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MAQUETTE DE GRENADIER

Exécutée par le Prince Impérial dans l'ateUir de Carpcau Appartient à S. M. rimpératrice.

Le Prince Impérlxl.

LA PREMIERE COMMUNION

leur esprit, ils évoquaient les images des objets, dans leurs moindres détails, les posaient, les fixaient, en formaient un tableau. Et pourtant, sur une suggestion qui leur était offerte, ils introduisaient sans difficulté un nouveau détail dans le tableau ou même en bouleversaient l'ordonnance générale, alors qu'il était à moitié réalisé. Ce don étonnant, qui caractérisait le Prince, la mémoire des contours et des couleurs, était peut-être une des causes qui lui rendaient difficile à acquérir la connaissance de l'orthographe. Quand on prononçait un nom devant lui, il voyait l'homme ou la chose et non pas un mot imprimé devant sa pensée.

Lorsque le Prince posa pour Carpeaux qui le représenta avec Néro, le chien de l'Empereur, et rendit, comme aucun autre sculpteur de ce temps n'eût pu le faire, le flou, la mollesse exquise, la grâce suave des contours et le charme souriant de cette physionomie enfantine, le Prince s'intéressa à son travail, voulut en comprendre les procédés ; puis, prenant un morceau de terre glaise, il se mit à le pétrir. On a conservé ce qui sortit de ses mains : une ébauche, sans doute, et qu'il était incapable d'achever, mais une ébauche où il y avait déjà le mouvement, la vie, le sentiment, un grenadier qui, regardé à distance ou dans la pénombre, est saisissant de vérité comme les silhouettes tragiques de Raffet.

Il aimait à dessiner des caricatures, et c'est là que son talent, tout spontané et instinctif (il ne prit jamais une seule leçon avant l'âge de dix-huit ans et je dirai comment il y fut amené) se montrait le plus à son avantage, parce que son ignorance en matière technique y disparaissait sous les exagérations que ce genre comporte et aussi parce qu'il trouvait là l'occasion de déployer ce penchant à la raillerie qui se développa de jour en jour et qui eût fait de lui un moqueur redoutable si ce don n'avait été tempéré par la bonté et tenu en bride par le sentiment des conve-

nances. Ceux qui ont eu l'honneur d'être admis dans l'intimité de l'Impératrice savent combien — à l'époque où il lui était encore permis d'être gaie, c'est-à-dire lorsqu'elle avait encore les êtres chers auprès d'elle — elle possédait le vif et juste sentiment du ridicule. Ce qu'on sait moins, je crois, c'est que l'Empereur adorait les joyeuses mystifications, ou, comme il disait lui-même, les « bonnes farces ». Chez leur fils, ce sens comique se greffait sur le sens artistique. Le vrai caricaturiste doit être un réaliste et un idéahste, car la caricature est, tout ensemble, et à dose égale, faite d'observation et d'idéalisation : l'idéalisation en laid. Le Prince attrapait les ressemblances, rendait sensible, en l'exagérant, le trait dominant d'une physionomie, le geste familier, l'attitude favorite, le tic révélateur qui, souvent, donne la clé d'un caractère.

Ses caricatures sont « parlantes » dans le sens le plus littéral du mot, et lorsque je regarde celles qui sont restées dans mes mains, j'entends aussitôt la phrase qui revenait sans cesse sur leurs lèvres, la phrase typique qu'il avait l'intention de me suggérer. Les lecteurs verront plus loin comment il représentait M. Thiers en Napoléon, élevé sur le pavois par les vieux partis. Ce dessin appartient à une époque postérieure, mais son crayon avait déjà beaucoup de malice avant 1870. M'a-t-il épargné ? Peut-être verra-t-on sortir un jour, d'un carton conservé par le général Conneau, quelque image comique que le Prince a dessinée de son précepteur, pendant que celui-ci posait inconsciemment en additionnant d'un air navré les barbarismes d'un thème ou les contresens d'une version. Ou, peut-être, verra-t-on, côte à côte, dans le même dessin, le gouverneur refrogné et le précepteur souriant, avec, au bas, cette antithèse qui amusait alors nos critiques : « La main de fer et le gant de velours ».

Le Prince faisait de la caricature avec sa propre personne. Ses talents pour la mimique s'accusèrent de bonne heure. Un soir,

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