‹ Le prince impérial: Napoléon IVChapitre 34 sur 90 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Impéritie de l'Empire. — Aveuglement. — La dernière nuit aux Tuileries. — Désarroi général. — Le fossoyeur des dynasties. — L'influence d'une amazone. — Abandon et départ. — Une lettre de sir John Burgoyne. — Une mémoire rebelle. — Le Log-Book de la Gazette. — Générosités royales.

Il n'existe assurément dans les annales d'aucune époque, d'aucune nation, de monstruosité aussi navrante que cette impéritie que l'Empire révéla, à cette heure suprême, au monde stupéfait. Toutes les descriptions que nous pourrions tenter resteraient bien au-dessous de l'éloquence des télégrammes officiels découverts parmi les papiers secrets des Tuileries. Nous en choisissons quelques-uns entre cent :

Intendant général à administration Guerre, Paris.

Il n'y a à Metz ni sucre, ni café, ni riz, ni eau-de-vie, ni sel, peu de lard et de biscuit. Envoyez d'urgence.

Général Ducrot à Guerre, Paris.

20 juillet 1870.

Demain il y aura à peine 50 hommes pour garder la place de ÎNeuf-Brisach; et Mortier, Schlestadt et Lichtenberg sont

également dégarnis... Les Prussiens sont déjà maîtres de tous les défilés de la Forêt-Noire.

Général commandant 4* corps au Major général, Paris.

Le 4 me corps n'a encore ni cantines, ni ambulances, ni voitures d'équipage... tout est complètement dégarni.

Intendant 3 e corps à Guerre, Paris.

Le 24 juillet 1870.

Le 3 e corps quitte Metz demain. Je n'ai ni infirmiers, ni ouvriers d'administration, ni caissons d'ambulance, ni fours de campagne, ni train', ni instruments de pesage, et, à la 4 e division de cavalerie, je n'ai pas même un fonctionnaire. Je prie Y. E. de me tirer d'embarras.

Général artillerie à Guerre, Paris.

28 juillet 1870.

Le colonel du 1 er du train m'informe d'un fait grave : sur 800 colliers restant à la direction de l'armée, 500 se trouvent trop étroits. Que faire? Il y a en magasin à Douai 1 700 colliers, dont un tiers se trouve dans le même cas.

Intendant 6° corps à Guerre, Paris.

8 août 1870.

Je reçois de l'intendant en chef de l'armée du Rhin la demande de 400000 rations de biscuits et vivres de campagne: Je n'en ai pas une.

Maréchal Canrobert à Guerre, Paris.

10 août.

Je continue à n'avoir ni marmites, ni gamelles ; blessés e* malades sont dépourvus de tout. Nous n'avons ni sacs de couchage, ni assez de chemises, ni assez de chaussures.

Préfet Gard à Intérieur, Paris.

21 août

Directeur d'artillerie de Perpignan me renvoie à celai de Montpellier, qui ne m'envoie rien. — Marseille prétend n avoir pas d'ordres.

Voilà des lambeaux d'armée allant au hasard, dans une anarchie complète, au devant des avalanches compactes delà Prusse, et qui n'ont ni armes, ni munitions, ni vivres, ni ambulances, ni chirurgiens, ni infirmiers, ni cartes, ni plans, ni ordres, ni chef... Mais voici mieux, voici le couronnement de cette sanglante mascarade :

Un général, que le gouvernement impérial envoie dans une place-forte pour prendre le commandement d'un corps de troupes, télégraphie :

Général Michel à Guerre, Paris.

Bel fort, 21 juillet.

Suis arrivé à Belfort : pas trouvé ma brigade ; pas trouvé général de division. Que dois-je faire? Sais pas où sont mes régiments 1 .

La seule personne qui semblât douter de cet état de choses c'était l'Impératrice, bien que toujours sous l'impression qu'elle pouvait être massacrée d'un moment à l'autre; mais elle croyait que la garnison de Paris défendrait la cause impériale et le trône jusqu'à la dernière extrémité. Son aveuglement était poussé si loin, qu'elle n'aurait sans doute pas quitté les Tuileries, le 4 septembre, sans la pression qu'exercèrent sur elle, et pour cause I les ambassadeurs Nigra et Metternich.

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