‹ Le prince impérial: Napoléon IVChapitre 64 sur 90 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Un point d'histoire. — Déclarations d'un communard. — Déclarations de Lomas et de Brown. — Les Zoulous. — Une lacune. — Le médaillon du Prince. — L'embaumement. — La prière du Prince Impérial.

On lisait dans le Goulots du 1 er septembre 1879 :

« Nous pouvons annoncer qu'on rassemble en ce moment les pièces d'un procès qui s'instruira à la grande clarté de l'opinion publique, en vue de fixer un point de l'histoire de ce temps. Il s'agit de savoir si, oui ou non, le lieutenant Garey commandait la reconnaissance dans laquelle le Prince Impérial a été tué, et, par conséquent, si, oui ou non, il est responsable de la mort du malheureux et héroïque jeune homme.

« Dans sa conversation du 20 août avec notre correspondant, le capitaine Garey déclara :

« Je n'ai pas désigné le lieu de la halte. Je voulais « m'arrêter sur une hauteur : le Prince a ordonné le « campement dans une sorte de vallée étroite. Je « n'avais pas le droit de faire prévaloir mon opinion : « le Prince, très autoritaire, ne l'eût pas admise. »

« Le même jour, le capitaine Garey déclarait également au correspondant du Daily-News que le malheureux Prince avait absolument le commandement ; que lui, et

nul autre, était responsable du lieu choisi pour desseller : That the unfortunate Prince was throughout the commander, and that he, and nobody else, was responsible for the ckoice of situation toun-saddle.

« La conformité des témoignages des deux correspondants prouve que les propos ont été tenus exactement comme ils le rapportent ; d'ailleurs le capitaine Carey a contre-signe et approuvé la relation du correspondant du Gaulois.

« Or, le 22 août, le capitaine Carey tenait un tout autre langage au correspondant du Daily-News. Qu'on remarque bien que ce journal a pris en main la cause du capitaine Carey et mené la campagne de réaction en sa faveur I Son témoignage a donc une importance exceptionnelle. Et voici ce qu'il fait dire au capitaine :

« Le capitaine désire qu'il soit clairement compris « qu'il n'a point de reproche à faire à l'infortuné Prince « pour le choix du lieu où l'on a dessellé, le choix de « ce lieu étant une chose pour laquelle peut-être tous « étaient plus ou moins responsables » : He desires it to be distinctly understood that he has no reproach to make on the unfortunate young Prince for the choice of the spot for. un-saddling, the sélection being one for which perhaps ail were more or less responsibles.

« Ces paroles méritent d'être pesées : l'expression en est embarrassée. Le capitaine dit que, pour le choix du lieu, peut-être tous doivent être plus ou moins responsables : voilà un peut-être, un plus ou moins, un tous, qui sont singuliers ; par tous, il faut évidemment entendre tous les deux, c'est-à-dire le Prince et lui: apparemment les hommes de l'escorte ne sont pas responsables. Le capitaine Carey n'a pas osé dire : « Tous les deux (both) » , parce qu'il craignait de se mettre trop clairement en contradiction avec lui-même; mais la contradiction existe, elle est éclatante : dans la première conversa-

tion avec le correspondant du Daily-News, il est dit que le Prince, et personne autre n'est responsable ; dans la seconde, il est reconnu que la responsabilité est partagée, et le capitaine tient beaucoup à ce que cela soit clairement compris.

« Que s'est-il donc passé entre la première et la seconde conversation? Voilà un mystère.

«Dans la conversation avec le correspondant du Gaulois, le capitaine dit : « Le Prince a dû ôtre tué en montant à cheval, et par le premier coup de zagaïe, qui lui a traversé les reins ».

«Or, dans le rapport officiel fait par le capitaine Molyneaux sur la découverte du corps du Prince, on lit :

« Le corps avait dix-sept blessures, toutes par devant, « et des marques sur le gazon et sur les éperons, que « nous retrouvâmes, indiquaient une résistance déses- « pérée » : The body had seventeen wounds, ail ofthem in front y and the marks on the ground and the spurs, when found, indicated a desesperate résistance.

« D'autres preuves d'ailleurs, et qu'on pourra produire, attestent qu'il y a eu combat.

« Voilà donc, sur deux points importants de son récit, le capitaine Garey contredit : sur le second, par le témoignage officiel d'un témoin oculaire; sur le premier, par lui-même.

« Si Ton veut bien considérer qu'il ne s'agit de rien moins que de rejeter sur la mémoire du Prince la responsabilité d'une faute militaire et de lui enlever le bénéfice d'une mort héroïque, on comprendra qu'il ne faut point se hâter de juger : il faut attendre que la vérité vienne et que la lumière se fasse. La vérité viendra ; la lumière se fera. »

Non ! la vérité n'est pas venue, la lumière n'a pas été faite/ On a établi que Garey commandait, en effet, la

reconnaissance ; mais on ne connaît pas encore la vérité tout entière sur la mort du Prince Impérial.

L'historiographe doit s'imposer comme devoir de reproduire indistinctement les différents courants d'opinions. C'est à ce titre que je donne les quelques lignes suivantes, extraites du Journal de Fidus. Je dois ajouter néanmoins que l'enfant fait préjuger de l'homme, et que le lieutenant Carey avait reçu au collège le surnom de Defectionner; ce qui équivaut, en langage parisien, à Lâcheur.

« Un journal anglais a publié la déclaration, à son lit de mort à l'hôpital, d'un communard qui a avoué que le Prince Impérial avait été vraiment assassiné par ordre des hommes qui nous gouvernent, et qui l'avaient acheté, lui, 50000 francs, lesquels furent payés à Genève. Il s'était rendu dans le Zoulouland, où il avait pu s'entendre avec les sauvages, peut-être avec le lieutenant Garey, afin de faire tomber le Prince dans un guetapens où il lui serait impossible de se défendre. Les républicains devaient, depuis longtemps, chercher les moyens de se débarrasser du seul homme qui pût renverser la République.

« Il était trop bien gardé en Angleterre pour qu'ils pussent réussir : j'ai vu à Chislehurst combien môme les environs étaient surveillés par la police anglaise. Dès qu'il fut hors d'Angleterre, ils purent se dire qu'il était à eux l ! »

J. Lomas m'a déclaré verbalement que, le premier, il avait reconnu le corps du Prince Impérial. J. Brown a fait la môme déclaration, comme il résulte d'un article de Y American Register du 2 août 1879. Le lecteur est en droit de se dire qu'un des deux doit se tromper. Eh

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