RETOUR EN ANGLETERRE
ramener l'ancienne intimité ; il fallut, surtout, l'affectueuse pitié inspirée à son âme généreuse par la douloureuse épreuve que je traversais.
Au printemps de 1877, l'Impératrice et le Prince quittèrent Florence où ils avaient achevé l'hiver, l'une pour se rendre à Naples, puis à Malte, d'où elle s'embarqua pour l'Espagne, l'autre pour reprendre la route du Nord. Il était accompagné de M. Pietri. En route, il s'arrêta plusieurs fois, pour visiter les chantiers de la Spezzia et admirer les splendeurs de Gênes ; en traversant Munich, où le marquis de Piennes l'avait rejoint, il s'intéressa aux exercices militaires des soldats bavarois. Il arriva enfin à Camden Place où l'attendaient d'importantes occupations.
Il écrivait à sa mère, le 30 avril 1877 :
« ...J'attends M. Rouher prochainement et, je dois dire, avec impatience. Jusqu'à ce moment je continue à travailler avec M. Merruau, qui est installé ici depuis trois semaines, un mois.
« N'oubliez pas, ma chère Maman, votre fils qui vous aime de tout son cœur et qui vous appartient tout entier. »
L'heure des graves résolutions était proche et le Prince se préparait, après deux ou trois années qu'il regardait comme des années d'apprentissage, à montrer une volonté, à faire sentir son action personnelle. Le moment me semble donc venu de faire connaître son idéal politique et les principes directeurs de sa conduite. Je ne risque point de prêter ici mes pensées au Prince, comme il arrive à beaucoup de biographes. Le Prince connaissait bien ce danger auquel il ne devait pas échapper lui-même. Il m'écrivait un jour, parlant d'une publication dont l'auteur prétendait donner au public la pensée posthume de Napoléon III :
« ...M. X... vient de publier sous le titre de X... une foule de platitudes qu'il trouve bon de placer dans la bouche de l'Empereur. Qu'un de mes partisans pense des sottises et les imprime, rien de mieux ; mais qu'il les prête à mon Père ou à moi, c'est trop fort ! M. X... me rappelle ces médiums qui font éciire Voltaire avec des fautes d'orthographe et mettent sur le compte de Racine des vers de quinze pieds. »
Rien de plus sévère, mais rien de plus juste. S'il m'est arrivé, quelquefois, d'introduire certaines idées dans son esprit, ou même de placer certaines paroles sur ses lèvres, lorsqu'il était sous ma direction, je n'en serai que plus attentif à ne point le faire parler, aujourd'hui qu'il n'est plus, autrement qu'il n'eût parlé lui-même. Mais, encore une fois, je ne suis pas exposé à tomber dans ce défaut et j'ai, d'avance, expliqué pourquoi. Mes idées, à moi, étaient, sur certains points, et non des moins importants, très différentes de celles qu'il avait et qu'il devait avoir. Car, seules, elles pouvaient l'inspirer et le soutenir dans sa tâche. Il n'est pas permis aux princes, encore moins aux prétendants, de s'arrêter pour attendre des certitudes qui, parfois, ne viennent pas et que les événements affaiblissent ou obscurcissent au lieu de les fortifier et de les éclaircir. Il faut qu'ils agissent et, pour agir, il faut croire : croire en un pouvoir juste et souverain, croire en sa propre force, croire à la bonté des hommes, à leur générosité intime, à l'efficacité de leur action, au triomphe final du bien dans les choses humaines.
Eh bien, le Prince croyait fermement et passionnément à tout cela. Sa religion, d'abord un peu machinale et passive, toute d'habitude et de convenance, était devenue pour lui, par suite de son évolution intellectuelle, une nécessité logique en même temps qu'un besoin d'âme. C'était là-dessus, et sur nul autre fondement, qu'il entendait bâtir sa propre morale et toute la pyramide sociale. Il me dit un jour : « Je crois que Napoléon P'"
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