‹ Le prince impérial: Napoléon IVChapitre 28 sur 90 · février · texte numérisé non relu

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trice, ne consultant sans nul doute que ce qu'elle croyait être l'intérêt dynastique de son fils, lui prêtait tout son appui.

« Aussi, dans cette séance néfaste qui eut lieu au palais de Saint-Gloud et d'où surgit la déclaration de guerre, l'Empereur fut-il grossièrement trompé par l'envoi de fausses dépêches qui précipitèrent la solution et enlevèrent le consentement de Napoléon III, après une vive résistance tant de sa part que de celle de plusieurs membres éminentsde son ministère.

« Le lendemain, ou plutôt quelques heures plus tard, car le conseil des ministres, réuni à Saint-Cloud, n'avait pris fin que vers quatre heures du matin, le duc de Gramont, du haut de la tribune du Corps législatif, avait déclaré la guerre à la Prusse. Le gant était jeté, le mal était fait.

« La conspiration du palais avait fait son œuvre. L'Empereur, souffrant, allait être éloigné ; l'Impératrice devenait régente, et les menées machiavéliques de M. de Bismarck étaient puissamment secondées par l'ambition de quelques personnages dont on a pu suivre les intrigues pendant les péripéties de la campagne.

« Napoléon III, avec le courage et l'audace qui avaient signalé les faits principaux de son émouvante carrière, n'hésita pas à se mettre à la tête de son armée; quoique sa maladie eût fait de rapides progrès, il trouvait dans son âme l'énergie nécessaire pour surmonter les douleurs physiques, qui l'abattirent bien moins, quoi qu'on en dise, que les souffrances morales qu'il eut à subir.

« Après les premiers revers de nos armées, il se rendit parfaitement compte de la trahison qui l'étreignait ; mais il était trop tard pour en conjurer les coups. On avait systématiquement rendu impopulaire le seul homme qui aurait pu sauver la situation, le Prince

Napoléon, dont il appréciait les brillantes qualités: il le fit en effet appeler au camp de Ghâlons ; mais, là comme ailleurs, l'influence du Prince devait être contrecarrée par la présence de M. Rouher, qui venait d'être envoyé officieusement par l'Impératrice auprès de l'Empereur.

« On sait avec quelle persistance l'Empereur fut tenu éloigné de Paris ; on se rappelle la dépêche apportée par M. Rouher: «Avez-vous réfléchi, disait l'Im- « pératrice-Régente, à toutes les conséquences qu'amè- « nerait votre retour à Paris sous le coup de deux « revers? Pour moi, je n'oserais prendre la responsabi- « lité d'un pareil conseil. » Puis le refus de laisser concentrer l'armée autour de Paris, les ordres péremptoires adressés au maréchal Mac-Mahon de marcher à l'aventure au secours «de Bazaine, enfin l'exécution de ce plan dangereux et néfaste imposé par le gouvernement de la Régente, la marche de flanc de l'armée de Mac-Mahon sur les Ardennes, plan qui devait fatalement aboutir à Sedan.

« Napoléon III avait enfin compris l'étendue des intrigues qui l'enveloppaient ; il voyait clairement que l'objectif principal qui se dissimulait sous l'opposition qu'on faisait à son retour à Paris n'avait d'autre but que de l'empêcher de reprendre en main les rênes du gouvernement; néanmoins, une pensée chez lui dominait toutes les autres : c'était de ne rien faire qui pût entraver la défense nationale. A l'appui de ce que j'avance, je vais donner le texte d'une note manuscrite qui fait partie des divers documents qui me furent remis par l'Empereur ; elle est écrite de sa main :

«Lorsque, en partant pour la guerre, l'Empereur institua une régence à Paris, il pensait que du quartier impérial on pourrait encore diriger la marche des affaires : d'après les précé-

dents du premier Empire, la régence ne devait fonctionner qa'à partir du moment où l'Empereur aurait quitté le territoire français. C'est ce qui avait eu lieu, en 1859, pendant la campagne d'Italie. Mais en 1870, la régence prit les rênes du gouvernement dès le départ de l'Empereur de Paris, et, quoique, par les lettres- patentes, l'Impératrice n'eut que des pouvoirs restreints, comme elle présidait un ministère déclaré responsable par la Constitution, il s'ensuivit qu'il y eut au fond deux -gouvernements : l'un à l'armée, ayant toutes les attributions de la souveraineté, sans avoir auprès de lui aucun des intermédiaires légaux pour l'exercer; l'autre à Paris, entouré de tous les dépositaires de l'autorité, mais ne possédant pas toutes les prérogatives du pouvoir.

« Ainsi la Régente n'avait le droit ni de convoquer ni de changer les ministres, ni de nommer à aucun emploi élevé civil ou militaire, ni d'exercer le droit de grâce, et cependant elle avait à côté d'elle un ministère responsable.

« Ainsi les Chambres furent convoquées sans que les ministres eussent demandé à l'Empereur son consentement, et il ne pouvait y avoir de convocation légale que par un décret signé de l'Empereur.

« Réunir les Chambres après des échecs militaires, c'est en France appeler la Révolution, car dans les malheurs publics ce sont les passions qui dominent; l'opposition voit grandir son influence en raison directe des revers de la patrie, et, loin de soutenir le gouvernement par patriotisme, elle cherche tous les moyens de l'affaiblir, de le renverser. La première conséquence de la réunion du Corps législatif fut la chute du ministère Ollivier et la formation d'un nouveau ministère; mais il en résulta que, contrairement à la Constitution, les ministres furent choisis sans la participation de l'Empereur, et ceux-ci, dès leur entrée en fonction, pressés par la nécessité, se virent forcés de nommer à tous les emplois, de choisir les généraux en chef et de tout décider, en un mot, sans en référer à l'Empereur. »

« Telle est la note écrite de la main de Napoléon III : c'est un réquisitoire qui établit carrément l'existence de

la conspiration dont j'ai parlé et dont l'Empereur fut la victime.

« Bientôt il ne fut plus consulté sur les opérations militaires, et il suivit l'armée sans autorité comme sans prestige : le gouvernement de la régence avait décrété son abdication morale, en attendant qu'elle trouvât l'occasion de proclamer l'abdication réelle, définitive. [Extrait de mes notes inédites.)

« Comte de La Chapelle. »

Voyons encore quel est le jugement de M. Emile Ollivier, le propre ministre de la Régente 1 :

« Cessant d'être à la tête de son armée, il (l'Empereur) devait se replacer à la tête de son gouvernement. Ainsi avait fait le czar Alexandre en 1812. La Régence lui interdit le retour à Paris, le met à la suite, dans les fourgons, comme un bagage. Il ne commandera plus et il ne gouvernera pas. Les fonctionnaires sont invités à ne pas aller en costume à la fête du 15 août; défense est faite de prononcer son nom nulle part. Qu'étaitce autre chose que le déposer?

« Le malheureux Souverain, accablé sous l'infortune et la maladie, craignant de compromettre la défense, ne se révolte pas contre un pareil traitement. Il estime funeste de discontinuer le repliement sur Paris et il le dit; néanmoins, ne commandant ni ne gouvernant, il suit l'armée, va s'engouffrer avec elle à Sedan. Là, il sort de son anéantissement pour assumer la responsabilité, que nul n'osait prendre, de sauver nos soldats d'un égorgement inutile. Immolation sublime, où l'on retrouvç son grand cœur!

« L'Empereur était déposé par les siens depuis le 12 août, mais l'Empire était nominalement encore de-

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