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VOYAGE A FLORENCE

Il ne pouvait quitter l'Italie sans rendre visite à son parrain le pape Pie IX. Il raconta lui-même, dans une lettre à Tristan Lambert, comment il avait été reçu au Vatican. J'en citerai ici les passages les plus importants :

« Florence, le 5 janvier 1877.

« ...Je n'ai pas été voir le Saint-Père dans un but politique; je n'ai pas été lui demander l'appui des catholiques de France. Mais j'ai été déposer mes hommages aux pieds d'un saint vieillard, souverain détrôné et chef encore tout-puissant de la Chrétienté.

« J'ai été assurer le Saint-Père que le troisième Empire serait, comme le deuxième et le premier, protecteur de toutes les libertés utiles, et surtout de celles qui aident à faire le bien.

« Mais je lui ai laissé entendre que je considérais que l' Eglise devait se tenir plus en dehors de la lutte politique, et qu'elle ne devait, sous peine de perdre de son influence et de son prestige, s'inféoder à aucun parti.

« Et cette pensée, que je me permettais de lui exprimer, était tellement conforme à la sienne, qu'il répondait un jour à un royaliste qui lui parlait du drapeau blanc :

« Du tout, Monsieur, vous vous méprenez; nous autres, les « hommes de Dieu, nous n'avons d'autre drapeau que la Croix « du Calvaire ».

« L'accueil que j'ai reçu de mon parrain a été des plus sympathiques ; il m'a quitté sur ces paroles :

« J'espère qu'un prompt retour vous ramènera en France; je « le souhaite à l'Eglise, je le souhaite à votre patrie, je le sou- « haite à l'Europe, car, lorsque la France est en repos, le calme « règne dans le monde ; mais lorsqu'elle est agitée par les pasce sions révolutionnaires, la sécurité du monde est menacée. »

Ce devoir accompli, et après avoir rendu au Roi la visite reçue ( 153)

à la villa Oppenheim, le Prince put s'abandonner aux mille séductions de Rome comme il avait goûté le charme et les enseignements de Florence. Des billets de cette époque me le montrent en pleine activité mondaine, donnant ou acceptant des rendezvous pour assister à des fêtes ou arranger des excursions intéressantes. Ce fut, je n'en doute pas, une heure délicieuse de sa vie, d'autant plus délicieuse qu'il la savoura avec des compagnons exquis qui la lui faisaient mieux comprendre et goûter.

Au milieu de tant de spectacles attachants, de délicats plaisirs et d'amitiés nouvelles, le Prince n'oubliait pas un instant la politique. J'en sus quelque chose, car il fut, à cette époque, très fâché contre son ancien précepteur. J'avais écrit dans la Nation un article dans lequel, commentant un mot du Times : « We shall not fight», j'en tirais, assez naturellement, une espérance, sinon une certitude de paix. J'ajoutais que l'Angleterre, sur terre et même sur mer, était, à ce moment, hors d'état de faire la guerre à une grande puissance. C'est là une vérité historique, pressentie alors par quelques-uns et reconnue de tous aujoiird'hui. On n'en admire que plus l'audace avec laquelle Disraeli jeta son Quos ego et arrêta, d'un geste, la Russie victorieuse aux portes de Constantinople. Mais le Prince, plein des idées qui animaient alors l'année anglaise, cro3^ait à la guerre, peut-être parce qu'il la désirait, et il considérait, non sans raison, qu'un tel article, signé par son ancien précepteur, dans un journal qui passait pour recevoir directement ses inspirations, pouvait, s'il était remarqué, le placer dans une position fausse vis-à-vis de ses camarades. Il écrivit dans ce sens à Rouher et fit publier, dans tous les journaux du parti, des articles qui avaient pour objet de contrebalancer et de démentir le mien. Cette petite émotion passa complètement inaperçue du public anglais. Mais, le Prince et moi, nous nous obstinâmes dans nos vues et il fallut plusieurs mois pour effacer entièrement la mémoire de cet incident et

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