MISS SHAW
Cliché Elliot et Fry.
UHLMANN.
Le Prince Impûria
LES AMITIES. LES AMUSEMENTS
avait tenu à diriger toutes les répétitions et que ces répétitions avaient eu lieu pendant les rares moments où je quittais le château pour voir ma famille et mes amis, j'ignorais comment la petite troupe allait se comporter au feu de la rampe et je n'étais pas sans inquiétude lorsque la toile se leva. Un nombreux et brillant auditoire, composé des maisons impériales et de quelques amis personnels, remplissait la vaste salle qui n'avait jamais vu, avant ce soir-là, et ne devait jamais revoir, semblable réunion. M. Cohen joua un morceau d'ouverture ; il se fit un grand silence, troublé seulement par le froissement des programmes et le battement des éventails. La pièce commença et je fus vite rassuré. Pierre de Bourgoing, qui a, depuis, manifesté son goût passionné pour le théâtre, tenait le rôle d'un coquin de valet, qui va enterrer au fond du jardin la vaisselle cassée et^ fournit ainsi une mine inépuisable aux fouilles archéologiques de son maître. Maxime Frossard était transformé en timide ingénue, suivant la formule de l'honnête Labiche, avec Louis Conneau pour amoureux. Le Prince et son ami Espinasse incarnaient les deux érudits d'Êtampes et d'Arpajon, Poitrinas et Caboussat. Espinasse jouait avec beaucoup de rondeur et d'aplomb. Le Prince, cambré, bedonnant, gonflé d'importance, la tête rejetée en arrière, serrant la gorge pour lancer chaque mot, était parfait de bouffissure naïve et d'innocent charlatanisme. Mon voisin me dit : « Ils sont presque aussi drôles que Got et Régnier dans Vadius et Trissotin ! » Ce public de connaisseurs et de blasés riait et applaudissait. Les applaudissements pouvaient bien être une flatterie, mais le rire était spontané, et ce rire-là était le vrai succès.