‹ Le Prince impérial, 1856-1879Chapitre 29 sur 42 · LA MAJORITÉ. — WOOLWIGH - ARENENBERG LE VOYAGE EN SUÈDE · texte numérisé non relu

LA MAJORITÉ. — WOOLWIGH - ARENENBERG LE VOYAGE EN SUÈDE

Le parti de l'Appel au Peuple grandit de jour en jour : il voit venir à lui tous ceux qu'ont lassés les fautes, les injustices accumulées depuis trois ans par le gouvernement républicain.

Sur l'armée, le nom de Napoléon continuait à planer comme un symbole de la patrie, avec son prestigieux cortège de triomphes et de gloires.

En songeant qu'il avait fallu « obéir à un habit noir », plus d'un cœur de soldat s'était indigné, qui gardait toute saignante la blessure de son orgueil. — Dans le peuple, on se reprenait à songer à tout ce qu'avait fait l'Empire pour les travailleurs, à cette constante sollicitude pour les humbles. Les pauvres comparaient le passé au présent, se souvenaient de l'inépuisable charité d'autrefois. Le commerce n'avait pas oublié déjà les vingt années de richesse, la campagne, ce long règne de prospérité.

LE PRINCK IMPERIAL

Le 16 mars 1874, le Prince Impérial doit, de par les lois fondamentales de l'Empire, être déclaré majeur. Plus on approchera de ce jour et plus la force plébiscitaire s'afGrmera, proclamant bien haut ses principes et ses revendications, les portant môme à la tribune.

A la Chambre des Députés, dans la séance du 18 novembre 1873, M, Uoulier soutient le projet de loi déposé par le baron Eschassériaux, convoquant le peuple français dans ses comices pour le 4 janvier suivant, afin que, librement consulté, il donne au pays un g-ouvernement fort et définitif.

« ... Vous jetez par derrière le verdict de cette grande nation un regard curieux et indiscret pour savoir ce qui en sortira : République, Empire ou Royauté, s'écrie-t-il en achevant son discours. Je le dis bien sincèrement, et c'est par ces mots que je termine; je suis prêt à respecter le verdict de cette nation et j'ai confiance dans la Providence, j'ai confiance dans le peuple. »

Sur 580 votants, 88 se déclarent en faveur de la proposition de plébiscite.

Depuis le 15 janvier 1873, le cercueil de l'Empereur, enveloppé d'un grand velours violet parsemé d'abeilles d'or, reposait dans l'étroite chapelle qui sépare la sacristie de la nef de l'église de Sainte-Marie de Chislehurst. — Au travers de la grille de fer ou-

vrant près du chœur, on Tapercevait sous l'amoncellement des fleurs et des couronnes, à la lueur d'une lampe brûlant perpétuellement.

Dans les derniers jours de décembre, la nouvelle chapelle est achevée : à son sommet les aigles se dressent, le mur qui la séparait du sanctuaire est abattu; autour du sarcophage, on achève de poser les dalles aux armes impériales. La date du 9 janvier 1874, anniversaire de la mortde Napoléon III, est choisie pour y transporter le cercueil.

La messe est dite par l'évèque de Southwark, en présence de l'Impératrice, du Prince Impérial, des princes de la famille auxquels s'est joint le colonel Bonaparte Palerson et de quelques fidèles de l'exil. Le corps est descendu dans le sarcophage, recouvert d'une table d'ardoise scellée de quatre cachets aux armes de l'Empire ; et le couvercle de granit se referme sur les restes de Napoléon III.

Le même jour, deux: services sont célébrés à Paris : l'un à Saint-Germain l'Auxerrois, devant le Prince Napoléon ; l'autre à Saint-Augustin, en présence de la Reine Isabelle d'Espagne.

Les offices funèbres se multiplient à travers les déparlements; on les signale à Toulon, Saint-lirieuc, Blois, Montpellier, Toulouse, Bourges, Amiens, Limoges, Marseille, etc. Seul de l'épiscopal français, M*"' Ravinct, évéque de Troyes — dont il occupe le siège depuis 18Gi — jaloux de mériter les faveurs

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républicaines, interdit les prières dans toutes les églises de la ville.

En apprenant celte décision, l'Impératrice lui écrit : « Monseigneur,

« On m'affirme, mais je ne veux pas le croire, que vous avez défendu les messes qu'on devait faire dire dans voire diocèse pour l'àme de l'Empereur Napoléon III. Je ne puis le croire, parce que l'Eglise n'a jamais, refusé les prières aux morts. L'esprit de charité et l'amour du prochain forment cette longue chaîne qui nous lie les uns aux autres, riches ou pauvres, heureux ou malheureux, vivants ou morts. Non, vous n'avez pu refuser de prier pour le fondateur de l'institution des aumôniers des dernières prières. . . »

Les espérances qui partout vont grandissantes, les aspirations qu'on sent frémir dans la masse, se traduisent de cent façons diverses. — En vain, le gouvernementqui tolère, avec une indulgence voisinede l'encouragement, le colportage des brochures royalistes telles que « VAngc de l'exil-», « il/"" la comtesse de Chamhoj'd, reine de France et de Navarre », interdit les pétitions pour l'Appel au Peuple , les adresses au Prince Impérial ; en vain il multiplie les obstacles sous les pas des plébiscitaires. Chaque jour fait plus vraie la parole de Napoléon III : « En politique, on ne détruit que ce qu'on remplace. »

Bien des cœurs s'étaient laissé prendre aux promesses de liberté, d'égalilé et de fraternité, qui n'en attendent plus la réalisation que du retour d'un élu du peuple ; bien des yeux s'étaient laissé éblouir au mirage des trois mots magiques, qui se fixent aujourd'hui sur Chislehurst.

La pensée de tous, M. Louis de Rozen*, la traduit en une vibrante brochure, l'Anniversaire.

« ... L'Empire n'était pas mort; serrés autour de l'Exilé, qui maintenant représente les espérances de la patrie, les bonapartistes ont foi dans le lendemain. Ils savent que Louis-Napoléon achève de mûrir dans le deuil etdans l'exil... Aussi, que nous importe à nous, ce que peuvent, en France, essayer les partis. Nous savons qu'il n'y a dans les sociétés modernes qu'un principe sur lequel on puisse fonder un gouvernement fort et capable de terrasser les anarchistes comme de faire face à l'Europe; nous savons que ce principe, nul n'osera s'en servir, parce que, si le peuple était consulté, il répondrait comme au 10 décembre et comme au 22 frimaire. Nous savons que, quoiqu'on essaie de bâlir, l'édifice qu'on croira terminé, ne tiendra pas sous le souffle du peuple, dès qu'il plaira au peuple d'exprimer sa volonté, et nous savons que Dieu seul a marqué cette heure où le peuple parlera. Essai de République, essai de loyauté, que nous im|)orle?

' Pseudonyme de M. F. Masson, réiniiicnl historien du Premier Empereur.

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