JOHNSTON
M. Johnston écrit : « Mon opinion n'est pas, sans doute, conforme à celle de bien des gens ».
J'avoue, en effet, que je ne suis pas de son avis.
Qu'avait donc fait Carey depuis la mort du Prince, sinon préparer des réponses aux questions qui lui seraient sûrement adressées?
Carey a dit : « En Zoulouland tout homme démonté est un homme mort ». C'était donc tuer le Prince que de l'abandonner avant qu'il fût à cheval !
Carey ajoute : « Guerre de sauvage , où chacun cherche à sauver sa peau » .
On n'a pas besoin d'être au Zoulouland pour cela, c'est le sentiment qui domine généralement à la guerre : sauver sa peau le plus honorablement possible. Mais l'instinct de la conservation ne doit pas vous faire méconnaître vos devoirs les plus élémentaires d'officier et de frère d'armes.
' M. Johnston dit encore : « Carey ne se souciait pas d'être accompagné par le Prince ou de V accompagner ».
Pardon! on sait parfaitement bien que Carey commandait la reconnaissance, et le colonel Harrison a déclaré qu'il avait demandé à en faire partie, lorsqu'il avait appris que le Prince en était chargé.
M. Johnston croit, ainsi que cela semble ressortir des états de service que j'ai reproduits plus haut, que Carey n'était pas un lâche ! Tant pis pour Carey 1 II est alors bien plus coupable. S'il n'a pas cédé, sans raisonnement, à l'affolement de la peur; s'il s'est rendu compte de ce qu'il faisait : abandonner le Prince avant qu'il fût monté à cheval était, je le répète, suivant son propre dire, le condamner à mort.
Ceux qui ont prétendu que Carey ne se souciait pas d'accompagner le Prince se sont fait inconsciemment l'écho d'une erreur. Cet officier a demandé, je le répète, sachant que le Prince Impérial allait faire une reconnaissance, à commander les hommes de l'escorte. C'est lui, naturellement, comme chef, qui a choisi le campement, que lui avait probablement indiqué leZoulouami, qui a disparu, et pour caisse, et c'est lui qui a donné Tordre de desseller.
Qu'on ait équivoque pendant quelque temps avant de déclarer qui commandait réellement, cela est tout simple . Le gouvernement anglais avait intérêt, en cherchant à augmenter les responsabilités du Prince Impérial, à diminuer les siennes- Mais le lecteur croit-il un instant qu e le3 choses se passent aussi légèrement et d'une façon aussi désordonnée dans l'armée anglaise? que les généraux et les colonels ne sachent pas quel est le chef d'une reconnaissance qui n'a lieu que d'après leurs ordres?
Si le Prince Impérial avait été le commandant de cette expédition, lui qui n'avait pas de grade, à quel propos eût-on mis sous ses ordres un lieutenant de l'armée de la Reine, capitaine au North-Staffbrdshire régiment?
Enfin M. Johnston est convaincu que Carey eût laissé le Prince de Galles dans le même péril qu'il a laissé le Prince Impérial.
Je suis, moi, convaincu du contraire.