CHAPITRE XXI
Rapport du lieutenant Carey. — Déposition du sergent Willis. — Déposition du caporal Grubb. — Déposition du cavalier Cochrane. Opinion [de la presse anglaise. — Établissement des responsabilités.
Revenons maintenant sur les bords du Blood-River— rivière du Sang, — nom sinistrement prédestiné.
Le Daily Telegraph recevait de son correspondant de Maritzbourg une lettre contenant le récit de la mort du Prince fait par le lieutenant Carey. Peu après, parvenaient en Angleterre le rapport officiel du lieutenant Carey et les dépositions des soldats qui accompagnaient le Prince.
Yoicice rapport et ces dépositions, que, pour l'intelligence du récit, j'annote en les transcrivant, au lieu de faire mes réflexions après coup :]
Rapport du lieutenant Carey.
Ayant appris que le Prince devait, le 1 er juin, aller reconnaître le pays en avant de la colonne, afin de choisir un emplacement pour le nouveau camp *, je proposai de î'accom-
1. Comment allait-il reconnaître le pays et choisir le\ camp, puisqu'il n'était pas enrôlé dans V armée et était simplement specta-
pagner 1 , parce que j'avais déjà parcouru cette contrée à cheval *. Ma demande me fut accordée, mais ta colonel Harrison me déclara que je né devais pas intervenir d'aucune manière dans ce que ferait le Prince, parce qu'il désirait lui laisser tout le mérite du choix du camp.
Un moment avant de partir, n'ayant pas trouvé d'escorte préparée 1 , je m'adressai à la brigade major de cavalerie. A 9 heures 45, six hommes du corps de cavalerie de Belliogton vinrent se placer en bataille devant le quartier général.
Avec ces hommes et un Zoulou ami, nous nous mîmes en route 4 . Six Basutos du camp de Shepstone avaient reçu l'ordre de venir avec nous.
Avant de traverser Blood-Biver, nous les envoyâmes réclamer, et le messager revint en nous disant qu'ils nous rejoindraient sur la colline, entre les hauteurs d'Incenzi et d'Italzi. Nous renvoyâmes le messager avec ordre de ramener lui-même l'escorte 8 . Nous aperçûmes à ce moment, à droite et à gauche, de fortes colonnes de Basutos, et nous mimes pied à terre au pied d'un monticule.
Le colonel Harrison arriva au galop, en nous annonçant que la cavalerie du général Marshall était en route. Je suggérai au Prince l'idée d'attendre le reste de l'escorte, mais il me répondit :
« Oh non! nous sommes bien assez en force 6 . »
1. Carey a demandé non-seulement à accompagner le Prince» mais à commander l'escorte. Il a prétendu plus tard, pour se dégager, que c'est le Prince qui en était le commandant. Notre enquête prouve que le véritable commandant était Carey, le Chef du cabinet du Ministre de la guerre le dit du reste lui-même dans la lettre qu'on lira plus loin.
2. Carey connaissait donc le pays où il conduisait le Prince.
3. Tous les militaires comprendront l'incorrection d'un pareil état de choses.
4. Qu'est devenu ce Zoulou ami et son cheval? S'il a été tué et qu'il soit vrai qu'on ait retrouvé les corps du Prince et des soldats, comment n'a-t-on pas retrouvé le sien? Qui lui avait donné l'ordre de se joindre à cette reconnaissance?
5. S'il est vrai que le colonel Harrison voulait laisser tout le mérite au Prince de désigner le camp, il ne s'était guère préoccupé de sa sûreté personnelle.
6. En admettant que le Prince ait dit cela, ce que du reste rien
Nous gravîmes la côte rocheuse qui domine la rivière d'Ilotozi, et je proposai de desseller; mais le Prince préféra le faire plus près de la rivière. Nous restâmes une demi-heure à prendre des esquisses du pays environnant, que nous fouillions avec nos lunettes. Ne voyant rien de suspect, nous descendîmes au Kraal, dans la vallée, et nous dessellâmes nos chevaux. On ne prit pas de précautions, parce qu'on ne s'attendait pas à la présence des Zoulous, que rien ne trahissait nulle part.
Le Prince était fatigué, et se coucha en dehors de la hutte; les hommes firent le café, et moi je fus reconnaître avec ma lunette 1 . A 3 heures 55, je proposai de faire seller les chevaux. Le Prince me dit d'attendre encore dix minutes, mais il en donna l'ordre au bout de cinq minutes '. J'avais sellé et fêtais à cheval lorsqu'on entendit un bruit suspect. Le Prince commanda de se préparer à monter à cheval *.
Je regardai autour de moi, et je vis le Prince le pied à rétrier. Au même moment je donnai l'ordre de monter à cheval 4 , et, comme les hommes se mettaient en selle, je vis, à environ 20 yards de distance, des Zoulous qui se précipitaient vers nous. Ils firent feu pendant que nous prenions le galop. Je croyais que tous les hommes étaient montés à cheval, et, comme je savais que leurs carabines n'étaient pas chargées § , je jugeai que le meilleur parti à prendre était de nous échapper le long des herbes avant de faire halte.
Connaissant la maladresse des Zoulous à tirer 6 , je ne m'attendais pas à ce que l'un de nous pût être atteint. Lorsque nous approchâmes de la donga, nous dûmes faire volteface pour surveiller la retraite. En me retournant, je vis un
ne prouve, Carrey commandait la reconnaissance, et c'était à lui à agir.
1. Pourquoi Carey a-t-il quitté ses camarades et qu'a-t-il été reconnaître?