LE PRINCE IMI'EUIAL
comme un voile de deuil; on y vit dans la retraite, et le 10 mars, nulle cérémonie ne marquera l'anniversaire du Prince Impérial. Même, les curieux massés autour de l'église dans l'espoir de voir passer le exilés, sont déçus : la messe est célébrée à Camden Place, dans la chambre où mourut Napoléon III.
Trois mois plus tard, l'Impératrice et le Prince posent la première pierre de la chapelle où doit s'élever le tombeau de l'Empereur. Elle est appuyée au côté gauche de l'église et tous les matériaux dont elle sera construite, pierres, ciments, dalles, viennent de France, sur le désir formel exprimé par Son Altesse. Dans les fondations on dépose une collection des monnaies à l'effigie impériale frappées en 1870. C'est comme une parcelle de la patrie où se dressera le mausolée de granit, avec cette seule inscription : i
xNAPOLËON IH ^
En juin, le Prince Impérial a passé les examens de Woohvich. La faveur n'y peut trouver place et le jugement en est forcément tout impartial : chaque composition, portant uniquement un numéro d'ordre, est classée par des maîtres étrangers à l'école.
Les examens terminés, sans attendre le résultat, Son Altesse quille l'Angleterre avec l'Impératrice. Ils se dirigent vers la Suisse, ne s'arrêtent en chemin
que pour recevoir la visite du Tzaréwich et de la Grande-Duchesse Dagmar.
A Arenenberg, dans le château oij mourut la Reine Hortense, où se passa la jeunesse de l'Empereur, c'est l'existence familiale, ce sont de longues courses à travers la montagne, les excursions jusqu'aux glaciers voisins. — Il n'y a au château ni chevaux, ni voitures et ce n'est pas le faste qu'on reprochera à cette petite cour, dans laquelle on peut citer : le prince Charles Bonaparte, le duc de Bassano,le baron Corvisart, M. et M"" Lebreton, le prince Joachim Murât, le comte Léon Mniszech, MM. Pietri, Bavoux, Béhic, le général de Béville.
En Suisse, le Prince apprend le résultat des examens de Woohvicli : il a obtenu le n° 3 en histoire, le n° 7 en algèbre et trigonométrie; l'ensemble des compositions le classe 22^ sur 49 élèves.
Après une première année d'études interrompues par la mort de son père, oii classes et concours se font en une langue qu'il sait imparfaitement encore, le résultat peut réjouir les moins courtisans. Le D" Conneau, souffrant à Paris, est un des premiers à féliciter le Prince qui lui répond :
« Mon cher monsieur Conneau,
<i Vous commencez votre bonne lettre par vous nommer un des plus vieux serviteurs de ma famille; permettez-moi d'ajouter à cette épithète que vous
étiez le meilleur ami de mon père et que vous êtes et serez le meilleur des miens. C'eût été pour moi une douce joie de montrer à mon père le fruit de mon travail, mais puis(jue Dieu m'a retiré cette satisfaction, je le bénis de m'avoir encore laissé et, je l'espère, pour longtemps, celui qu'il a tant aimé. Aucunes félicitations ne m'ont été plus au cœur que les vôtres et aucun conseil ne me ssra plus salutaire.
« Je regrette qu'une absence momentanée d'Angleterre retarde le jour où je vous reverrai. Mais je soubaile que la pensée que votre souvenir vit avec moi rende moins amcre notre séparation.
« Bonne santé, bon moral; conservez-vous bien
portant, ne serait-ce que pour vos enfants et pour
moi.
« Votre bien affectionné.
« Napoléon. »
Le 18 juillet, le Prince Impérial rentre à Woolwich. Pendant ([u'il y reprend ses études, une imposante manifestation se prépare en France oîi les plébiscitaires veulent fêter le 15 Août d'éclatante façon.
Sous le patronage de MM. Velles de la Valette, Guy de Turenne et Paul de Gassagnac, dix mille souscripteurs se réunissent pour acheter une magnifique statue en bronze représentant Napoléon III à Magenta.
Cinq mille habitants d'Ajaccio, sous la présidence de M. Pugliesi-Gonti, décident l'envoi d'un merveilleux
album. Un autre registre, habillé d'une reliure aux armes impériales, se couvre dans les départements, de trente-deux mille neuf cent quarante signatures. Deux mille cinq cents électeurs de Fontainebleau et des environs chargent le baron Tristan Lambert de remettre à son Altesse le témoignage écrit de leur fidélité.
Plus de mille personnes vont traverser le détroit pour être à Chislehurst au matin du do août; ceux à qui fortune ou travail fait le voyage impossible, se réunissent aux messes dites par les soins des comités.
Il faut rendre justice à l'indépendance du clergé qui, malgré les attaches royalistes de ses membres les plus éminents, résiste à la pression d'un gouvernement jaloux d'arrêter les manifestations, tout en désirant cacher la crainte qu'elles lui inspirent. — Déjà, à la mort de Napoléon III, S. E. le cardinal Guibert, peu suspect de bonapartisme, répondait à M. Thiers qui lui laissait comprendre ses secrets désirs: « L'Empereur vivant avait droit à des égards; mort, il a droit a plus d'égards et d'hommages *. »
Onze cents personnes sont à Chislehurst le 1.") août 1873. L'Impératrice et le Prince passent devant tous, avec un mot charmant pour ceux qu'ils ont vus déjà, un remerciement et un sourire de bienvenue j)0ur les inconnus qu'on leur présente dans le hall où sont exposés souvenirs et bouquets, où lettres et dépêches s'entassent.
' FiiJus. Journal de dix ans.
A 3 heures, le ceixle des députations se resserre autour du Prince Impérial :
— « Je vous remercie, dit-il, au nom de l'Impératrice et au mien, d'ôtrc venus associer vos prières aux nôtres et de n'avoir pas oublié le chemin que vous avez pieusement parcouru, il y a quelques mois. Je remercie aussi les fidèles amis qui nous ont fait parvenir de loin les nombreux témoignages de leur ad'ection et de leur dévouement.
« Quant à moi, dans Texil et près de la tombe de TEmpercur, je médite les enseignements qu'il m'a laissés. Je trouve dans l'héritage paternel le principe de la souveraineté nationale et le drapeau qui le consacre. »
A ce moment une longue clameur s'élève, mêlant aux « vive l'Empereur I » les k vive Napoléon IV 1 ». D'un geste d'autorité, le Prince Impérial l'apaise et sa voix se fait plus forte pour cette dernière phrase où s'affirme toute la devise de sa race :
« Ce principe, le fondateur de notre dynastie la résumé dans cette parole à la(|uelle je serai toujours fidèle : Tout pour le peuple et par le peuple ! »
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