‹ Le prince impérial: Napoléon IVChapitre 66 sur 90 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Départ pour Londres. — A Camden-Place. — Cérémonial adopté. — Honneurs que Ton rendra. — Arrivée de personnages de distinction. — Bulletin de la santé de l'Impératrice. — Physionomie de Londres. — VEnchantress. — VOrontes. — Troupes désignées pour le service des obsèques. — Un sacrifice facile.

Je pense ne pouvoir mieux faire, pour raconter maintenant l'arrivée du corps en Angleterre, la réception à Woolwich et les funérailles du prince à Chislehurst, que de reproduire ce que j'ai écrit.

Rien ne vaut, à mon avis, un récit, fait au jour le jour, des événements qui se passent sous vos yeux.

Voici en quels termes le Gaulois du 6 juillet 1879 annonçait mon départ pour Londres et la mission qui m'était confiée.

Ce soir part pour Londres un rédacteur du Gaulois, M. Maxime Gérard, qui précède ceux de nos collaborateurs qui doivent assister aux obsèques du Prince Impérial.

La parfaite connaissance de l'Angleterre, où il a fait de longs et fréquents séjours, le désignait à notre cboix pour diriger les reporters qui représenteront le Gaulois à la triste et imposante cérémonie des funérailles -du Prince.

Dès le lendemain, je me mettais à l'œuvre.

Le lecteur ne trouvera pas sans doute, dans les extraits que je vais lui donner de ce que j'ai personnellement envoyé à la feuille dont j'étais le représentant sous le pseudonyme de Maxime Gérard, toutes les qualités de style qu'il serait en droit d'attendre. Il m'excusera, je l'espère, en réfléchissant que mes informations étaient hâtivement rédigées sur des notes prises çà. et là, et que j'avais à peine le délai nécessaire pour qu'elles parvinssent en temps utile à Paris.

Londres, 1 juillet — Ce qui m'a frappé en arrivant à Londres ce matin, c'est un aspect général de tristesse exceptionnelle. En vain la saison élégante est-elle commencée, on sent planer sur soi comme une atmosphère de mélancolie, on voit passer dans les rues un nombre considérable de gens tristes et en habits de deuil.

Le train qui m'amène a apporté un contingent nouveau à la masse des étrangers qui affluent ici, au milieu de cette population qui semble désireuse de leur témoigner sa sympathie.

De mémoire d'homme, dit-on autour de moi, on n'a vu de démonstrations plus touchantes et plus universelles.

Et encore est-on retenu — dans les régions officielles, du moins — par la crainte de voir le gouvernement français donner une interprétation politique et fâcheuse à ce mouvement d'opinion.

A Camden-Place on a reçu un nombre incalculable de télégrammes de condoléance signés non seulement de tous les noms illustres du Royaume-Uni, mais encore d'une foule de citoyens appartenant à toutes les classes.

Tous les souverains de l'Europe ont télégraphié, excepté, dit-on, le roi des Belges.

Vous pouvez démentir hardiment toutes les conversations politiques prêtées à l'Impératrice : Sa Majesté n'a pas quitté son appartement, où elle reste sous l'empire de son immense et inconsolable douleur.

Elle a un peu mangé, et ses forces physiques reviennent; mais elle se complait dans son chagrin, ne s'occupe de rien, ne sait même pas quel jour doit arriver le cercueil de son fils. Elle ne parle que du Prince, de ce qu'il a pu faire, dire ou souffrir dans son séjour en Afrique.

Il a été décidé qu'on ne l'avertira que lorsque le corps aura été placé dans le hall de Gamden-Place, où il ne doit rester que quelques heures samedi matin, de huit heures à onze heures probablement.

Ainsi que vous l'avez déjà dit, S. A. le prince Murât, le comte Davilliers, le baron de Bourgoing, le marquis de Bassano, le vicomte Aguado, le comte de Turenne, seront le mercredi soir à bord du yacht de l'Amirauté fEnchantress, qui passera la nuit en rade de Spithead, attendant Y Or ont es, qui arrivera à l'aube. Le transbordement s'opérera au petit jour, et VEnchantre&s partira pour Woolwich, où les constatations d'identité seront faites en présence de M 8 ' l'évêque de Southwark et de l'abbé Goddard.

Sur la jetée de Woolwich attendront le prince de Galles, le duc de Connaught, le duc de Cambridge, commandant les troupes pour la cérémonie, et les autres princes de la famille royale.

Le cercueil sera placé sur un affût, enveloppé de drapeaux français et anglais et entouré de deux cents cadets de Woolwich, suivis de deux batteries d'artillerie, et partira immédiatement pour Chislehurst, entre une double haie formée par les troupes de Woolwich.

Détail important :

Il est aujourd'hui officiellement démontré, par un

télégramme du gouverneur de Natal au ministre des Colonies, que le Prince, dans la reconnaissance où il a trouvé la mort, exerçait des fonctions commandées (the Prince vas acting under orders).

Les fables des journaux français qui prétendent le contraire inspirent ici un profond dégoût, car on comprend les mobiles qui guident leurs auteurs.

D'ailleurs on commente une dépêche qui vient de paraître et qui rend compte de l'interrogatoire du lieutenant Carey. Cet officier a déclaré qu'il n'avait jamais reçu l'ordre de traiter 4e Prince autrement que comme un officier ordinaire.

Ce détail, qui ne justifie pas l'abandon du malheureux jeune homme, prouve bien qu'il était en service et non en amateur, comme on Ta bassement insinué. Le lieutenant Carey sera traduit en cour martiale.

Londres, S juillet. — Tous les détails que je vous ai télégraphiés hier sur le programme de la réception du cercueil du Prince Impérial et des obsèques sont officiels et définitivement réglés.

J'y ajoute ceux-ci, que j'ai recueillis à Londres, à WoolwichetàCamden-Place. Le colonel Pemberton, qui accompagnele Prince depuis Natal, accomplira jusqu'au bout sa triste et noble mission, et prendra place à bord de YEnchantress.

Sur la jetée de Woolwich attendront, outre les Princes de la maison Royale et ceux de la maison Impériale, tous les officiers de Royal Artillery.

Le cercueil, débarqué, sera déposé dans une salle tendue de noir, où les constatations légales auront lieu, et où il sera ouvert.

Toutes ces formalités dépendent d'ailleurs de la teneur des procès-verbaux qui accompagnent le corps, et dont i n'a point encore connaissance en Angleterre.

Un détail touchant. Le comte Davilliers, à qui est échue jadis la mission de clouer la bière de Napoléon III après les constatations d'identité, rendra ce même devoir suprême au Prince Impérial : il a réclamé et obtenu ce triste privilège.

Le cercueil, de la salle funèbre à l'affût qui doit le transporter sous les plis des drapeaux français etanglais, sera porté à bras par les officiers de Royal Artillery. A l'affût seront attelés six chevaux de guerre.

Les honneurs militaires seront rendus sous les ordres du général Turoer, dûment commissionné à cet effet par le duc de Cambridge.

On m'assure, et cet hommage suprême serait bien dû au noble enfant, que les Princes de la maison Royale d'Angleterre tiendront à honneur de marcher à coté du cercueil, tenant eux-mêmes les cordons du poêle. C'est là une délicatesse qui sera certainement comprise et applaudie par le public anglais et par le public français, sans acception de parti.

Sur les prairies communales qui s'étendent entre Camd en- Place et l'église catholique de Chislehurst, les batteries de Royal Artillery sont rangées en bataille, et pendant toute la durée de la cérémonie, pendant le dénié du cortège, pendant le service et pendant qu'on donnera l'eau bénite, un coup de canon sera tiré toutes les minutes.

Les volontaires du Kent ont sollicité et obtenu l'honneur de partager le service avec lagarnisonde Woolwich. Les cadets de Woolwich seront chargés d'exécuter les feux de peloton et les salves de mousqueterie usités en ces cérémonies funèbres.

Après la messe, le corps rester, et, jusqu'au soir, les personues q ver place défileront devant le < l'eau bénite.

Le cercueil arrivera vendredi soir à Woolwich ; il en partira samedi à cinq heures du matin, arrivera à Chislehurst à huit heures. La cérémonie commencera à onze heures.

Le grand-chambellan de la Reine, lord Sidney, a été chargé de régler avec le duc de Bassano tous les détails du cérémonial civil, et avec le général Turner ceux du cérémonial militaire.

Je suis allé aujourd'hui à Chislehurst, et j'ai assisté aux premiers travaux d'aménagement de la chapelle ardente. Le Prince sera déposé en face du tombeau de son père, adroite du maître-autel.

On a réglé ici les dispositions de police pour le jour des funérailles. Un nombre considérable de policemen est commandé. Les compagnies de chenïin de fer ont préparé des trains à discrétion. On compte que^ ce jourlà, cent mille personnes au moins entoureront la petite église de Chislehurst.

Le 5 e lanciers doit venir de Brighton pour aider les policemen à pied et à cheval.

J'ai trouvé aujourd'hui, établis à poste fixe à Chislehurst, le prince Joachim Murât, qui part demain matin pour se rendre à bord de VEnchantress; le prince Charles Bonaparte, le duc et la duchesse de Mouchy, le comte Primoli, M. et M m6 Rouher, qui ont loué une petite maison dans le village; le marquis Roccagiovine, le duc de Bassano, le vicomte et la vicomtesse Aguado, MM. Davilliers, de Turenne, marquis de Bassano, Corvisart,Pietri, M me Lebreton, M lle deLermina, M me de Saulcy, le prince et la princesse de la Moskowa, le comte et la comtesse de la Poëse, la princesse Poniatowska.

Aujourd'hui sont venus de Londres : le prince Lucien Bonaparte, la princesse de Monaco, la duchesse de

ïlakoff, la comtesse Fleury, la maréchale Canrobert, la hesse d'Isly, la duchesse de Montmorency, le comte

et la comtesse Aguado, M. et M me Thirion-Montauban, le baron de Bulach, M. Léon Chevreau, M me Ducos, M me E. Dollfus.

Vous pouvez juger de l'encombrement que produit dans la petite gare de Ghislehurst l'arrivée de tous ces personnages de distinction.

On affirme ici que le Prince Napoléon et ses deux fils, accompagnés de la princesse Mathilde, partiront jeudi matin de Paris. Ils logeront à Londres, assisteront aux obsèques, et rentreront à Paris dimanche soir, après avoir passé la nuit de samedi à dimanche à Douvres.

On ne sait pas encore si les maréchaux pourront venir.

Vendredi 9 juillet. — Il est décidé, comme je vous le disais hier, que les huit cordons du poêle seront tenus par les quatre Princes fils de S. M. la Reine d'Angleterre, p%2*le prince de Suède, le duc de Cambridge, le maréchal Canrobert et le maréchal Lebœuf.

Tous les autres Princes anglais seront derrière le

cercueil avec le Prince Napoléon et les Princes de la

famille Impériale; le Prince de Monaco représentera

son père ; le Roi d'Espagne sera représenté par le. duc

de Frias.

Les Français auront à suivre le môme cérémonial que lors des funérailles de l'Empereur, et se grouperont dans le môme ordre.

Aujourd'hui un grand nombre de personnes sont venues à Camden-Place, et parmi elles MM. Pietri, Grandperret, Haussmann, Maigne, de Bé ville, etc.

Le Corps diplomatique résidant en Angleterre n'a pas épargné les démonstrations de sympathie, et tous les représentants des puissances, jusqu'au dernier attaché d'ambassade, se sont inscrits à Camden-Place.

Le marquis de Roccagiovine a été désigné pour

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s'aller mettre aux ordres du Prince arrivée à Londres, et le tenir au courai tails de la cérémonie.

pa L'Impératrice continuera à ne re<

la 1 M - * la duchesse de Mouchy et la vie

1*4 seules ont été admises auprès d'elle.

Le bulletin de santé du docteur Coi 6 conçu :

4 « La nuit a été assez bonne, l'Impérati

4 « peu. Pâleur extrême. »

Aujourd'hui, neuvième jour du mois, a entendu la messe à Gamden, selon un u depuis le 9 janvier 1873, jour de la mort de Le service divin a été célébré dans lachamb Impérial.

La pauvre mère ne sait pas encore quel le cercueil de son fils.

Au sujet des préséances de la cérémonie voici ce qui a été décidé à Camden-Place :

Après le Prince Napoléon, chef de la famille deux fils, viendront : 1° le prince Louis-Luciei parte, 2° le Prince Joachim Murât, 3° le prince < Napoléon Bonaparte, 4° le prince Louis Murât.

A propos du général Fleury, j'ai relevé ici, d conversations particulières, un étonne ment que géra sans doute le public français.

L'attitude prise vis-à-vis de lui est celle d'ui deur incompréhensible pour qui sait quel dévoi il n'a cessé de témoigner à la famille Impériale et profonde affection il avait pour le Prince. Il n'a consulté sur les dispositions à prendre au sujet rémonial, ni invité à prendre passage sur YEncha bien qu'ancien grand-officier de la Couronne.

Je vous ai télégraphié qu'il pèse sur Londi sentiment de deuil général. Gela est si vrai, que d

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plupart des boutiques on voit affiché, à l'intérieur, un portrait de l'infortuné Prince encadré d'un filet noir.

Pas un coin de rue, pas un marchand de journaux, pas un papetier, pas un bimbelotier qui n'ait des portraits du Prince à divers Ages et sous divers costumes. Le nombre des photographies vendues dépasse tout ce qu'on peut imaginer.

Le deuil est d'ailleurs ici de grande faskion, et, si les paletots de satin noir sont, depuis la nouvelle de la mort du Prince, le dernier mot de l'élégance féminine, il n'est pas moins touchant de rencontrer sans cesse dans la rue de pauvres diables qui, n'ayant pu s'offrir le luxe de vêtements noirs, ont mis un crôpe tout neuf sur un chapeau tout vieux.

Le temps semble d'accord avec cette tristesse générale. Si vous n'avez pas d'été à Paris, il n'y en a pas davantage à Londres. La campagne est inquiète, les récoltes sont compromises ; l'archevêque de Gantorbéry vient de faire dire des prières publiques afin de conjurer le mauvais temps.

On croit que Sa Majesté la Reine viendra rendre visite à l'Impératrice vendredi soir, accompagnée de la princesse Béatrice.

Les cadets de Woolwich, en grande tenue, accompagneront le cercueil jusqu'à Chislehurst. Les habitants de Woolwich et des environs tendront de draperies noires leurs maisons.

Les cloches de toutes les églises sonneront le glas dès que le convoi se mettra en marche. Les pavillons j. . — .. j e meT seron t amenés à mi-mât. Celui de iyal est déjà en berne, en signe de deuil.

landes d'entrer à l'arsenal de Woolwich, où S le cercueil une nuit, sont innombrables.

de Y Enchantress jusqu'à la salle funèbre de les marins porteront le corps du Prince : la

marine s'associera ainsi à l'armée de terre pour rendre au mort les honneurs funèbres.

Sur toute la route de Woolwich à Chislehurst, deux lieues, on érige de distance en distance des tribunes devant lesquelles passera le cortège.

Ce ne sont pas seulement les Français qui figureront dans le convoi funèbre, il y aura des députations d'Américains en ce moment à Londres et de toutes les nationalités étrangères.

L'arrière de YEnchantress est converti en chapelle ardente et décoré de drapeaux anglais et français.

La cabine sera tendue de drap noir, ainsi que les tapis et les cloisons. Le transbordement du cercueil ne devra pas occuper plus de cinq à dix minutes. Le trajet de Portsmouth à Woolwich durera environ quatorze heures.

En raison de ces modifications au programme primitivement arrêté, la population de Woolwich voit avec regret que le départ du funèbre cortège aura lieu à une heure trop matinale pour que la ville puisse rendre un dernier hommage aux restes du Prince, qui n'y a laissé que des amis.

On annonce en môme temps que les mesures d'ordre pour le passage à travers Woolwich ont été laissées, non à la troupe, mais à la police métropolitaine, qui fera le service d'honneur.

Le temps étant à l'orage, on craint que le transbordement du cercueil ne pourra pas se faire à Spithead. Le yacht Enchantress se rendra à Portsmouth, où, de son côté, YOrontes, signalé de Plymouth, arrivera au milieu de la nuit.

Je pars pour Portsmouth.

Au dernier moment, on m'annonce que les maréchaux ne viennent pas.

Le gouvernement français a conçu des inquiétudes

sur les proportions et les conséquences de la manifestation qui se prépare, et leur a refusé l'autorisation nécessaire.

Le Corps diplomatique assistera en entier à la cérémonie.

Le transbordement aura lieu demain, à l'aube, à Portsmouth ; VEnchantress arrivera demain soir à Woolwich, et le corps en partira vendredi matin et sera à Chislehurst à une heure.

A bord de VEnchantress , 9 juillet, onze heures. — Le prince Murât et les personnes de sa suite dont je vous ai envoyé les noms couchent ce soir à bord de VEnchantress. Nous n'attendons pas YOrontes avant demain matin sept heures. Le vent est violent, la pluie tombe par rafales. Au milieu du ciel noir, une seule petite étoile persiste à briller là-haut.

Triste, bien triste nuit!

Portsea, 10 juillet, matin. — A quatre heures précises, un coup de canon retentit dans la rade, saluant l'aurore qui naît. Tout le monde tressaille. Est-ce déjà YOrontes et son funèbre chargement? A cinq heures, le vent tombe, la pluie cesse : je descends de VEnchantress pour me promener sur le quai, en attendant. Ce yacht, commandé par le capitaine Hills, est un vapeur à aubes, d'une force de 200 chevaux, qui jauge 985 tonneaux; il est affecté spécialement au service de l'Amirauté.

L'intérieur a l'air d'une maison anglaise bien meublée. Le grand salon du pont est transformé en chapelle ardente pour recevoir le cercueil. L'extérieur est peint en brun et noir.

Sur le quai, une nombreuse assistance, vivement émue. On s'interroge, et instinctivement on se parle bas, comme dans une église.

Je cause avec un officier de marine qui a connu le Prince et qui veut être des premiers à saluer son cercueil.

— Il s'est fait aimer de tout le monde, me dit-il ; il était si bon, si bienveillant !

Et deux grosses larmes roulent sur ses joues.

A six heures et demie, YOrontes est en vue. A sept heures et demie, il jette l'ancre.

C'est un grand transport à [hélice de près de 6,000 tonneaux, avec une machine de 3,000 chevaux, et qui fait un service d'État, sous les ordres du capitaine Seymour.

L'Enchantréss s'ébranle, s'approche de YOrontes et mouille le plus près possible du colosse.

A huit heures un quart, le cercueil est descendu dans une chaloupe, transbordé sur YEnchantress, et reçu par le prince Murât et les personnes qui l'entourent.

Le canon tonne. Tout le monde pleure sur les deux navires. Le spectacle est imposant. En quelques minutes la triste cérémonie est terminée.

Le cercueil est placé dans la chapelle improvisée sur YEnchantress.

A ce moment, le temps s'éclaircit et le soleil se lève.

On part. On ne peut calculer à quelle heure précise le yacht de l'Amirauté arrivera àJWoolwich, à cause de l'instabilité du temps.

Londres, t x juillet. — Grande animation : tous les hôtels sont remplis de voyageurs, français pour la plupart.

Sont arrivés par le bateau d'hier, savoir : le duc et la duchesse de Padoue, le duc de Trévise, le comte de Favernay, M. Godelle, M. et M me Gustave Rouher, le baron de Farincourt, le comte Lepic, le marquis et la marquise de Ghampagny, le comte et la comtesse Le Marrois, MM. Ferdinand et Raymond Barrot, M. Oscar

de Vallée, M. et M mo Giraudeau, M. Pugliesi-Conti, M. de Saint-Albin, le comte d'Espeuilles, le comte d'Arjuzon, MM. Levert père et fils, M. de Rouvre, le vicomte Pernetty, MM. Berthelin, Rolle, Dufour, etc., plusieurs ouvriers avec le crêpe au bras.

Ce matin sont arrivés : le prince Louis Murât, Le marquis de Massa, M. Standish, comte Treilhard, comte de Raymond, MM. Mathieu, amenant une députation de Garches et de Saint-Gloud, avec des couronnes; M. Errazu, M. Batbedat, gendre de M. Boitelle, le dernier Français auquel le Prince ait serré la main en passant à Madère ; le comte Waldener ;M gr révoque de Gonstantine; l'abbé Laisne, chapelain des Tuileries, etc., etc.

On devait d'abord faire le transbordement à Spithead, afin de déférer aux pressantes invitations de l'ambassadeur de France, qui employait son temps à demander qu'il y eût le moins de cérémonies officielles possible, point de salves, tout au plus le salut du pavillon en berne, et qu'enfin tout se passât le plus simplement et le plus brièvement possible.

Mais une tempête épouvantable ne permettait pas de déférer aux prières de l'ambassadeur, et on tourna la difficulté en décidant que YOrontes entrerait de nuit, que YEnchantress serait sous vapeur dès trois heures, et que tout se passerait avant l'ouverture de la journée navale officielle, de telle sorte que les salves d'artillerie ne soient pas possibles

Malgré ces mesquineries, le vaisseau amiral Duc de Wellington doit saluer VEnchantress, et, quand YOrontes est passé à midi, mercredi, dans la baie de Plymouth, tous les navires ont rendu les honneurs militaires au vaisseau qui portait les restes du Prince mort dans les rangs de l'armée anglaise.

Ge soir, à Woolwich, auront lieu les constatations officielles et la reconnaissance du corps.

On a parlé aussi d'un changement au programme : le corps, au lieu de passer la nuit à Woolwich, serait immédiatement dirigé sur Chislehurst, où il arriverait ce soir.

Dans tous les cas, non seulement le Prince de Galles, les ducs de Gonnaught et de Cambridge seront à Gamden samedi, mais ils seront présents ce soir et demain h) Woolwich.

Ce matin une grande revue a été passée à Woolwich par le général Turner.

Toutes les troupes désignées pour faire le service des obsèques y ont pris part, soit : deux batteries de Royal- Arlillery, trois batteries d'artillerie de campagne attelées, le 5° régiment de lanciers et les 220 cadets de Woolwich, commandés par le général Adyo.

L'armée anglaise avait demandé à être officiellement représentée aux obsèques. La réponse du gouvernement vient d'être notifiée il y a une heure seulement. Elle est affirmative. Les officiers anglais seront représentés dans l'église de Chislehurst.

Ce soir, par le paquebot de Boulogne, on signale : la princesse Eugénie Murât, M mes de Pourtalès, comtesse Clary, MM. de Vast-Vimeux, le général Pajol, Raoul Duval père, Boffinton, Pascal, Delafosse, baron Dariste, Labat, etc.

Le maréchal Lebœuf a accompagné sa femme jusqu'à Boulogne. La maréchale Canrobert a envoyé à son mari, retenu lui aussi en France par le ministre de la Guerre, des fleurs du jardin de Chislehurst.

On reçoit d'ailleurs de toutes parts, à Chislehurst, des fleurs pour décorer l'intérieur de l'église. L'abbé Goddard fera un discours bref, mais qui sera l'écho de la sympathie universelle du pays.

Les habitants de Woolwich se proposen t de faire la haie le long de la route, entre Chislehurst et Camden-Place.

itf.

La messe sera dite par l'évèque de Southwark. La maîtrise de la cathédrale de Saint-George assistera, et M"* Christine Nilsson a offert de chanter les soli. Vu l'espace restreint, on a dû refuser la plupart des offres.

La petite église catholique de Chislehurst est toute tendue de mérinos noir orné de franges d'or.

Les irois fauteuils, dans le sanctuaire, restent dans le même état et dans la même position qu'ils occupaient pendant la vie de l'Empereur et du Prince.

Le prince Charles Bonaparte-Patterson vient d'écrire au Sun de Baltimore que, ne faisant pas partie de la famille officielle des Bon apartés, il regarde, ainsi que son frère le colonel Bonaparte, leur famille comme n'ayant aucune prétention à une succession réglée par le Sénatus-Consulte.

M. Bach on, premier écuyer du Prince, est arrivé depuis lundi.

Le duc de Rivas, qui devait représenter le Roi d'Espagne, ne pourra pas venir.

A Londres, un grand nombre de magasins sont fermés. Beaucoup de drapeaux avec crêpes.

'Douvres, 10 juillet. — Viennent de débarquer ici : S. A. la Princesse Mathilde, le comte Benedetti, le général Castelnau, MM. Alexandre de Girardin, Haentjens, Abbatucci, colonel Reinach, de Montgommery.

La Princesse a fait une très bonne traversée.

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