Prince Impérial, soixante mille personnes s'inscrivent, dans la rue de l'Elysée, à l'hùlel de M. Ilouher.
Les cours étrangères prennent le deuil, des télé-
■.>.zO LE PRINCE IMI'KMIAL
grammes de conrloléances sont envoyés par tous les Souverains. Sur Tordre du Tsar, le comte SciiouvaloIT, chargé d'une mission extraordinaire auprès du cabinet de Saint-James, se présente à Chisleluirst.
Dans la soirée du 9 janvier, le désespoir du Prince, en proie à une crise de sanglots devant le corps de son pore, avait tant effrayé l'entourage que, sur l'instance de tous, il consentait h se retirer dans la maison du comte Clary, voisine de Camdcn-Place,
Mais quand arrivent les premiers courtisans du malheur venus de France, il veut, dominant la douleur qui lY'treint, les recevoir, leur parler. A la duchesse de Malakoff, dont la mère avait péri, en 1872, dans un accident de chemin de fer, il dit : « Ah! Madame la Maréchale, nous avons bien pensé à vous l'année dernière, nous avons partagé votre douleur; mais c'est aujourd'hui seulement que je la comprends. »
Devant le corps de Napoléon III, revêtu de l'uniforme de général de division, trente mille personnes défilent silencieusement dans le grand hall de Camden Place. Le Prince de Galles et le Duc d'Etlimbourg, venus les premiers de tous, sont reçus par le Prince Impérial, entouré du Prince Napoléon, du prince Murât, du général Fleury, de M. Rouher et du duc de Bassano.
l*uis, c'est le long cortège des noms glorieux et des serviteurs obscurs, les chambellans des Tuileries