‹ Le Prince impérial, 1856-1879Chapitre 27 sur 42 · LA MORT DE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

LA MORT DE L'EMPEREUR

mêlés aux ouvriers des faubourgs, une procession de couronnes, de fleurs, aussi de drapeaux tricolores.

Pour que l'exilé dormît son grand sommeil sur un peu de terre de la patrie, M. Delessert en a apporté une caisse recueillie dans le jardin des Tuileries : elle fera un lit au cercueil. Mais avant de le fermer à jamais, on veut retirer du doigt de l'Empereur l'anneau de mariage de Napoléon P'. Le Prince s'y oppose et sur la poitrine de son père, où sont attachés, avec le ruban de la Légion d'honneur, la médaille militaire, la médaille d'Italie et l'ordre de l'Epée de Suède, il place le portrait de l'Impératrice et le sien.

Le 14 janvier, la veille des funérailles, pendant qu'il est auprès de sa mère, quelqu'un vient demander à l'Impératrice de donner ses ordres pour certain détail du cérémonial. — « Parle, Louis I c'est à toi de décider à présent », dit-elle, en se tournant vers son fils; et lui, pour toute réponse, s'agenouille devant elle et lui baise tendrement les mains.

Derrière le char funèbre, le Prince Impérial s'avance seul, en manteau de deuil, et chacun remarque la naturelle et imposante dignité de son attitude. C'est bien l'héritier de « l'Empereur », celui qui devrait s'appeler Napoléon IV, qui précède de quelques pas les princes de la famille, les représentants des souverains, celte longue théorie de dévoués (|ui, en le voyant, ont senti revivre leurs espérances.

Après la cérémonie, Son Altesse est rentrée à Cam-

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<len Place donl le parc est encombré par les dépulalions. Kangés en lignes serrées sur les doux côtés de l'avenue, en demi-cercle devant la maison, les délégués ont les yeux fixés sur la porte du hall où le Prince apparaît avec le duc de Cambacérès qui, du geste, demande le silence et arrête les cris qui montent à toutes les lèvres.

Accompagné du Prince Napoléon, le Prince Impérial passe lentement devant les députations, s'arrétant pour saluer, pour serrer une main. Quand il arrive au groupe des ouvriers, il n'est plus de consigne (|ui })uis.se maintenir l'enthousiasme, et un éclatant : « Vive l'Empereur! Vive Napoléon IV! » retentit , pendant que les chapeaux s'agilent , qu'une formidable poussée jette la foule vers le Prince.

— Non, Messieurs! dit-il dune voix ferme qui parvient jusqu'aux plus éloignés; ne criez pas : «Vive l'Empereur!... » l'Empereur est mort... il faut crier : « Vive la France! »

Au lendemain de la mort de Napoléon III, quelques journaux avaient annoncé une prochaine proclamation de rim|)ératrice, établissant la régence jusqu'à la majorité de son fils. C'était bien mal connaître les j)rinci|ies mémos de l'Empire que croire à un tel projet élevant un trône fictif, établissant une sorte de monarchie de droit divin.

Avant de quitter l'Angleterre après les funérailles

LA xAIORT DE L'EMPEREUR, 1873 223

de FEmpereur, quelques iidèles avaient été reçus par l'Impératrice et par le Prince.

— « Monseigneur, avait dit l'un d'eux, M. Donnet, délésué du Journal de Bordeaux, nous saluons en vous Napoléon IV, car les droits dynastiques... »

— « Les intérêts de la nation priment tous les droits dynastiques, interrompait l'Impératrice. Rien pour nous, tout pour la France... La couronne impériale n'est pas un patrimoine, le peuple seul est le maître; lui seul peut dire à mon fils : « Je te fais empereur. »

Un conseil de famille, réuni à Chislehurst, donne à l'Impératrice la tutelle politique de son fils, décide qu'il n'y aura aucun manifeste. « C'est la pensée de l'Empereur, lisons-nous dans l'Ordre, qui se continue dans le premier Prince de son sang. Il ne portera pas le nom de Napoléon IV, si ce n'est dans le cœur de ses fidèles serviteurs; il s'appellera le prince Louis-Napoléon, comme l'a fait son père avant que la France eût, par ses huit millions de sutîrages, posé sur sa tête la couronne impériale. »

Le Prince étaitrentré à Woohvich. Redoublant dardeur, il travaillait sans répit, mettait à profit les heures de récréation pour étudier les sujets traités durant son absence de l'école. De février à juillet, c'est une existence de labeur marquée par d'incessants progrès.

Sur Chislehurst, la mémoire de l'Empereur mol

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