Charles Nauroy, Emile Bouillon, 1889, p
deux ans de plus que ne le dit l'acte officiel. Sa sœur, la feue duchesse d'Albe, était aussi un peu plus âgée que ne le dit l'acte de naissance officiel. Marie-Manuele Kirpatrick, comtesse de Montijo, morte à Madrid le 22 novembre 1879, à 83 ans, n'était pas leur mère relies sont nées toutes deux de la Reine Christine d'Espagne, des Bourbons de Naples, sœur consanguine de la duchesse de Berry, petite-nièce de Marie-Antoinette, avant son mariage avec Ferdinand VII. On sait que la reine Christine ne se maria qu'à 23 ans.
« A la date de 1829, dit lord Malmesb'ury {Mémoires d'un ancien ministre, traduction, 1885, p. 18), parlant de la future reine Christine: «On disait que plus d'une trop inflammable victime des charmes de la Princesse languissait en prison pour les avoir trop ouvertement admirés ».
Doit-on admettre que Ton tient cette fois la solution du problème? Je ne le crois pas. Ce que dit M. Nauroy est fort possible ; mais il est également fort possible que ce ne soit pas.
Nous ne pouvons pas admettre que l'on fasse un fond quelconque en histoire sur le récit d'un ami commun qui a confessé ce que Von écrit, quand cet ami commun est un anonyme, qui ne porte pas la responsabilité de ses dires.
Avec l'impartialité que j'apporte dans l'exposé des documents que je produis, j'ai dû donner l'opinion d'un auteur sérieux, qui, par ce seul fait, devient intéressante.
Peut-être l'ami de M. Nauroy a-t-il révélé la vérité. Dans ce cas encore, ce seront nos petits-enfants qui pourront en faire la preuve.
J'ai été amené naturellement à me faire communiquer, à la Bibliothèque Nationale, la brochure Tlmpératrice : je dois reconnaître que l'acte de naissance de Mademoiselle de Montijo est conforme quant au fond
à celui que je donne vioi-méme, acte légal si jamais il en fut.
Cette brochure V Impératrice a plusieurs défauts :
D'abord elle est d'un anonyme, et on se demande comment l'honnête homme qui a été chargé de l'écrire, évidemment en vue des intérêts de l'Impératrice, n'a pas eu le courage de la signer de son nom : elle eût acquis, par ce seul fait, une tout autre valeur.
Ensuite elle a le tort de vouloir trop prouver et, par conséquent, de dépasser le but.
Que l'auteur anonyme exprime une juste révolte relativement à la fameuse pièce de la Gazette des Tribunaux, grâce à laquelle on a pu prétendre que l'Impératrice était née trois ans après la mort de son père légal, c'est tout naturel. Mais pourquoi traiter ce M. de Montijo, qui, s'il n'était pas le père de l'Impératrice Eugénie, n'en portait pas moins le même nom qu'elle, aussi cavalièrement, ainsi que la malheureuse dona Maria del Pilar, sa femme? L'auteur dit que c'étaient des .gens de rien, qu'on ne sait même pas où ce M. de Montijo est mort. C'est regrettable. L'Empereur aurait dû faire rechercher en Espagne les pièces et les documents relatifs à ce M. de Montijo, qui, je le répète, portait le nom de sa femme, et qui a servi la France pendant le premier Empire, tout comme le père de l'Impératrice.
Rien n'était plus facile que de suivre pas à pas cette famille, dont on savait que de nombreux actes judiciaires se trouvaient à la chancellerie de Valladolid. Il eût été fort intéressant et, sans aucun doute, fort instructif de connaître les tenants et aboutissants de ces Montijo, et l'auteur anonyme de la brochure en question eût plus servi l'Impératrice en publiant ces actes qu'en traitant M. de Montijo comme une sorte de chevalier d'industrie sans foi ni loi.
J'ai relevé, dans cette brochure, les titres de noblesse
que portait Don Cypriano de Mentijo, père de l'Impératrice : je les reproduis à titre de curiosité et sans commentaire; c'est le côté comique :
Don Cipriano Portocarrero Palafox, Croj de Habré y Lanti, Lopez de Lnniga, Fernaodez de Cordova, Leyra y laCerda, Rojas, Gozman, Lana, Enriqaez de Almansa, Cardenas, Pacheco y Acana, Avellaneda, Rodrigoez de Aza, Ochoa, Bazaii, Oiorio, Enriqnez de Valdes y Cardona, Acevedo, Chaves, Hinojosa, Ghacon, Mendoza, Papala, Vargas, Yivcro, Cabrera y Babadilla, Fanes de Yittalpando, Francès de Arins, Albion, Gurrea, Fernaodez de Heredia, Monray, Aragon, Enriqaez de la Carra, Navarra, Ladena, Rracamonte y Davila; conde de! M ontijo, de Miranda, de Braôos, de Mora, de Cassarnbios del Monte, de Santa Cruz de la Sierra, de San Esteban, de Gormaz, de Fuendiduena y de Ablitas; duque de Peneranda, marquez de la Banaza, de Valdunquillo, de Mirallo, de Moya, de Bascarotta, de la Algaba, de Yalderrabano y de Osera, vizconde de Palacios, de la Yalduerna y de su Infantazgo y de la Calzada,etc... etc.. ; procès del reino,coatro veces grande de Espana de primera claze, caballero de justicia de la orden de San Juan de Jérusalem, caballero de la Légion de bonor de Francia,y colonel retirado de artilleria, etc., etc..
Je crois que, si Ton pouvait arriver à savoir pourquoi, le 19 avril 1854, une dépêche du comte Walewski, ambassadeur de France à Londres, motivait le départ d'un train emportant M. Garlier, préfet de police de l'Empire, M« le comte, plus tard duc de Morny, le colonel Marinier, ancien chef de cabinet au ministère de la guerre, MM. Aguado frères, Madame Hope, née Rapp, fille de l'illustre général, M. Nestor Treitt, pendant quarante ans avocat à la Cour d'appel et mort tout dernièrement conseil de l'ambassade d'Angleterre à Paris; si Ton pouvait avoir connaissance de certains affidavit déposés dans les études de MM. Grover and Goare, 4, King's bench Walk, the Temple, et de MM. Few and Go, de
Henrietta-street, Govent-Garden, London, je crois que, si Ton pouvait arriver à savoir la raison de ces voyages, cela jetterait beaucoup de jour sur la question que nous traitons ici.
La brochure l'Impératrice dit encore, page 2 : .
« Le père de l'Impératrice était, comme Ta dit un illustre écrivain, un des rares Espagnols qui, s'é tant pris d'un dévouement passionné pour l'Empereur, l'avait suivi dans toutes ses guerres. Mêlé à nos succès comme à nos revers, couvert de blessures, il avait été un des derniers à tirer le canon contre les ennemis de la France du haut des Buttes-Ghaumont. Rentré dans la vie privée à la chute de llEmpire, il avait conservé ses sentiments napoléoniens, et bientôt ses idées libérales attirèrent sur lui la persécution du gouvernement de Ferdinand VII 1 . »
«M. deMontijo,ditunhistorien qui n'est pas suspect 1 , était un des meilleurs officiers espagnols. Il fut décoré en 1814 sous son titre de comte de Téba. A la bataille de Salamanque ou des Arapiles, il avait perdu un œil et avait eu la jambe fracassée par un boulet de canon ; il fut encore blessé aux Buttes-Ghaumont. Licencié en 1814, il reprit du service en 1815, et, devenu, à la réaction de la fin du règne de Ferdinand VII, sénateur du royaume (procès del Reino), il s'occupa, dans les loisirs que lui laissait la politique, d'entreprises patriotiques, d'améliorations rurales et d'associations utiles. »
La première partie de cette reproduction, comme le dit la note n° 1, est attribuée à S. M. Napoléon III, l'Empereur trouvant encore, au milieu des tracas, des préoccupations de la politique, le temps de faire des articles sur la généalogie de sa femme.
Je terminerai ce chapitre en donnant ci-après Tins-
1. Article paru dans le journal le Dix-Décembve, n° 1, 15 décembre 1868, et attribué à l'Empereur.
2. Histoire du second Empire, par Taxi le Delord, t. I or , p. 484
cription placée en 1867 à Grenade, sur la maison où est née l'Impératrice, 12, rue de Gracia :
EN ESTA CASA NACIO LA ILUSTRE
8ENORA DONA EUGENIE DE GUZMAN