CHAPITRE X
Influence de l'Impératrice sur la politique de l'Empire . — Guerre du Mexique. — Guerres de Crimée et d'Italie. — L'Impératrice régente et son parti. — L'Impératrice pousse à la guerre de 1870. — Conspiration de palais. — Le prince Napoléon et M. Rouher. — Un paria. — Un réquisitoire formulé par Napoléon III. — Mesure fatale. — La déposition de M. Brame.
Le dernier mois du séjour de l'Impératrice aux Tuileries fut épouvantable. Les révolutions ont leurs petits côtés, et les agissements des souverains qui commencent à sentir leur trône craquer de toutes parts, qui vivent au milieu des paniques, et sont poussés tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, par des avis contraires, se ressentent fatalement de cette incertitude. Ces malheureux souverains sont dignes d'une véritable compassion. Heureux quand ils ne doivent pas, comme l'Impératrice Eugénie, préparer en secret une fuite probable!
L'Impératrice quitta les Tuileries comme les avait quittées Louis-Philippe, en fiacre. Le Roi avait choisi le côté des jardins, la place de la Concorde, pour gagner le large : l'Impératrice prit la direction opposée, et monta en fiacre au bas de la colonnade du Louvre. Si les deux directions étaient différentes, le résultat n'en fut pas moins le môme.
M. Saint-Marc Girardin a dit 1 : «Quelques personnes parmi les partisans mêmes de l'Empire croient que l'Impératrice Eugénie n'a pas eu une influence heureuse sur la politique de l'Empire. Tl est possible que depuis Sadowa l'Impératrice ait cru que la dynastie impériale, c'est-à-dire l'avenir de son fils, ne pouvait se consolider que par la guerre, et qu'elle ait par là perdu ce qu'elle voulait sauver. En tous cas, ce n'est pas sa régence des derniers jours de l'Empire qui a introduit cette politique aux Tuileries. »
En effet, l'influence de l'Impératrice sur la politique de l'Empire s'est fait sentir à partir de la guerre du Mexique. Écoutons l'auteur du Dernier des Napoléon :
« C'est du petit salon privé de S. M. l'Impératrice que sortit la guerre du Mexique. Jusqu'alors la fille de la comtesse de Montijo s'était peu mêlée aux" choses de la politique.
« Vivement battue en brèche par toute la famille des Bonapartes, irritée par les écarts conjugaux de son époux, dont les épisodes scandaleux éclataient jusque dans les fêtes officielles et affolaient l'irritable Espagnole, au point qu'elle se sauvait en Ecosse ou en Allemagne, la tête pleine de projets extravagants;... toutes ces causes, et d'autres plus intimes, l'avaient constamment tenue à l'écart de toute ingérance dans le gouvernement.
« Le jour où plus de résignation de son côté et plus d'affaissement du côté de l'Empereur avaient abouti à un compromis et à une suspension d'hostilités, la femme demanda à l'ambition le dédommagement de l'épouse; au pouvoir, une revanche contre ses ennemis. Nous venons d'indiquer que cette nouvelle phase gouvernementale débuta par l'expédition du Mexique.