‹ Le Prince impérial, 1856-1879Chapitre 33 sur 42 · C.harles-S.-IS. l'armons · texte numérisé non relu

C.harles-S.-IS. l'armons

Waller-A. li|iiharl.

Charles W. Krllle.

Henry C.-C.-U. Simpson.

Alcxander B. I'.ir>is.

Ilowlcv Wvnyard.

M.-W.-K. Brolhcrlon.

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WOOLWICII, 1875 259

(lit : « J'espère que le Prince Impérial conservera un doux souvenir du temps qu'il a passé avec tant de profit dans cette institution et qu'il entretiendra des sentiments d'amitié pour les jeunes gentlemen dont il a été le camarade. »

Le soir, un grand bal est offert par les élèves de Woohvicli dans la School of Anns de l'Académie, toute garnie d'oritlammes. Quand le Prince y arrive, ses compagnons l'entourent, le saisissent et le portent en triomphe autour de la salle.

Le lendemain, Son Altesse rentrait à Camden Place et s'y installait définitivement auprès de l'Impératrice.

Malgré le droit que lui confère le brillant résultat de ses examens, le Prince déclare ne vouloir prendre aucun service actif régulier dans l'armée anglaise ; il n'y exercera les fonctions de son grade que lors des manœuvres qui ont lieu chaque année. — Il a aussi demandé au gouvernement de la Reine, l'autorisation de renoncer au génie pour entrer dans l'artillerie, « l'arme des Bonaparte ».

C'est au mois do juin qu'il commence son service au camp d'Aldershot. Simple lieutenant dans une batterie, voulant que rien ne le distingue de ses camarades, il est levé le matin dès cinq heures; comme eux, il est servi par un ordonnance militaire, a sa part égale dans les fatigues de la journée.

2ij0 LE PRINCE IMPERIAL

Du camp, il écrit, le 29 juin, à M. Louis Conneau, élève à Sainl-Cyr :

« Merci de votre leltre qui me donne des détails sur la revue de l'autre jour et sur Saint-Cyr. Laissezmoi vous dire combien je suis heureux quand je reçois des nouvelles de mon vieux camarade et de notre vaillante armée française.

« Votre père va mieux, à ce qu'il paraît, et croyez que cela me fait bien plaisir, ainsi que la pensée de revoir bientôt le meilleur ami de mon père; il me rappelle et me console de ce que j'ai perdu.

'( .l'ai repris, comme vous devez le savoir, l'uniforino; la bande rouge de mon pantalon est plus large que celle de l'école ; c'est bon signe car si elle continue à augmenter dans la même proportion, je serai bientôt muni de culottes rouges. »

Sous son apparente gaîté, le Prince Lnpérial gardait au cœur une blessure que chaque jour faisait plus profonde : l'exil lui était un martyre.

Banni de cette patrie qu'il adorait d'une passion sans égale, loin de la terre dont l'image hantait sa pensée, il ne vivait que par elle et pour elle, son existence n'était que souvenir et espoir. La France était sa religion : impériale ou républicaine, il la chérissait d'une aveugle tendresse.

Dans les premiers mois qui suivirent la guerre, si quehm'un attaquait devant lui l'ingratitude de la

patrie, oublieuse des bienfaits de lEmpereur, le Prince sortait silencieusement et il disait ensuite à ses amis: «Je ne peux pas entendre ainsi parler de la France !... Ce n'est pas leur faute là-bas, s'ils sont injustes envers nous : on les égare, on les trompe. Mais l'heure viendra oii le pays comprendra ce que nous avons été pour lui, combien nous l'avons aimé ! »

Un jour de 1872, où ses compagnons d'enfance bâtissaient devant lui des projets d'avenir : « Ah ! si vous saviez, s'écriait-il, ce que je donnerais pour traverser le pont de la Concorde sur l'impériale d'un omnibus !... Ce fut toujours mon rêve quand je regardais aux fenêtres des Tuileries... Mais maintenant!... »

Cette ardente tendresse qu'il gardait à la patrie, le Prince l'avait retrouvée, comme symbolisée en une page de la vie du duc d'Albe que lui disait l'Impératrice.

Philippe II ayant ordonné au duc d'aller soumettre une province rebelle, recevait bientôt les nouvelles du succès; mais alors, loin de songer à donner au vainqueur un gage de sa reconnaissance, le roi lui faisait écrire de rentrer en Espagne sans passer par Madrid.

A ce récit, le Prince était demeuré pensif, puis tout à coup :

:iti2 LE PniNCE IMI»i:nix\L

— <( Eh l)ien,moi, maman, je suis pour la France ce qu'était lo duc d'Albe pour le roi. De quelque façon qu'elle agisse à mon cL'^ard, je ne l'en aimerai pas moins, je n'en ferai pas moins pour elle. »

Servir son pays, là était toute son ambition; lo servir sous les trois couleurs, résumait à ses yeux tout l'idéal. Aussi, avec quelle jalousie affectueuse il suivait les progrès de ses compagnons d'enfance pendant leur séjour à Saint-Cyr ou à leurs premiers pas dans l'armée; fier du rapide avancement de M. liizot, l'aîné de tous; écrivant à chacun des lettres où le jirétendant s'effaçait, où l'àme du Français se montrait tout entière.

Au baron Corvisart qui lui annonce les premiers succès de ses fils, il répond :

" Arenenberg. 21 août 1875.

« Cher monsieur Corvisart, « Je viens de recevoir votre bonne lettre. Vos vœux m'ont été au cœur, car quoique je connaisse les souhaits que peut former votre attachement, tout témoignage d'amitié parti de notre vieille terre de France me met les larmes aux yeux; et puis la distance resserre les liens d'affection ! Vos enfants m'ont écrit et je vous prie de leur faire parvenir la lettre ci-jointe; s'ils continuent dans la même voie, vous pourrez être fiers d'eux un jour et goûter celte suprême satisfaction de voir vos fils porter dignement

votre nom. Qu'ils se souviennent de cette devise : « Noblesse oblige. » C'est elle qui, je l'espère, me fera toujours faire mon devoir.

« Adieu, je vous embrasse.

<( NAPOLt;o>. »

Et cette autre lettre à M. Pierre de Bourgolng.

«' Camden-Place, le 15 octobre 1877.

« Mon cher Bourgoing,

« J'ai appris avec un véritable plaisir l'heureux résultat de votre examen. Dans le temps où nous vivons, la carrière des armes est la seule ouverte aux hommes qui veulent servir leur pays avec indépendance, sans se compromettre dans les intrigues. Aussi je suis bien satisfait de vous la voir embrasser.

« Je ne doute pas que vous ne deveniez un bon officier avec de la persévérance. Je ne resterai indifférent à aucun de vos progrès et j'espère que vous me donnerez bientôt l'occasion de me féliciter plus que jamais d'être votre ami.

« IXapoléon. »

De cette France tant chérie, le Prince Impérial aimait à se rapprocher le j)lus souvent possible. Arenenberg, où s'était écoulée la jeunesse de son père, où la mémoire de la Reine Ilorlense restait si vivante encore, ce château où étaient réunis tant

(le souvenirs de sa famille, lui semblait presque un coin de la patrie et il goûtait une joie intime à s'y retirer avec sa mère, au milieu d'une petite cour d'amis éprouvés.

Là, mieux qu'à Cliislehurst, il trouvait à satisfaire son amour du mouvement, de l'exercice au grand air, des excursions prolongées.

Aussi, dès la fin des manœuvres d'Aldershot, après une très courte station à South-Sea, Son Altesse se hâte de rejoindre l'Impératrice à Arenenberg, où le 15 Août est pour tout le pays un jour de grande fête.

Dans le canton où la charité de la Reine Hortense est demeurée légendaire, le Prince Impérial sait prouver que la bonté reste une marque de sa race. Plus que les aumônes elles-mêmes, la délicatesse avec laquelle il les répand lui a conquis les malheureux.

Il avait hérité de son père la générosité sans mesure. « Tout ce qu'il possédait était pour les pauvres ou pour ses amis, » disait après sa mort un des compagnons de son enfance. Aux Tuileries, le tiroir dans lequel il glissait pêle-mêle ses économies, le louis auprès de la piécette de vingt centimes, ne demeurait pas longtemps garni : il y puisait au récit de la moindre infortune.

Un jour, des cris partis de la cour l'attirent à la croisée. Un malheureux en haillons a franchi la

grille du Carrousel et, au grand émoi des sentinelles qui le poursuivent, court vers le château. Le Prince, sans s'efTrayer, prend à la hâte ce qui reste de son trésor, puis il ouvre la fenêtre, appelle l'homme que les soldats vont atteindre et lui verse dans les mains l'aumône de l'Enfant de France.

Ce besoin de charité n'avait fait que se fortifier avec les années. Donner était une de ses joies et la pensée d'une infortune conjurée, d'une peine adoucie le rendait tout souriant jusqu'à la fin du jour.

Loin de cuirasser son cœur, la souffrance l'avait rendu plus pitoyable aux tristesses des autres.

« Ce n'est pas avec la haine qu'on gouverne, disait-il une fois à Arenenberg. Si le peuple me rappelait, je voudrais effacer de la langue française les mots exil et proscription. Il ne faut regarder en arrière que pour y chercher des exemples et des leçons, et non des sujets de vengeance et d'amertume. »

Rentré le 15 octobre à Chislehurst, le Prince Impérial redouble d'ardeur dans la tâche qu'il s'est imposée. Plein de confiance en la justice du peuple, certain que le jour oii la France entière sera appelée aux urnes, c'est encore sur le nom de Napoléon que ses suffrages se porteront, il veut être digne de sa destinée.

Ce ne sont plus seulement les choses militaires qui l'occupent; il va étudier les questions les plus diverses, s'appliquer aux problèmes les plus ardus. 11 deman-

2('>i) LE PniNCE IMPERIAL

(lera lavis des liommes éminents, écoulera leurs conseils, se créant une pensée personnelle à force de méditer ces opinions.

Des notes hâtives, crayonnées sans ordre, ont été retrouvées dans ses papiers, qui révèlent un esprit curieux de tout approfondir. Telle, la suivante, non datée, (jue nous transcrivons textuellement :

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