MAISON DE XAPOLÉON' A AJACCIO
AJACCIO. MUSÉE DE L'iIOTEL DE \ILLE.
PI. 14. Page 66.
LES AMITIES. LES AMUSEMENTS
sur un tas de poudre. Avec un seul cri, d'un seul élan, ils se ruèrent sur leur Prince. L'aide de camp qui me racontait cette scène concluait en disant : « Je ne sais comment il en est sorti \'ivant ! »
Durant les trois années que j'ai passées aux Tuileries, je n'ai jamais accompagné le Prince dans un théâtre parisien. Mais, s'il n'allait pas au théâtre, le théâtre venait vers lui. Il a dû entendre plus d'une fois, à Saint-Cloud, à Fontainebleau ou à Compiègne, les excellents acteurs de la Comédie-Française, qui se sont intitulés, jusqu'au dimanche 4 septembre 1870, « les comédiens ordinaires de l'Empereur » et qui justifiaient ce titre en se transportant là où se trouvait la Cour, lorsqu'on faisait appel à leur talent pour rehausser l'éclat ou contribuer au divertissement de quelque royale réception.
Le Prince monta lui-même de bonne heure sur les planches. Vers la fin des Commentaires de César, la charmante revue du marquis de Massa, qui fut applaudie aux Variétés, après avoir fait les délices de Compiègne, la princesse de IMetternich (la commère de la Revue), avançant vers la rampe, s'exprimait ainsi :
Je vous ai retracé Le Présent, le Passé, Mais, avant de finir, Je veux aussi vous montrer l'Avenir.
Et l'avenir apparaissait dans la personne du petit grenadier de dix ans qui chantait son couplet :
Un grenadier est une rose Qui brille de mille couleurs....
On imagine aisément le succès du Prince, l'attendrissement, l'émotion, les bravos, toutes les pensées que devait suggérer un tel spectacle. Pourtant, il ne laissait pas soupçonner les dons dramatiques dont une fantaisie de la nature avait doué le Prince et que je ne sais vraiment à quelle hérédité rapporter. Car je ne crois pas que l'Empereur ait jamais joué la comédie et, quant à l'Impératrice, elle se défend d'avoir possédé aucun talent de ce genre, bien qu'elle ait joué — et fort bien joué, m'a-t-on dit — les Portraits de la Marquise, avec Octave Feuillet lui-même pour imprésario et pour metteur en scène. Le talent du Prince ne consistait pas dans la diction, mais dans cette curieuse aptitude à mimer les états d'âme, à faire de la caricature en action. Je notai ce trait un soir de l'automne de 1867 où nous célébrâmes, en tout petit comité, la fête de l'Impératrice par une charade improvisée. Nous n'avions qu'une douzaine de spectateurs. Mais l'Empereur et l'Impératrice voulurent bien s'amuser de notre impromptu, à la gaieté duquel le Prince, déguisé en petit paysan, contribua pour une large part.
Dès ce moment, le général eut l'ambition de montrer le Prince dans une vraie pièce et devant un vrai public. Cette ambition put enlin être réalisée au carnaval de 1870. La pièce était une jolie et innocente comédie de Labiche, la Grammaire, dont le succès était encore récent. On dressa un théâtre dans la salle des Jeux, au pavillon de Flore. Le général fabriqua des couplets que les petits acteurs devaient venir chanter sur le devant de la scène pour donner un caractère plus vif au dénouement. M. Cohen, alors directeur des chœurs à l'Opéra, se chargea d'accompagner les jeunes artistes que cette partie musicale de leur rôle ne pouvait guère embarrasser, car le général avait adapté sa poésie sur la musique des Pompiers de Nanterre, un refrain de café-concert qui, né au terre-plein du Pont-Neuf, derrière la statue de Henri IV, était en train de faire le tour du monde. Comme le gouverneur