‹ Le prince impérial: Napoléon IVChapitre 31 sur 90 · Séance du Corps législatif du 30 juin · texte numérisé non relu

Séance du Corps législatif du 30 juin

Oirne pouvait pas, pendant l'Empire, servir brillamment sa patrie sans exciter la haine et la jalousie des nullités militaires qui encombraient les antichambres et les salons impériaux.

M. Brame, qui fut ministre de l'Instruction publique le 10 août 1870, a dit, dans sa déposition devant l'enquête chargée d'examiner les actes du gouvernement de la Défense Nationale, comment l'Impératrice avait été amenée à s'adresser au général de Montauban :

Le dimanche 7 août, j'étais dans le département du Nord, lorsque, subitement, nous reçûmes, mes collègues et moi, l'avis pressant de nous rendre à Paris. Le lundi, dès mon entrée au Corps législatif, je trouvai dans la salle des conférences du Palais-Bourbon cent députés environ. Ils s'étaient réunis pour se concerter sur les mesures commandées par la situation. Un grand nombre d'entre eux appartenaient au centre gauche, au centre droit et à la droite; ils se rendirent dans un bureau pour délibérer sur les mesures à prendre, et me firent l'honneur de me nommer leur président. Immédiatement la résolution fut adoptée d'envoyer des délégués à l'Impératrice. M. de Dalmas 1 fut chargé d'obtenir une audience pour le soir même, et fit bientôt connaître que l'Impératrice recevrait dans la soirée les députés qui seraient désignés par leurs collègues.

Six députés furent délégués : deux appartenaient au centre gauche, deux au centre droit, deux à la droite; ils représentaient ainsi les diverses fractions conservatrices de la Chambre. On décida qu'ils se rendraient aussitôt aux Tuileries, et demanderaient h Sa Majesté l'Impératrice de réaliser les trois mesures suivantes :

1° Le renvoi immédiat du ministère Ollivier;

2° La nomination du général Trochu au ministère de la Guerre dans le nouveau cabinet ;

3° La nomination du général de Montauban au commandement de l'armée chargée de couvrir Paris.

Les six députés délégués furent : MM. J. Brame, de Dalmas

i. M. de Dalmas, chambellan de l'Empereur.

(centre gauche), Dupuy de Lôme et Josseau (centre droit), Dugué de la Fauconnerie et un autre député dont le nom m'échappe en ce moment. Au moment où nous arrivâmes aux Tuileries (dix heures du soir), l'Impératrice présidait le conseil des ministres; elle sortit aussitôt, et nous reçut dans le salon voisin.

La situation, ses périls, les fautes commises, la nécessité des mesures immédiates à prendre, furent exposées sans déguisement. Après nous avoir entendus, l'Impératrice appela la discussion sur chacune des mesures que nous lui proposions d'adopter sans délai:

1° Sur le renvoi du ministère Ollivjer, elle pensait qu'une crise ministérielle en face de l'ennemi serait périlleuse, jetterait des inquiétudes dans les esprits, au moment où nous avions tant besoin de fermeté et de confiance.

« Cette crise, ajoutait-elle, pourrait faire croire à un désaccord entre le gouvernement et le Corps législatif, alors que l'union seule pouvait encore tout sauver. »

Elle termina en déclarant qu'une des premières nécessités de la situation était de ne pas perdre un instant pour réorganiser la défense.

Nous insistâmes sur l'urgence de la mesure: l'état de l'opinion, disions-nous, l'exigeait; c'était dans l'intérêt de la défense même, et pour donner de l'élan et de Pénergie, qu'elle était indispensable. Un délai de vingt-quatre heures au plus pouvait suffire à tout. Sur la proposition de nommer le général Trochu au ministère de la Guerre et le général de Palikao au commandement de l'armée destinée à couvrir Paris, l'Impératrice nous dit qu'elle avait fait faire des ouvertures au général Trochu à ce sujet, mais qu'il avait mis pour condition à son acceptation qu'il lui serait permis, en montant pour la première fois à la tribune, de dévoiler toutes les fautes commises depuis 1866. « Une telle condition dans un tel moment est-elle acceptable, dit l'Impératrice, alors que l'ennemi nous menace, et est prêt à profiter de nos discordes intérieures? Faut-il développer plus ou m'oins longuement à la tribune nos côtés faibles, et se livrer à des dissertations qui viendraient révéler à l'ennemi ce que nous avons intérêt à lui cacher? J'en fais juge chacun de vous. »

Deux députés (MM. Josseau et de Dalmas) insistèrent, et demandèrent à l'Impératrice de voir elle-même le général Trochu, convaincus qu'il avait trop de patriotisme pour persister à mettre une pareille condition à son acceptation. «Gela serait sans efficacité, répondit l'Impératrice : il faut aller vite, nous n'avons plus de temps à perdre ; l'un des amis du général l'a vu de ma part, et le général a formellement et nettement insisté sur sa détermination, qui est absolue. »

Elle nous laissa entrevoir que son choix se porterait sur le général de Montauban, comte de Palikao, qu'elle avait appelé de Lyon à Paris. t

Je sais que partout la vérité est difficile à montrer. Je crains qu'en France elle ne sorte plus de son puits ; et si, par impossible, elle en sortait, elle serait habillée. Je vais néanmoins essayer de la déshabiller, en rétablissant les choses telles qu'elles se sont passées véritablement.

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