DESSIN DU PRINCE IMPERIAL
Uoriginaï de ce tiessin appnrtient à M. Filon.
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C'est à Camden que le Prince recevait les visites des amis venus de France. Il ne lui était plus permis de rester étranger à la politique de son parti. Au mois de mai eut lieu à Camden, en sa présence et sous la présidence de l'Impératrice, une réunion où fut discutée l'attitude que devaient prendre les représentants de l'Appel au peuple dans la crise qui se préparait. Il fut résolu qu'on se joindrait aux roj-alistes pour détrôner M. Thiers. Le Prince savait quelle part avait prise au renversement de l'Empire le chef du gouvernement républicain. Dans un dessin plein d'humour, que je suis heureux de pouvoir offrir au public et qui donnera l'idée de ses aptitudes artistiques à cette époque, il avait représenté M. Thiers affublé de la redingote grise et coiffé du petit chapeau traditionnel ; il était élevé sur le pavois par les trois partis, légitimiste, orléaniste et républicain, et il leur adressait cette phrase, parodie d'un mot de l'Empereur : « Soldats, je suis content... de moi ! « Il ne pouvait déplaire au Prince que ses partisans contribuassent à faire tomber le petit homme de ce pavois. Mais il devait singulièrement modifier ses idées d'alors sur l'alliance avec les diverses fractions conservatrices. Le 24 mai, qui avait vu la chute de Thiers et l'avènement du maréchal de Mac-Mahon, fut suivi, à moins de trois mois de distance, par un événement attendu depuis bien longtemps, puisqu'il avait été en question avant même l'origine du second Empire. Je veux parler de la Fusion, que beaucoup de gens déclaraient impossible et qu'une visite du Comte de Paris au Comte de Chambord parut transformer en fait accompli. C'est sous l'impression, encore toute récente, de cette visite que les partisans de l'Empire vinrent, pour la première fois, célébrer la fête du 15 août à Camden, en l'honneur du Prince Impérial. Leur nombre dépassait toutes nos prévisions. Lorsque le Prince revint de la messe, acclamé sur son passage, Rouher lui conseilla d'adresser quelques paroles à la foule qui avait envahi les jardins ou qui remplissait
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l.i iiiaisoii. I.c l'iiiioc s'y |)i("ki df boiiiu; giûce cl, se ])laçaiit à l'onihic (lu j^r.'uul crdn; plaiil*^' jKir Cainden, il prononça la courte li.i,i.i.n|;ui' i|ii(' \'<)i('i :
« Je \(tiis n'nuMTi(>, au nom dt> l'inipéralricc et au mien, d'êtie V(!ntis associer vos i^it^res aux noires et de n'avoir pas oublié le (iH'iiiiii (pic vous avez, |)icus(Mncnl jiarcouru il y a (pielques nu lis ; je r('iu(Mci(' aussi hs licK'les amis (jui nous ont fait par- \cnii (le loin les nombreux ((''inoignages de leur affection et de leur d(''\-ou(Mn("iil,
(( (JuanI ^ moi, (la,ns l'exil el pn's de la tombe de l'iùnpcrcur, j(^ m(.^di(e les (Miseignemenls (pi'il m'a laissi^s ; je trouve dans rii('Tilage paliMiiel le ]>rim'i|u> d(> la souxeraineli" nationale et le dnipeau (pii la eonsacuv
» ('e i>rineipe, l(> fondateur di> notre dynastie l'a résumé dans celte parole à laquelle je serai toujours fidèle : Tout par lu peuple et pour le peuple ! »
l.e Prince avait jeté sur le papier ces phrases jibisieurs heures avant de les itrononcor. 11 les l'crivil une seconde fois, après avoir montiv l(> broui!l(Mi à l'iniivratiice el à Rouher. C'est Rouher (jui sugm'^ra la fornmU» : « Tout jiarle peuple et pour le peuple ». u Mais, objeclale Prince, tout par le peuple, n'est-ce pas l'anarchie ? - Non, réiHMulit Rouher. c'est le plébiscite, rien de ]i1us. n Va le Prince se rendit.
C"e ]HMit discinirs venait à son heure : il repla(;ait la politique impérialiste sur sou vrai terrain.
Durant l'aulcimue, les événements se précipitèrent et cette .uuue iS-/v qui avait vu, à son début, disparaître le chef de la lamille Ponaparte, fut bien près de finir par la restauration du chef des Pourbons. Je me souviens que j'étais parti, l'un des ilevniers jours d'octobre, pour un voyage à pied dans le pays de Galles, au moment où certains journaux donnaient déjA le programme de l'entrée du Roi dans sa bonne ville de Paris. Je fus
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privé de nouvelles pendant plusieurs jours. En arrivant à Aberj-stwith, je me précipitai au reading-room de l'hôtel et j'appris que la France était plus loin que jamais de redevenir une monarchie. M. le Comte de Chambord avait, lui aussi, affirmé son drapeau, comme avait fait le Prince dans le discours du 15 août, et, entre les deux s}-mboles, la France moderne ne pouvait hésiter. Les chances de l'Empire paraissaient grandir d'autant, et le succès de la manifestation improvisée donna l'idée aux principaux chefs du parti impérialiste d'en organiser une autre, plus importante et plus solennelle, pour le jour où le Prince accomplirait ses dix-huit ans, c'est-à-dire le 16 mars 1874. Déclarer le Prince majeur à dix-huit ans, c'était proclamer que les Constitutions de l'Empire, établies et confirmées par des plébiscites et qu'aucun vote populaire n'avait annulées, existaient encore dans toute leur force et que, par conséquent, légalement et moralement, le Prince Impérial était Napoléon IV. Lorsque ce projet fut agité pour la première fois, l'Impératrice et le Prince s'y montrèrent très opposés. Certes, ce n'est pas que l'une tînt à prolonger ses pouvoirs (je savais depuis longtemps combien l'Impératrice aimait peu à se mêler de politique), ni que l'autre craignît, en aucune façon, de payer de sa personne, mais ils avaient peu de goût pour les exhibitions théâtrales à moins qu'elles ne fussent commandées par des nécessités pressantes, nées des événements. Le Prince aurait voulu qu'on le laissât travailler en paLx et achever son éducation d'officier : à quoi il tenait par-dessus tout, dans l'intérêt même du rôle qu'il aurait à jouer ultérieurement. Il écrivit dans ce sens à Rouher une longue lettre et l'idée fut provisoirement abandonnée. Au commencement de mars, profitant d'un intervalle dans les études de Woohvich, je me trouvais à Paris lorsqu'un billet du Prince me rappela brusquement à Camden en m'apprenant que les plans étaient changés et qu'il avait besoin de moi. On avait dû céder à la pression du parti dont
l'excitation, à ce moment, pourra difficilement être imaginée par ceux qui n'en ont pas été les témoins.
Je trouvai Camden comme je ne l'avais jamais vu. Etait-ce cette maison mélancolique et déserte où nous étions venus nous réfugier, certaine après-midi de septembre 1870? Elle était transformée par l'animation nouvelle qui y régnait. Piétinements dans la galerie, murmure de conversations dans les salons, dans le fumoir, dans la salle de billard, dans le hall, partout où il était possible de se grouper et de causer ; allées et venues des messagers et des domestiques, portant des lettres et des télégrammes : tout faisait songer à une veille de bataille et, dans cette atmosphère belliqueuse qu'il respirait depuis plusieurs jours, le Prince semblait lui-même transformé.
Son discours fut le résultat de plusieurs brouillons successifs où l'on pourrait voir le progrès de sa pensée, qui accepte des observations ou se corrige elle-même. J'ai affirmé alors à nos amis et j'affirme de nouveau que ce discours était bien à lui, qu'il était vraiment sorti de son intelligence et de son âme. Ceux qui l'entendirent en eurent parfaitement conscience.
Il était près de minuit, la veille au soir, et je revenais de Londres, où j'étais allé prendre quelques arrangements, lorsque Rouher, qui allait se mettre au lit, me fit demander.
« Avez-vous pensé à faire imprimer le discours pour en distribuer des copies à tous ceux qui seront ici demain? »
J'avouai que je n'y avais pas songé.
« Mais, ajoutai-je, peut-être n'est-il pas trop tard pour réparer mon oubli. »
Le lendemain, à cinq heures du matin, je montais en voiture pour me mettre à la recherche d'un imprimeur. J'en découvris un
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dans la petite ville de Bromley. Il me fallut d'abord le réveiller et le mettre au courant. Ceux qui connaissent les habitudes anglaises devinent aisément de quel air il me reçut. D'ailleurs, il ne savait pas un mot de français. La première épreuve qu'il m'apporta était telle que je reculai d'horreur et faillis m'enfuir. Je finis par pénétrer avec lui dans l'atelier et je l'aidai de mon mieux. Mais je n'étais guère expert à ce travail et il ne semblait pas y être beaucoup plus habile que moi. Les choses marchèrent un peu mieux lorsque ses ouvriers arrivèrent et je pus enfin retourner à Chislehurst où des trains nombreux, se succédant toutes les dix minutes, apportaient, de Charing Cross et de Cannon Street, un énorme contingent de pèlerins et de curieux. La route solitaire qui s'élève, en tournant, de la station vers le village, était pleine de monde et toutes les voix parlaient français. Le grand Common désert présentait l'apparence d'une banlieue parisienne en fête. Toutes sortes de petits commerces s'étaient improvisés : les uns vendaient des journaux, les autres des photographies, des médailles, des souvenirs, des emblèmes. Il y avait une sorte de café en plein vent là où se dresse aujourd'hui le monument du Prince. Des milliers d'Anglais s'amusaient du spectacle, grossissaient la foule et ajoutaient au joyeux brouhaha qui allait croissant. Le Prince me dit encore une fois son discours, avant de se rendre à l'église, où l'abbé Goddard, curé de Sainte- Marie et ancien séminariste de Saint-Sulpice, tint à prononcer un discours en français. Les grilles de Camden restèrent closes jusqu'à l'heure fixée pour la cérémonie. On ne laissa pénétrer que les Français porteurs de cartes, et ils se rendirent tous sous une vaste tente qu'on avait dressée sur une pelouse voisine de la maison. A l'une des extrémités, une estrade où prirent place l'Impératrice et le Prince Impérial. Derrière eux, tout le haut personnel de l'ancien gouvernement, moins les militaires en activité de service, cela va sans dire. A part cette absence prévue,
tout l'Empire était là et il y aurait eu de quoi former deux ou trois cabinets avec les anciens ministres présents à la cérémonie. C'est le duc de Padoue qui ouvrit la séance en prononçant un discours au nom des comités départementaux dont il était le président. Le duc n'était pas orateur, mais son passé, sa haute position sociale, sa grande réputation d'honnêteté, donnaient du poids à sa parole et, peut-être, était-il justement l'homme qu'il fallait pour apporter au Prince, avec une calme dignité, l'adhésion et les vœux de la France impérialiste. On l'applaudit ; mais, pendant qu'il parlait, tous les yeux étaient fixés sur le Prince ; on guettait, sur son visage mobile, les impressions qui s'y succédaient. Un peu pâle, légèrement nerveux, froissant son discours dans sa main, il se tenait très droit, auprès de sa mère, et l'attitude inclinée du duc le faisait paraître un peu plus grand qu'il n'était, en réalité, à cette époque.
J'étais à l'autre bout de la tente, au dernier rang de la foule, rongé par une émotion qui allait jusqu'à l'angoisse. Sa voix porterait-elle? La mémoire ne lui ferait-elle pas défaut? Irait-il jusqu'au bout sans défaillance? Un silence vraiment extraordinaire s'était fait sous la tente.
Alors i! commença, adressant au duc ses premières paroles, puis se tournant vers la foule et lui envoyant directement les phrases qu'il prononçait :
« Monsieur le Duc et Messieurs, « En vous réunissant ici aujourd'hui, vous avez obéi à un sentiment de fidélité envers le souvenir de l'Empereur, et c'est de quoi je veux d'abord vous remercier. La conscience publique a vengé des calomniescettegrandemémoireet voit l'Empereur sous ses traits véritables. Vous qui venez des diverses contrées du pays, vous pouvez rendre ce témoignage : son règne n'a été qu'une constante sollicitude pour le bien de tous ; sa dernière journée sur