‹ Le prince impérial: Napoléon IVChapitre 9 sur 90 · Volume II, p · texte numérisé non relu

Volume II, p

Par conséquent, l'honorable D. A. Bingham et M. P. Larousse tendent non seulement à faire supposer que l'Impératrice Eugénie est née après la mort ou en l'absence de son père, mais encore M. Larousse le dit positivement.

Ces messieurs se sont trompés. Eugénie de Montijo serait, en effet, née trois ans après la mort de son père légal, si sa mère s'était appelée Dona Maria del Pilar. Mais, comme son acte de naissance porte qu'elle est fille de Mademoiselle Kirkpatrick, elle ne peut pas être en même temps fille de deux mères différentes.

Je sais bien qu'on pourra m'objecter que Napoléon III, ayant été dix-huit ans au pouvoir après son mariage, a eu tout le temps nécessaire pour changer au besoin l'acte de naisance de sa femme. Deux raisons militeraient en faveur de cette dernière hypothèse :

La première, c'est qu'il est de tradition dans la famille des Bonapartes de remanier les actes d'état civil ;

La seconde, c'est que de pareils tours de passe-passe, fort difficiles, pour ne pas dire impossibles, en France, ne sont, en Espagne, qu'un jeu d'enfant, une simple question d'argent.

Mais je ne saurais admettre, et je crois que la logique et le bon sens sont d'accord avec moi, que, s'il est facile de changer un acte quelconque, il le soit également d'en changer toute une série, à Grenade, à Malaga, à Madrid, etc.

Marie-Françoise-de-Salles-Guillerma-Cyprienne de Montijo, née le 27 janvier 1825, et qui avait épousé, en 1844, le duc d'Albe, avait bien dû produire son acte de naissance lors de son mariage. Et, comme ce mariage avait lieu neuf ans avant qu'il fût question de celui de Napoléon III, il n'y avait eu aucune raison pour falsifier cet acte. Gela rendait encore plus difficiles, sinon impossibles, les changements que l'Empereur aurait

voulu y apporter, car ce n'était plus seulement lacté de naissance de la duchesse d'Albe qu'il aurait fallu remanier pour le rendre conforme à celui de sa sœur, mais c'était encore l'acte de mariage du duc d'Albe luimême.

Je le répète, je ne crois pas qu'aucun changement ait été apporté dans ces actes : aussi ai-je peine à m'expliquer la crainte que la famille Impériale a toujours eue de les montrer...

Napoléon III, en créant une juridiction spéciale pour les actes de l'état civil de sa famille quelques jours avant son mariage, semble être allé au-devant de la malveillance, et autoriser les suppositions, qui n'ont pas manqué, du reste, de se produire.

Lorsqu'on est le neveu de celui qui a fondé le code Napoléon, de celui qui a consacré l'égalité de tous les Français devant la loi, n'est-il pas étrange de s'y soustraire, en créant une loi d'exception à son profit?

Pourquoi toutes ces craintes, toutes ces défiances, et comment n'a-t-on pas compris qu'elles ne donnaient que trop raison à ceux qui ont prétendu et qui prétendent encore que la naissance de l'Impératrice est entourée d'un mystère?

Ce sera, sans aucun doute, à la génération qui nous suit de l'éclaircir. Je donne plus loin l'acte de naissance de l'Impératrice, acte authentique, signé, paraphé, légalisé, etc, etc. C'est une pièce curieuse pour les lecteurs. Mais pourquoi encore n'ai-je pu obtenir cet acte qu'en faisant mouvoir, en Espagne, des influences de premier ordre, qu'en faisant agir un ministre ?

J'avais bien écrit au syndic de Grenade, lui exposant l'objet de ma demande. Pas de réponse.

Nouvelle lettre, cette fois recommandée. Encore pas de réponse. , .

Enfin, deux nouvelles missives adressées au curé de

la paroisse où la déclaration de la naissance avait qu lieu eurent le même sort que les précédentes : pas même un banal accusé de réception.

Je le répète, il a fallu faire intervenir, à la suite d'un silence aussi obstiné, une puissance devant laquelle les autorités espagnoles devaient plier.

M. Gbarles Nauroy, dans l'ouvrage qu'il vient de publier : le Secret des Bonapartes, s'exprime en ces termes :

« Ce n'est pas sans de longues hésitations que je livre à la publicité les faits qu'on va lire. Lu par des Princes appartenant aux trois familles qui ont régné sur la France, je suis tenu à une certaine discrétion dans l'indiscrétion *.

« Les deux actes de naissance publiés dans la brochure officieuse V Impératrice, 1877, in-8°, p. 14 et 15 [Bibliothèque Nationale, L. b. ^) sont authentiques, mais ils ne sont pas les actes de naissance de l'Impératrice et de sa sœur la feue duchesse d'Albe : ce sont les actes de naissance de deux filles de Madame de Montijo mortes en bas âge. Ni l'Impératrice ni la duchesse d'Albe ne sont les filles de Madame de Montijo.

« On lit dans un rapport du 8 février 1852 (Archives de la Préfecture de police) que le duc d'Ossuna était un « ancien amant heureux de l'Impératrice, à qui il aurait même fait un enfant ». Mariano, duc d'Ossuna, né à Madrid le 19 juillet 1814, mort à Beausinne (Belgique) le i er juin 1882, marié le 4 avril 1866 à Maria-Léonor- Crescencia-Catalina de Salm-Salm, née le 21 janvier 1 847 (De Bethencourt, Anales de la Nobleza de Espaha, 1882, 205), ambassadeur à Saint-Pétersbourg, fut ambassadeur d'Espagne à Paris. C'est à un ami commun qu'il a confessé ce que je viens de dire et ce que je vais dire.

« A la date de son mariage, l'Impératrice avait 29 ans,

Page 1