BUSTE DU PRIXCE, PAR CARTEAUX (1S
D'apri
le plâtre original apparlenanl à M. l'abbé Misse/. Le marbre appartient à S. M. l'Impératrice.
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LA PREMIÈRE COMMUNION
aux Tuileries, on discutait la question de savoir auquel de ses parents le Prince ressemblait. Question épineuse pour des courtisans et même pour des amis sincères. Quant à moi, je n'ai jamais pu apercevoir, entre le père et le fils, autre chose qu'une ressemblance acquise, artificielle, cette ressemblance qui naît de la communauté d'aspirations et d'habitudes, tandis que quelquesuns de ses traits rappelaient ceux de sa mère et que sa plwsionomie, à certains moments, reproduisait celle de l'Impératrice aussi fidèlement que le permettait la différence des âges et des sexes. Mais, ce soir-là, les avis étant partagés, on s'arrêta à une solution mixte qui semblait devoir être la plus agréable au père et à la mère : « Alors, dit malicieusement le Prince, à droite c'est papa, et à gauche c'est maman? » Et, amusé par cette idée burlesque, qui était une reductio ad ahsurdum de la conclusion adoptée, il se mit en devoir de la réaliser d'une manière concrète en sa personne : d'un côté, immobilisant ses traits, éteignant son regard, il effilait distraitement le bout d'une moustache imaginaire et, de l'autre, il essayait de rendre l'animation gracieuse du visage maternel, le beau sourire, le regard lumineux. On rit beaucoup. Succès d'artiste et, surtout, succès d'observateur. Il y avait, dès lors, en lui des choses que nous ne sa%àons pas voir, des facultés dormantes qui attendaient l'heure de prendre l'essor. Un jour, j'entendis l'Empereur répondre à quelqu'un qui lui faisait des compliments exagérés du Prince : « Il a du bon sens ». Ce mot n'était pas aussi modeste qu'il en a l'air, car, pour Napoléon III, le bon sens était la qualité souveraine et la qualité d'un souverain. Oui, le Prince était sensé ; il l'a toujours été, quoique, d'abord, d'une façon négative. Il ne lui échappait jamais de ces sottises comme en laissent tomber, à tout instant, les enfants les mieux doués, et quand on disait des sottises devant lui, ce qui arrivait même aux grandes personnes, il se taisait, mais je connaissais sa désapprobation intime à une
sorte de froideur qui se répandait sur son jeune visage et l'assombrissait. Sa soumission à un ordre arbitraire n'était pas la même que sa soumission à un ordre qu'on lui expliquait et dont il voyait les motifs. Il aimait à questionner, mais seulement sur certains sujets qui l'attiraient particulièrement. Alors, son insistance n'avait point de bornes, mais elle se mêlait encore avec une inattention incompréhensible. Nous désespérions d'amener sa curiosité où nous voulions. Son petit bourdonnement d'abeille errante, ses yeux mobiles qui se portaient, çà et là, de tous côtés, nous faisaient croire à une perpétuelle absence ou à une incapacité radicale de fixer son esprit. Il n'en était rien, pourtant : il m'a répété, mot pour mot, après plusieurs années, des choses que je lui avais dites et que j'avais oubliées.
En réalité, les opérations de son cerveau nous échappaient ; elles n'étaient pas sous notre contrôle. Observait-il? Réfîéchissait-il? Entrait-il en relation avec les idées ou les objets par de rapides intuitions? Nous ne le savions pas, et ce travail qui s'accomplissait en lui était pour nous un mystère. Lentement, silencieusement, l'homme, sous l'enfant, grandissait. Pendant que nous cherchions à lui apprendre un peu de grammaire, il apprenait la vie. L'adversité l'acheva. De sorte que, quand un jour il nous apparut, il était déjà formé, prêt pour l'action.