‹ Le Prince Impérial, souvenirs et documentsChapitre 16 sur 68 · A. BIZOT · texte numérisé non relu

A. BIZOT

D'après des pholag

C" PRIMOLI. J. ESPIXASSE.

apparUnaiil à 5. A. le Prince Mural, à M. Filon et à M. l'abbé Missgt.

LES AMITIÉS. LES AMUSEMENTS

paisible, mais utile, du gentilhomme agriculteur. Celui-ci aimait l'art, celui-là les x ; un troisième ne parlait que de chevaux ; un quatrième ne s'intéressait qu'au théâtre. Enftn, une dernière différence était l'accent des provinces d'où ils venaient, un certain goût de terroir, plus ou moins fondu dans cet éclectisme parisien, bien plus caractérisé et bien plus absorbant alors qu'aujourd'hui, précisément parce que Paris avait alors un centre, et ce centre était situé là où s'assemblait cette brillante et heureuse jeunesse.

Le Prince avait dépassé l'âge des soldats de plomb. Mais je crois qu'il n'en eut jamais le goût. Du moins, je n'en ai trouvé guère de traces dans ses armoires. Grenadier à huit mois, caporal à deux ans, comment aurait-on pu l'intéresser à des régiments qui combattent sur une table et qu'on fait marcher avec une règle ou avec un couteau à papier? Son ami Conneau lui racontait comment, pendant ses vacances, en Corse, dans la montagne, il avait organisé en une petite armée les enfants du pittoresque village de La Porta. Il s'était fait photographier à cheval à la tête de ses troupes, et je ne sais s'il n'entrait pas une vague envie dans la sérieuse attention critique avec laquelle le jeune Prince considérait «l'armée » de son ami. A la bonne heure! C'était véritablement jouer aux soldats, cela !

C'est pourquoi les dimanches des Tuileries offraient une image aussi fidèle que possible de la guerre. Un petit fort avait été construit au bout de la terrasse du bord de l'eau, sur le terre-plein qui domine la place de la Concorde. Les uns l'attaquaient, les autres le défendaient, et le gouverneur lui-même, quand il assistait aux opérations, s'efforçait d'y donner un caractère scientifique qui faisait du jeu une leçon. Mais il fallait toujours en venir au corps à corps, et, dans ces moments-là, comme je l'ai déjà fait pressentir, il devenait très difficile, presque impossible, de modérer l'excitation du Prince qui était alors en fièvre et dont le sang

bouillonnait. Pourtant, je ne me rappelle aucun accident grave. Ces enfants avaient chacun leurs défauts, que nous connaissions bien et sur lesquels il est inutile d'insister ici, car ce n'est pas leur histoire que j'écris, ce n'est pas leur psychologie qui importe. Mais je tiens à leur rendre une justice qu'ils méritent : ils ne nous ont jamais donné de difficultés. Loin de là : nous pouvions toujours compter sur leur assistance pour calmer le Prince et pour empêcher que le jeu cessât d'être un jeu. Ils ne perdaient jamais, si jeunes qu'ils fussent, le respect de leur auguste camarade et le sentiment de la situation. J'avoue sans détour que je les admirais. Je me demandais si des hommes faits auraient toujours su se maintenir dans les mêmes limites, observer cette nuance si délicate de la familiarité dans le respect, donner des coups de poing avec mesure et prudence, en recevoir sans mauvaise humeur et sans colère. Que de leçons de conduite, précieuses et inattendues pour le Prince, pour ses jeunes amis, pour les spectateurs, dans cette petite république du dimanche, aux Tuileries !

Li Prince Impérial adorait ses parents. Je n'avais pas besoin de relire les lettres si tendres qu'il leur écrivit dès qu'il fut en état de le faire pour savoir qu'il fallait ranger parmi les meilleures heures de sa vie enfantine celles qu'il passait en leur compagnie. Or, ces heures étaient beaucoup plus nombreuses qu'on ne l'imaginerait, lorsqu'on songe à tous les devoirs qu'imposait à l'Impératrice, comme à l'Empereur, leur rôle de souverains. Je fus très surpris et profondément touché, en arrivant au Palais, de voir quelle étroite intimité rattachait sans cesse l'enfant à son père et à sa mère. Cette intimité était aussi complète que dans les humbles familles parisiennes dont tous les membres sont constamment

^1^^^^^ ^^^ù^^ft^l

Page 1