M. Carey savait donc où le Prince était tombé
4. Ce Cafre est le Zoulou ami dont il a été parlé plus haut. Ne peut-on pas supposer avec raison qu'il n'était qu'un traître et que, tout en faisant boire les chevaux, il prévenait les Zoulous embus-
28i LE PRINCE IMPÉRIAL.
Le Caire ramena les chevaux, et à quatre heures nous reçûmes l'ordre de seller 1 . Le Cafre dit qu'il avait vu, an-delà de la rivière, un Zoulou gravissant la hauteur opposée.
Nous sellions aussi vite que possible. Le Prince donna alors l'ordre de monter, ce que nous Ames tbus, à l'exception du soldat Rogers, qui s'efforçait de saisir le cheval qu'il conduisait. A cet instant fut soudainement tirée une volée de coups de fusil, et nous partîmes à la hâte, excepté Rogers, que je vis couché contre la hutte.
— Avez- vous vu le Prince?
— Je ne puis dire. J'ai vu deux hommes tomber de cheval. Mais, étant au galop, je ne pus voir qui ils étaient. A environ 50 mètres en avant était une espèce de donga, et, quand nous rejoignîmes le lieutenant Garey, on nous dit que l'ordre était de gagner le camp du colonel Wood '. Les Zoulous continuèrent de tirer sur nous pendant deux cents mètres. Nous arrivâmes au camp tous ensemble, à environ sept heures.
— A quelle distance était situé le kraal?
— A environ douze ou quinze milles de la rivière Blood. •
— Quel était le nombre des Zoulous?
— D'après les coups tirés, je suppose une cinquantaine. Le caporal Çrubb prit le cheval du Prince et le monta, conduisant le sien propre à la main. Je n'ai jamais revu le Prince.
Déposition du caporal Grubb.
Deuxième Témoin : le caporal Giubb. ->- Avant d'arriver au kraal, le Prince alla avec le lieutenant Garey, au sommet de
qués?Qui ne se sont néanmoins montrés que lorsque le, lieutenant Carey était en selle et pouvait prendre la fuite ?
1. Il ne faut pas oublier que nous lisons le rapport d'un inférieur, qui a dû céder au sentiment de dégager autant que possible la responsabilité d'un supérieur, d'un compatriote. Et puis le pauvre Prince Impérial n'était plus là pour rétablir bien exactement comment les choses s'étaient passées.
2. Le Prince est mort, il ne pouvait plus commander. Le témoin évite quand môme de dire que Carey donna l'ordre de gagner le camp du colonel Wood : « On 'nous dit que V ordre était ». Il voudrait laisser supposer que c'était encore un ordre du Prince.
la hauteur, faire des esquisses. Nous atteignîmes au second kraal, qui avait une eneeinte en pierre pour les bestiaux; mais nous y trouvâmes deux ou trois chiens 1 et les traces du départ récent des Zoulpus. Le gazon autour de nous était de six pieds de haut. Quand le Prince monta en selle, la volée de coups de fusil fut tirée à vingt mètres environ. Les Zoulous criaient :
— Usutis ! Voilà les lâches Anglais !
Je me retournai : je vis les Zoulous, et je piquai de l'éperon. Je vis Rogers, qui n'avait pu monter, chercher refuge derrière une hutte, et je lui criai de venir. Je le vis viser un zouhu avec son fusil 2 . Je partis au galop a\ec Abel.
— Qui commandait alors?
— Le lieutenant Carey et Gochrane. A quelques mètres du kraal, une balle frappa Abel dans le dos. Il était à une demilongueur devant moi. Entendant les coups de feu, je me couchai sur mon cheval. Letoga passa, disant :
— Pique ton cheval, le Prince est à bas !
•Je regardai derrière moi, et je vis le Prince, à quelques longueurs de cheval, se cramponner aux étriers et à la selle de son cheval, et puis tomber 8 . Son cheval, autant que je pus voir, le foula aux pieds. Je saisis ma carabine pour tirer sur les Zoulous 4 ; mais, au même moment, mon cheval plongea dans la donga, et je tombai sur son cou, perdant •ma carabine chargée*.
Quand je me remis en place, je vis près de moi le cheval du Prince. Je ne pus m'en emparer, et je continuai ma route avec lui jusqu'au moment où je rejoignis le lieutenant Carey.
Le lieutenant dit : #
— Il faut qu'on saisisse le cheval du Prince.
Je laissai mon cheval, et je montai celui du Prince et le conduisis au camp. Les Zoulous nous attaquèrent, mais nous leur échappâmes.
1. On sait que les chiens des Zoulous ne vont jamais sans leurs maîtres; du moins le lieutenant Carey devait le savoir. Si dono on trouva des chiens, c'est que les Zoulous n'étaient pas loin.