‹ Le prince impérial: Napoléon IVChapitre 11 sur 90 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Montijo, grand-maître de la franc-maçonnerie. — Dépêche du baron de Friesen. — Dépêche du comte de Deraath. — Acte de naissance de l'Impératrice Eugénie. — Le même acte dans la brochure ^Impératrice, — Les conséquences du voyage à Londres. — Une lettre de la marquise Ely. — L'impression de la Reine d'Angleterre. — L'ordre n° 40. — Un Compatriote de Tartarin de Tarascon. — Position intéressante de l'Impératrice.

Si l'Empereur était affilié aux carbonari, ce que tout le monde sait aujourd'hui, il ne nous dit pas que M. de Montijo avait été un des grands-maîtres de la francmaçonnerie espagnole.

Laissons à ce sujet la parole à M. N. Deschamps 1 : « Pendant que Tilly mourait dans une prison, victime de la liberté, Montijo vouait aux libéraux triomphants depuis 1810 jusqu'en 1814 une haine implacable. Au retour du roi Ferdinand, après la chute de Napoléon, dans deux conseils où le roi mit sur le tapis la question de savoir s'il fallait proclamer la Constitution ou rétablir l'absolutisme, Montijo se sépara de ses confrères de la grande noblesse, qui voulaient la constitution de la

1. Les Sociétés secrètes et la société, par N. Deschamps. Oudin frères, 1882. Tome II, p. 676.

souveraineté nationale ou au moins une charte octroyée, pendant que les conseillers sortis du peuple (une autre anomalie) demandaient l'entier rétablissement de l'ancien régime.

« Montijo fit plus. Quand Ferdinand emprisonna et voulut faire exécuter les députés qui lui avaient donné sa couronne, Montijo tâcha de donner à la restauration un semblant de popularité en ameutant les bas-quartiers de Madrid, en se souillant jusqu'à donner le mot d'ordre aux énergumènes autour de la prison, dont on faillit forcer les portes pour massacrer les libéraux.

« Mais, doué d'un caractère léger et mobile, il changea de conduite trois ans après. Étant à Grenade comme capitaine général du roi Ferdinand, il protégea les maçons des deux rites, et amena le rite qu'il dirigeait à s'unir avec le rite écossais, qui, après la mort de Tilly, avait été dirigé par Vadillo et Vellesa, ministres aptes et honnêtes, mais sans notoriété. Pour consacrer l'union, on créa une Chambre des rites, sous la direction de Montijo.

« Depuis lors et pendant six ans, l'histoire de la maçonnerie est l'histoire de l'Espagne. Elle lutta contre le pouvoir absolu de Ferdinand et prit part au mouvement de 1820, qui rétablit la constitution de 1812, et qui s'étendit en Portugal et en Italie, et fut près de devancer 1830 en France. Mais Montijo s'était séparé auparavant du mouvement des loges, dirigé plutôt par les chefs du rite écossais, lequel avait triomphé en pratique. Mû par des préjugés ou des calculs aristocratiques, autant que le comportait sa nature changeante, il se tint à l'écart, et à la fin, en 1821, il cessa ses fonctions de grand-maltre et fut remplacé par le général Riégo, le chef du mouvement de 1820. »

Je dois signaler un point qui n'aura certes pas échappé

à la perspicacité du lecteur : c'est qu'il n'est pas fait mention dans les lignes citées plus haut, et qui émanent tant de Sa Majesté l'Empereur que de M. TaxileDelord, du rôle assez remuant que semble avoir joué M. le comte de M ontijo dans la politique espagnole. 11 n'est également pas parlé, dans l'énumération de tous ses titres, de son grade de capitaine-général de la Vieille-Castille. 11 ne figure que dans l'acte de mariage de l'Empereur, déposé au Sénat ; encore y est-il changé en celui plus ambitieux de « grand-maréchal de Castille ». Maintenant, peut-être me dira- 1- on aussi que les deux curieuses lettres que je reproduis ont rapport à un autre comte de Montijo qui ne serait pas, lui non plus, le père de l'Impératrice. Mais, dans ce cas, je demande à ne pas discuter et à donner purement et simplement les documents qui suivent. C'est au lecteur à les apprécier.

Dépêche du baron de Friesen, à S. E. le comte d'Einsiedel, ministre du Cabinet saxon à Dresde 1 .

Madrid, le 14 mai 1820.

Monsieur le comte,

Le comte de Montijo a reçu ordre de se rendre à

Marcie et d'y fixer son séjour. Il a fait publier la correspondance qu'il a eue avec le ministre de la Guerre. Elle consiste en trois lettres, dont deux de lui, dans lesquelles il demande à ce ministre d'être informé des motifs de sa destitution de la place de capitaine-général de la Vieille-Castille. Le ministre loi transmet pour toute réponse l'ordre du Roi de partir incessamment pour Murcie. Les motifs de sa destitution sont notoires : ce sont, comme j'ai déjà rapporté, les mouvements qu'il s'est donné pour se faire un parti dans sa province et parmi les troupes pour se rendre indépendant, et, de concert

1. Lettre interceptée et copiée par les soins du Cabinet Noir (police de S. M. Louis XVIII).

avec d'autres personnes marquantes, pour proclamer la République.

Ces personnes sont, à ce qu'on prétend, celles que j'ai signalées à la fin de mon dernier chiffre, et dont Tune avait fait à quelqu'un la confidence remarquable dont j'ai parlé dans le chiffre de mon n° 38. Elles sont en même temps du nombre des principaux et secrets moteurs de la révolution du 7 mars.

Outre, pour l'importance de l'objet, je crois devoir, citer ces faits pour fournir une nouvelle preuve combien des projets de cette nature sont difficiles à exécuter dans ce pays, pour peu que le gouvernement déploie la moindre activité et ne s'en laisse pas imposer.

Les intentions hostiles de ces mauvaises têtes ne deviennent ici dangereuses que par l'insouciance du gouvernement, vérité que nous n'avons que trop reconnue dans la révolte du mois de mars. La raison de cette marche des choses dans ce pays est que le peuple n'est pour rien dans les questions politiques. Aussi longtemps que les goûts, les intérêts et la sûreté des individus dont il se compose ne sont pas choqués, il se laisse tranquillement gouverner par l'autorité qui se trouve au-dessus de lui. 11 n'a aucune idée de ses intérêts considérés en masse ou comme corps. La suite naturelle en est que, si le gouvernement succombe sous une conspiration de malveillance, le peuple se soumet patiemment à ce nouvel ordre de choses, mais il n'y coopère pas, au moins avec très peu d'énergie. C'est donc réservé au gouvernement légitime de se soutenir par son propre poids, ce qui, suivant les arguments exposés, lui est très facile en faisant la moindre résistance, tandis que sans celle-ci il court les plus grands risques par les mêmes raisons.

En parlant de l'affaire manquée du comte de Montijo, je dois en même temps faire mention du comte Abisbal, qui, il y a quelque temps, espérait également trouver son salut dans des projets très révolutionnaires et par un appel au peuple. Ce général a perdu tout son crédit, l'opinion publique se prononçant contre lui avec une grande animosité. Il en est de même de plusieurs orateurs du café Lorenzini, que l'on

aurait cru dangereux d'attaquer il y a quelque temps, et qui essayent de fortes avaries de la part des personnes qu'ils ont attaquées dans leur vertige révolutionnaire...

Charles, baron de Friesen.

Dépêche du comte deDernath à M. Rosenkmntz, à Copenhague*.

Madrid, le 15 mai 1820.

Monsieur,

L'importante question sur la représentation des Américains aux premières assemblées des Gorlès a été décidée une seconde fois de manière à ne rien changer aux premières dispositions de la Jante provisoire.

Le Conseil avait cru qu'on pourrait admettre des anciens députés jusqu'au complément du nombre constitutionnel de 50 représentants américains; mais la Junte, consultée par ordre du Roi, remit au Conseil un exposé très ample de ses raisons, qui a été publié aujourd'hui, et qui a engagé S. M. à refuser aux Américains qui se trouvent dans la péninsule tout changement de convocation. Ils seront très mécontents; mais, comme presque aucun d'eux ne serait élu député chez lui, quoiqu'ici ils marquent tous par leurs richesses, leur mécontentement n'influera guère au-delà des mers, et leur nombre l'aurait certainement fait sur les Cortès.

Le comte de Montijo a été exilé à Murcie, par ordre très sec du ministre de la Guerre, servant d'unique réponse" aux instances impudentes par lesquelles Montijo en demanda une à ses plaintes.

Comme il a publié un manifeste pour engager les troupes à la révolte, et qu'il a refusé de se soumettre aux ordres du Roi en cédant son commandement au général Santoiceldes, il n'est pas douteux que le comte de Montijo a mérité la mort. Mais les circonstances le garantiront apparemment contre toute autre punition que celle d'être tenu à l'écart. On attend ici d'un moment à l'autre l'Empécinado, et il est pro-

1. Lettre interceptée et copiée par les soins du Cabinet Noir (police de S. M. Louis XVIII).

bable que le gouvernement pourra maintenir son autorité dans la Vieille-Castille...

Voici maintenant l'acte de naissance de l'Impératrice Eugénie :

Traduction 1 .

Traduit de l'espagnol (L. S. N* 4, 622,757)

Timbre du traducteur assermenté près la Cour d'appel de Paris n° 1403 {Ch. Cighera).

« Je soussigné, curé titulaire de l'église paroissiale de Sainte-Marie-Madeleine de cette ville, certifie qu'au livre 21 des baptêmes de ces archives, folio 490, se trouve le suivant :

« Acte. En la ville de Grenade, le six mai mil huit cent vingt-six, je D r D. Rafaël S d0 Aimera, grand chapelain d'honneur de Sa Majesté en la chapelle royale de cette ville, avec l'autorisation épiscopale et le consentement de M. le curé de l'église paroissiale de Sainte-Marie-Madeleine de cette ville, y ai baptisé solennellement Màrie-Eugénie-Ignace-Augustine, née le 5 mai de l'année courante, fille légitime des excellentissimes seigneurs D. Gipriano Guzman Palafox'y Portocarerro et dame D a Maria- Manuela Kirckpatrick y Grivegnee, comtes de Téba, marquis d'Ardales et grand d'Espagne, le père natif de la ville et capitale de Madrid, deuxième fils des excellentissimes seigneurs D. Felipe Palafox Croy de Habre et dameD a Maria-Francisca-de-SalesPortocarreroyZuniga, comtes de Montijo, natif de Madrid, et la mère native de Malaga et fille de M. Guillaume Kirckpatrick- Wilson, natif de Dumfrite dans le Royaume-Uni de la Grande- Bretagne et de D a Francisca Grivegnee y Gallegos, native de Malaga. A été parrain son oncle paternel l'excellen-

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