‹ Le Prince impérial, 1856-1879Chapitre 31 sur 42 · LE PRINCE IMIM^RIAL · texte numérisé non relu

LE PRINCE IMIM^RIAL

« ... Autant le Prince Impérial, dit-il, est résolu à se consacrer à son pays, quand son concours lui sera demandé, autant il tient à ne rien dire, ni faire qui puisse servir de prétexte à de fausses appréciations et à entraver les eiïorts que fait le pays pour retrouver sa prospérité. »

Malgré toutes ces affirmations respectueuses de l'ordre, le gouvernement ne songe guère à dissimuler ses inquiétudes. Aux vitrines, les portraits du Comte de Chambord et des princes d'Orléans sont librement exposés, mais à Paris et dans quelques grandes villes de province, on saisit des photographies du Prince Impérial tenant un drapeau semé d'abeilles. Ce qui évoque rA[)pel au Peuple est jugé séditieux, ce qui rapelle la doctrine du plébiscite est considéré chose dangereuse et le seul adjectif « impérial » devient un sujet de craintes.

De Versailles, le 19 février, M. le duc de IJroglie, vice-président du Conseil, ministre de l'Intérieur, adressait une circulaire à ses préfets :

«... Si dans les ellbrts qui seront faits pour accroître le nombre des visiteurs qui doivent se rendre en Angleterre, vous surprenez la moindre tentative de nature à mettre en doute la validité des décisions souveraines de l'assemblée, vous devez m'en prévenir à l'instant pour que je puisse faire en sorte (jue la répression suive immédiatement le délit... »

Les admonestations du ministre donnèrent peutêtre un bel élan à l'ardeur de ses fonctionnaires, mais leur effet sur les Bonapartistes ne fut guère appréciable. D'ailleurs, le ministère réactionnaire n'avait-il pas, par ses actes mêmes, contribué à rendre plus vivante, plus populaire que jamais la cause des Napoléons !

A Ghislehurst, oii arrivaient chaque jour les nouvelles les plus détaillées, on comptait recevoir environ trois mille Français et c'est pour abriter le nombre attendu de pèlerins qu'une tente a été dressée devant Camden-Place.

Entre le 14 et le 15 mars, plus de quinze cents personnes ont déjà débarqué à Douvres, Folkestone et Newhaven. Maintenant, chaque paquebot qui arrive est surchargé de passagers.

Les anciens ministres de l'Empereur ont été appelés à Ghislehurst, dans l'après-midi du 13, pour prendre connaissance du discours du Prince. Devant MM. Rouher, Pinard, Busson-Billault, le marquis de Lavalette, le comte de Casablanca, le duc de Padoue, Mège, Behic, le duc de Gramont, Grandperret, Gressier, Son Altesse lisait la déclaration qui devait, le lendemain, soulever un si bel enthousiasme.

Aux gares de Gharing-Gross et de London-Bridge, les trains vont, le 16 mars, se succéder sans in 1er-

LE PRINCK IMI'KRIAL

ruption à partir de 10 heures, pour amener à Chislehurst l'imposante armée des fidèles et des curieux. On compte sept mille quatre-vingt-douze Français munis du laissez-passer devant lequel s'ouvrira la grille de Gamden-Place, surmontée d'un drapeau tricolore.

La foule massée sur le Strand, devant l'entrée de la gare, contemple d'un regard surpris cet interminable défile. Les hommes surtout l'élonnent, avec la quantité de boutonnières piquées du ruban rouge, avec l'habit que beaucoup ont arboré dès le matin. D'autres portent, dans de grandes boîtes, les lleurs venues de France.

Dans les ])remiers wagons partis de Londres, oui a reconnu la duchesse de MalakolT, la maréchale] Ganrobert, M""" Rouher, Fleury, de Bourgoing,| Gonneau, Pajol, de Lavallette: MM. Abbatucci, Eschassériau.x,d'Aulan,Jolibois, Desmazières, Gavini,^ Sarrette, de Wagram, Peyrusse, Daguilhon-Pujol, Loudun, d'Ornano, Aguado, Le Marrois, de Feltre, Uoifinton, de Nieuwerkerque, de la Poëze, Giraudeau, Quentin-Bauchart, Prax-Paris, Levert, Dollfus, Galloni d'Istria, Haentjens, de lîourgoing, Arthur Legrand, de Segur, du Manoir, Vast-Vimeux, de Valabrôguc, Janvier de la Motte, de Uivoli, Stephen Liégeard, de Montmorency, etc.

Parmi les principaux journaux qui ont envoyé desi représentants, sont Y Ordre, le Pajjs, le Gaulois, \c, Fif/anj. Pdris-JournaL la Lihcrlc, la Patrie; dans la!

presse départementale : VUnion bretonne^ YAun de r Ordre, Y Espérance^ le Courrier du Pas-de-Calais.

Une messe est dite à 11 heures par M. l'abbé Goddard dans l'église de Ghislehurst. Quel statisticien pourrait évaluer le nombre des curieux venus de partout pour voir passer la voiture où le Prince Impérial est auprès de sa mère, ayant en face de lui le prince Lucien Bonaparte et le prince Murât?

A la porte de l'église, M. Moureau, président d'un des comités plébiscitaires parisiens, présente à Son Altesse une branche déjà chargée de bourgeons, qu'il a cueillie, la veille du départ, au marronnier du 20 mars. Le Prince la prend et va la déposer sur le mausolée de son père.

Seules, les personnes de l'entourage impérial devaient être admises dans la chapelle; mais il n'est pas de mot d'ordre qui ne cède devant la poussée lente et continue de la foule. M. Rouher, arrivé quelques instants plus tard, ne peut réussir à se frayer un chemin et doit attendre, en un coin du cimetière, la fin de l'office.

Muni de la carte sans laquelle il ne pourrait franchir la grille, défendue j)ar des policemen, chacun regagne Camden-Place.

Autour de la tente qui couvre la façade de la maison, les dépulations se rangent : de hauts piquets, surmontés de tablettes, indiquent la place assignée à

chaque département. Sur cette armée attentive, épiant l'entrée Je Son Altesse, les drapeaux flottent, étendent leurs pifs où scintillent les devises, où des broderies resplendissent.

Voici le Prince; il apparaît au fond de l'estrade, ayant rinipcratrice à son Lras : elle, habillée de^ deuil, mais souriante en son orgueil maternel, fière] de cette journée où ressuscitent les plus radieux souvenirs du règne; lui, portant le grand cordon de la Légion d'honneur. Il s'avance tête haute, mais a peine à cacher son émotion devant le hurrah frénétique qui le salue.

Quand le calme est rétabli, le duc de Padoue se lève et, tourné vers le Prince, parle au nom de tous, absents ou présents :

« Monseigneur,

« Notre premier hommage était dû à l'Empereur. La prière nous a réunis autour de son tombeau : nous nous sommes rappelé cette grande àme à laquelle le rang suprême n'avait enlevé aucune de ses exquises délicatesses et que l'infortune avait laissée noble et sereine.

« Oublieux des ingratitudes, dédaigneux des haines, l'Empereur n'a jamais, après tant de désastres subis, fait tomber une seule parole amère de ses lèvres attristées.

« Nous qui l'avons connu, nous l'avons bien

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aimé, Monseigneur, et cette affection est notre premier lien avec vous, qui portez si haut les sentiments de la piété filiale...

« Il y a dix-huit ans, le peuple français acclamait votre naissance ; l'Europe, réunie au Congrès de Paris, s'associait à ses joies et à ses espérances. Vous receviez le titre d'Enfant de France.

« Aujourd'hui, si la tempête n'avait pas arrêté le cours de la volonté nationale, les constitutions de l'Empire remettraient entre vos mains les destinées du pays...

« La dynastie des Napoléons a été choisie dans les rangs du peuple pour représenter et garantir les intérêts et les droits de notre société moderne. Fondée, relevée, soutenue par d'innombrables sufrages, elle est l'élue, non d'une classe, mais de la nation entière.

« ... La foi politique du peuple est comme sa religion : elle n'est un seul instant courbée par l'orage que pour se relever plus ardente et plus fîère... »

Le Prince Impérial répond :

« Messieurs,

a En vous réunissant ici, vous avez obéi à un sentiment de fidélité envers le souvenir de l'Empereur. C'est de quoi je veux d'abord vous remercier.

« La conscience publique a vengé des calomnies

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